PÉTITIONS, TRIBUNES ET AUTRES COURRIERS OFFICIELS se sont multipliés durant le confinement pour alerter les pouvoirs publics, relayer des revendications ou fédérer l’opinion autour d’une cause. Illustration avec la pétition « Sauvons nos restaurants et producteurs ! », lancée par le restaurateur parisien Stéphane Jégo (L’Ami Jean), sur la plateforme de mobilisation en ligne Change.org. Le but : « Pousser le gouvernement à décréter l’état de catastrophe naturelle sanitaire afi n que les assurances nous indemnisent ». Adressé au président de la République et à quatre ministres, ce texte a été ratifié par plus de 142 000 signataires à la date du 28 mai. Une forte mobilisation qui témoigne de l’urgence et de la viralité de ce combat « autant historique qu’apolitique », précise le chef dans sa lettre.

Change.org : la plateforme gratuite de mobilisation en ligne compte plus de 12 millions de membres en France, dont Emmanuel Macron et plusieurs ministres.

Pétitions x 2

Toutes les pétitions lancées sur Change.org sont loin d’atteindre ce chiffre. « Mais tout dépend du contexte, du sujet et de son ancrage territorial, national ou local », indique Belkacem Nacer, en charge de la communication de la plateforme, qui enregistre près de 2 000 pétitions par mois, plus du double depuis le début de la crise sanitaire. Et de préciser : « Par exemple, 3 000 signatures pour une pétition demandant le maintien d’une boulangerie dans un petit village, c’est un très bon résultat ». À chacun de déterminer son objectif et de préciser a posteriori si la démarche s’est soldée par une victoire. Un processus, à la fi nalité aléatoire, qui requiert généralement du temps… et de la patience.

Éviter le jargon Installé à Fenioux (79), le boulanger David Fèvre a envoyé un courrier (accompagné d’un colis de ses spécialités) à Emmanuel Macron en 2018 pour suggérer au chef de l’État quelques mesures en faveur de l’artisanat, comme « la création d’un pass-commerce

dans les campagnes », rapporte le patron de la boutique L’Angélique. En retour, le Président lui a écrit pour le remercier et l’assurer « de l’importance [accordée] au monde rural », mais sans mention particulière à ses propositions. D’où le lancement d’une pétition, partagée et médiatisée autant que possible. À la clef : des soutiens d’habitants, artisans et élus locaux, avec l’idée de rassembler au maximum. Une tâche difficile. Pour optimiser ses chances de réussite, Belkacem Nacer conseille de « réfléchir aux bons destinataires de sa pétition, en capacité d’agir ». Pour un sujet local, mieux vaut ainsi cibler le maire, un député ou le préfet de région que directement un ministre. « Attention également à éviter le jargon professionnel dans son texte. Mieux vaut ne pas être trop long et technique pour permettre à chacun de se projeter », poursuit le chargé de communication qui prône « les histoires simples et d’actualité, mettant en avant l’impact social dans la vie des gens, associées à une demande réalisable ». En définitive, pour espérer une issue positive, restez réaliste et n’en faites pas des tartines !

Barbara Guicheteau

À Fenioux (79), le boulanger David Fèvre a lancé une pétition pour la création d’un pass-commerce en milieu rural, médiatisation à l’appui.