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Artisanat

Une identité à défendre

Artisans au fournil. (Photo : latoque.fr)

La multiplication des commerces de pains et de pâtisseries exploitant une image artisanale trouble le consommateur et fragilise l’identité même de l’artisan de métier. Comment revendiquer ses valeurs et valoriser le savoir-faire authentique ?

Article 1 :

Valoriser le métier : Pourquoi, comment ?

L’identité artisanale est mise à mal par l’arrivée, dans le secteur, d’acteurs issus d’autres horizons. Décryptage d’une évolution et pistes pour sortir de l’impasse.
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L'identité artisanale est aujourd'hui un sujet de fond. Dans le Tarn-et-Garonne, une conférence a été donnée en novembre dernier par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat. Son président, Roland Delzers, explique le cadre de cette réflexion.« L’identité de l’artisanat nous préoccupe beaucoup, car elle est malmenée par la progression des enseignes d’apparence artisanale, mais dont le fonctionnement sort du canon de la définition de l’entreprise artisanale, à savoir : une TPE de moins de 10 salariés aux mains d’un artisan de métier diplômé, expérimenté et immatriculé », reconnaît-il (voir à ce sujet notre dossier de janvier 2013).

 

Bonnes baguettes artisanales. (Photo : Latoque.fr)La baguette haut de gamme à prix ajusté : une stratégie d'appel
pour resserrer les liens avec les Français.

Artisan ou entrepreneur ?
Aujourd’hui, la loi indique qu’une entreprise artisanale peut en effet être dirigée par toute personne physique et peut, après création, augmenter sa masse salariale (droit de suite). « La législation actuelle favorise l’entrepreneuriat au détriment du métier, poursuit-il. Elle est liée plus largement à une évolution de la société qui place la liberté d’entreprendre au-dessus de toute valeur économique. Quelle que soit la filière professionnelle, l’esprit d’entreprise est bien plus valorisé aujourd’hui que la maîtrise technique. On le voit, par exemple, à travers le succès de l’auto-entreprise qui porte un coup dur aux artisans de métier qui, eux, ont obligation d’être diplômés, certifiés, assurés… La vocation de l’artisanat et la demande du consommateur voudraient pourtant que l’entreprise artisanale soit aux mains de personnes du métier, reconnues et compétentes, qui aient à cœur de préserver l’héritage et la transmission d’un savoir-faire. Ce qui ne s’oppose pas évidemment à l’ouverture d’esprit et à la créativité ! Il y a surtout un combat de fond à mener pour moderniser l’image de l’homme de métier et l’excellence du geste artisanal. En matière gastronomique, le succès des émissions de téléréalité irait plutôt dans le sens des valeurs artisanales sauf lorsque le métier se trouve caricaturé par une approche médiatique qui fait l’impasse sur les techniques et sur leur apprentissage. »

People ou populaire ?
« L’autre élément à comprendre est qu’une bonne partie de la population, notamment en milieu rural et en périphérie urbaine, a perdu toute connaissance et tout repère de qualité. Beaucoup ne savent plus différencier une boulangerie artisanale d’une enseigne industrielle, ce qui favorise évidemment l’implantation de commerçants moins attentifs à la fabrication, mais plus offensifs sur le commercial. Même s’il n’est pas forcément plus onéreux à la base, le travail authentique est en passe de devenir un luxe, apprécié et reconnu par les populations les plus aisées ou de niveau social élevé, alors que sa vocation est de rester populaire. Certains d’ailleurs s’engouffrent dans la brèche pour aller sur le haut de gamme avec des tarifs très segmentants. L’arrivée de cadres en reconversion issus de l’industrie ou de la finance bouleverse d’autant cette identité profonde. La démocratisation de la qualité artisanale passera par une reconnexion de l’artisan avec les classes populaires et la jeunesse (voir encadré) », recommande Roland Delzers.

 

Façonnage de la pâte par un artisan. (Photo : Latoque.fr)L'artisanat s'en sortira par le haut s'il revient
progressivement à une fabrication maison.

Le sens collectif
La principale porte de sortie de crise est de retrouver la force du collectif. « Même si le corporatisme (1) est passé de mode, les confédérations professionnelles et autres instances représentatives de l’Artisanat restent héritières de l’histoire des métiers et garantes de la pérennité des systèmes de formation et de solidarité : centres de formation des apprentis, caisses mutualistes, coopératives d’activité ou d’achat, réseaux d'échanges et de services... La dévalorisation de l'Artisanat de métier entraîne logiquement la fragilisation du collectif. Pour le renforcer, il doit fédérer. La promotion de savoir-faire patrimoniaux et territoriaux (à travers, par exemple, la création de recettes régionales, la promotion de produits du terroir, la participation à des festivités populaires ou l’action en faveur de l’économie locale, NDLR) peut être un levier rassembleur. Plus en amont, il faudrait aussi pouvoir relancer en CFA l’enseignement de la culture, de l’histoire et de l’économie liées au métier et au territoire pour que les jeunes baignent très tôt dans la « culture métier ». Le concept de l’économie sociale et solidaire, la pratique des circuits courts, la promotion d’un territoire ou d’un patrimoine gastronomique… tout cela est remis en avant aujourd’hui pour revitaliser les zones rurales. Mais cela fait bien longtemps que l’artisan en est un acteur clef ! », conclut-il. 

Livre sur l'artisanat de Caroline Mazaud. (Photo : latoque.fr)Vient de paraître
L’artisanat français. Entre métier et entreprise
Cette étude montre que le modèle du métier, quasi unique dans les années 1980, fait place aujourd’hui à une diversité de situations qui déstabilise ce qui fondait autrefois la régulation et la reproduction traditionnelle du groupe social des artisans.
Caroline Mazaud, Presses Universitaires de Rennes, Coll. « Le Sens social », juillet 2013.

 

(1) Idéologie qui se distingue du capitalisme et du communisme, et qui défend un modèle d’organisation économique, sociale et politique, reposant sur les corps de métier.

par Armand Tandeau

(publié le 25 octobre 2013)

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