La réalité de nos campagnes est non seulement très diversifiée, mais elle est aussi en pleine mutation. L'influence urbaine, l'attractivité touristique, l'accessibilité des territoires, le marché de l'immobilier, les évolutions démographiques et sociales sont autant de paramètres qui transforment le monde rural en profondeur. Il n'y a donc pas un unique modèle rural.

Si la commune est classée en Zone de Revitalisation Rurale, vous pouvez prétendre à des avantages fiscaux.  (Source : Datar, arrêté du 04/12/2012)

Campagnes urbaines De ce fait, la première clef de la réussite consiste à conduire une étude marketing sérieuse, basée sur des statistiques officielles. C'est le conseil que donnent Bertrand et Vanessa Chrétien, à Roeux, un village du Pas-de-Calais (dpt. 62, 1 400 hab.), situé à 15 km d'Arras. Le couple de boulangers- pâtissiers a fait un pari osé en venant s'installer dans un village rural qui n'avait pas eu de commerce depuis… 27 ans ! Ils expliquent leur choix : « Ce projet a été largement épaulé par la mairie et la Communauté de communes (OSARTIS). La Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) nous a permis d'obtenir une étude de marché et un prévisionnel basé sur des chiffres précis : un passage de 1 700 voitures par jour, une population composée essentiellement d'actifs dont 80 % touchent plus de 5 000 euros par mois. On savait donc qu'on pouvait réussir également sur la pâtisserie. Le dossier bancaire était « béton ». Nous avons pu bénéficier d'un soutien financier appréciable dont deux prêts à taux zéro et le FISAC (voir encadré). La rénovation de la boulangerie et de l'appartement a été prise en charge par OSARTIS. Sans ces soutiens, je ne pense pas que le projet aurait pu voir le jour », indique Bertrand. Après 2 ans d'activité, leur bilan est positif, même si leur développement est freiné par un manque de personnel. L'isolement en milieu rural fait que les candidatures intéressantes sont encore plus que rares. L'étude a néanmoins tenu ses promesses : le panier moyen atteint les 5 euros. Leur conseil ? « Il faut aujourd'hui bien analyser le revenu moyen de la population desservie. La clientèle aisée regarde moins le prix et davantage la qualité », recommandent-ils.

Lien à la terre Évidemment, lorsque le flux de piétons ou de voitures est garanti, c'est plus facile... Mais ce n'est pas le cas des territoires ruraux qui ont, dans leur grande majorité, une faible densité de population. Le challenge consiste le plus souvent à élargir la zone de chalandise. La « tournée » doit être réinventée, en fonctionnant par exemple le soir (plutôt que le matin) et en proposant des pizzas, tartes salées, pâtisseries de voyage, pains spéciaux... Pour Erwann Ruaud, boulanger situé dans un petit hameau isolé du Plessis sur la commune de Mauron (dpt. 56, 3 000 hab.) en Bretagne, un bon projet d'installation passe avant tout par une bonne intégration. « Un anonyme pourra difficilement réussir s'il reste enfermé dans son fournil. Moi, je suis un enfant du pays : j'ai grandi ici et les gens me connaissent. La particularité du milieu rural tient au fait que les liens sont plus poussés que les simples relations commerciales. Il faut aimer discuter, prendre des nouvelles, rendre service. Le boulanger doit prendre part à la vie locale : fêtes, manifestations, marchés... L'offre pédagogique pour présenter notre métier auprès des écoles, des EHPAD* ou des ESAT* est un moyen intéressant à développer. La seconde chose est qu'il faut être « vrai ». Il n'est pas rare que les gens me voient passer sur mon tracteur pour aller couper du bois ou entretenir mes vergers ! Pour un couple qui vient d'une grande ville, je lui recommande de vivre quelques années à la campagne déjà. L'intégration n'est pas si simple quand on n'a aucun attachement à une région. Dès lors que les personnes sont agréables, sociables et impliquées, elles seront facilement acceptées. Leur projet tiendra la route si leur offre est également adaptée aux attentes locales. » 

* EHPAD : Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes * ESAT : Etablissement et services d'aide par le travail

Le FISAC • Le Fonds d'Intervention pour les Services, l'Artisanat et le Commerce est un dispositif d'aide en faveur du commerce de proximité : préservation en territoires fragiles, adaptation aux attentes des consommateurs, maintien de sa diversité… • Il peut être accordé pour la modernisation de l'appareil productif, l'aménagement des locaux, la mise aux normes de sécurité et d'accessibilité. • Plafond de dépenses : 75 000 € HT (seuil mini : 10 000 € HT). • Taux maxi de l'aide : 30 % des investissements (40 % pour la sécurité et/ou l'accessibilité).

En savoir plus : contactez votre CCI, CMA ou DIRECCTE.

par Armand Tandeau (publié le 20 février 2013)