C’est une icône sur l’écran du smartphone. Et la promesse de belles affaires : en moyenne, les paniers TooGood To Go (TGTG) sont vendus au tiers de leur valeur initiale. « L’idée est de proposer une solution simple pour limiter le gaspillage alimentaire, rappelle Stéphanie Moy, responsable de la communication de la start-up. Nous mettons en relation des commerçants qui souhaitent valoriser leurs invendus et des utilisateurs qui les rachètent à bas prix. » Créée en juin 2016, l’application a été depuis téléchargée par cinq millions de Français. Plus de 10 000 commerçants - dont un quart de boulangers-pâtissiers, ont répondu à l’appel. « 30 000 repas sont sauvés en moyenne chaque jour », ajoute Stéphanie Moy. Face à un tel phénomène, un bilan s’impose !

Du côté des clients comme des boulangers, l’application est très intuitive, facile d’utilisation.

Des craintes…

Premier constat, les avis sont tranchés. « Les chaînes de pain environnantes remplissent les paniers à bloc. En comparaison, les miens paraissaient chiches et des clients s’en sont plaint », raconte ainsi une boulangère de Mayenne. Sur le groupe Facebook « Boulanger pâtissier artisans », un récent post sur le sujet compile les mésaventures liées à des clients TGTG sans gêne, l’un exigeant un emballage qui n’était pas prévu, l’autre un changement de produit, un autre encore, un panier alors qu’il n’y avait pas d’invendus… Sans compter quelques boulangers qui estiment que la commission de l’intermédiaire est trop élevée. Pour être clair, la start-up ponctionne 1,09€ de commission par panier, et 39€ de frais administratifs par an. « Nous réglons les ventes tous les trimestres et prélevons directement ces sommes, indique Stéphanie Moy. Le commerçant n’a jamais à avancer d’argent. » Et là où quelques artisans ont l’impression que certains consommateurs attendent les paniers plutôt que de venir choisir leurs achats en boutique, d’autres relatent l’inverse. « Les clients TGTG ne sont pas les nôtres, au contraire, ce sont des gens qui viennent de plus loin, et que l’on voit revenir le week-end car ils ont apprécié nos produits », raconte Fabien Degombert, boulanger à Agon-Coutainville (50).

…et beaucoup d’enthousiasme

Pour Tony Doré, artisan à Paris, « c’est un service gagnant-gagnant à 200 %. L’essentiel est de ne pas perdre d’argent : le prix de vente TGTG couvre mon coût matière. Je suis aussi très satisfait de ne pas jeter. J’ai cinq paniers prévus chaque jour, qui sont en général réservés avant 10h. Le système est très flexible : je peux augmenter ou réduire ce nombre en fonction de l’affluence au magasin et les vendeuses garnissent les lots avec ce qui reste, qu’il s’agisse de pain, de viennoiserie ou de sandwichs. » À Lorient (56), Étienne Crespin apprécie que la start-up incite les consommateurs à venir avec leurs propres contenants. Il trouve, lui aussi, l’application très facile et souple à utiliser et se félicite de cette visibilité supplémentaire. « En moyenne, je gagne 350 à 400 € par mois, avec cinq paniers quotidiens à 3,90 €. Même si ce n’est pas l’objectif, ce n’est pas négligeable ! »

Cécile Rudloff