Par un discret affichage en magasin, une cinquantaine de boulangeries de l’Isère affirment leur soutien à l’agriculture locale. Comment ? En utilisant des farines IsHere, une marque lancée début 2019 qui poursuit sa tranquille progression. Gérée par une association, le Pôle agroalimentaire de l’Isère, qui réunit tous les acteurs de l’agroalimentaire, elle est attribuée à une vaste gamme de produits alimentaires, bruts ou transformés. À la différence d’autres marques locales, celle-ci garantit davantage qu’une proximité géographique. La Maison François Cholat a participé à la rédaction du cahier des charges des farines. « Il y a trois conditions : des blés cultivés en Isère, le respect de la charte de production agricole NFV 30001 et une juste rémunération des producteurs, explique son président François Cholat. Ce dernier critère est rempli chez nous à travers des contrats fixant le prix du blé sur un à trois ans. Et depuis 2020, tous nos blés destinés à la filière IsHere sont certifiés haute valeur environnementale de niveau 2 (HVE2), donnant lieu à une prime pour les agriculteurs. » Trois autres minoteries (Minoterie Martin, Minoterie du Triève et Moulins de Bion) proposent des farines agréées.

Tous autour de la table

Outre l’origine géographique, la marque IsHere pose des conditions sur le respect de l’environnement et la rémunération des producteurs. « Le Pôle agroalimentaire réunit tous les maillons, du producteur au consommateur, en associant les collectivités et les chambres consulaires, explique son président Pascal Denolly, qui est aussi vice-président de la chambre d’agriculture. Les agréments sont délivrés pour trois ans, par un comité où sont représentés les différents collèges. Les critères environnementaux, basiques au départ, devaient se renforcer dans les trois ans. Ainsi, avant la fin de l’année, les blés engagés en filières IsHere devront tous être issus de fermes certifiées HVE 2. »

Des clients sensibilisés

Chaque boulanger s’est saisi de la démarche à sa manière. Au Moulin Alpain, à Vizille, Alain Billet propose depuis un an la Tradition de l’Isère, dont la recette a été élaborée pour la marque par la Maison Cholat. Il n’a pas changé le reste de sa gamme. Au contraire de Pierre-Michel Canard, à Voiron, qui a basculé tout son approvisionnement en filières IsHere (sauf pour les pains spéciaux) et retravaillé ses propres recettes pour les adapter.« J’ai fait ce choix par principe, pour soutenir les filières locales », explique l’artisan, qui accepte un léger surcoût à l’achat au vu de la « qualité » de la farine, et constate que « les clients sont de plus en plus sensibles à l’origine locale » La Maison Jas, qui détient deux boulangeries dans le département, a déposé sa propre baguette sous la marque IsHere – élaborée avec des farines elles-mêmes labellisées. L’agrément étant décerné au produit fini et non à la matière première (farine), le boulanger détient l’exclusivité de cette baguette… et l’a baptisée L’Unique. En contrepartie de leur soutien à la marque, les artisans bénéficient de supports de communication. Et les médias locaux mettent régulièrement en lumière des producteurs et des artisans engagés dans la démarche.

Bérangère Lafeuille
Le logo de la marque.
La baguette L’Unique, élaborée par la maison Jas pour valoriser la farine locale, porte l’agrément IsHere.