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L’homme
fait le pain... et le pain nourrit l’homme.
Des graines de céréales consommées
crues, puis grillées, à la baguette fraîche
et croustillante que l’on connaît, se sont passées
des dizaines de siècles...
Au départ, il n’y avait que bouillies et autres
galettes de céréales. Mais depuis les Egyptiens,
à l’origine de la fermentation de la pâte,
l’histoire du pain et de l’homme sont étroitement
liées. Des Juifs qui lui laissèrent une place
immense dans leur religion et leur société,
aux Romains qui lui consacrèrent une véritable
politique, en passant par les Grecs qui l’entourèrent
de nombreuses légendes : le destin du pain suit celui
des civilisations.
Au
Moyen Âge, il est l’apanage des riches
(le roi, les nobles, le clergé), et il sera l’un
des ferments de la Révolution. Au fil des siècles,
lorsque la France est prospère, elle a du bon pain.
En temps de guerre, le pain manque et il est mauvais. Dans
la société moderne, le pain a été
méprisé, puis encensé. Il en va de
l’histoire du pain comme de tout autre sujet: lorsque
le pain fait défaut, la pénurie est cruellement
ressentie, et quand les magasins en rengorgent, on fait
les difficiles!
La Préhistoire du pain
Au néolithique, il y a environ 9000 ans, les hommes
s’ouvraient à la culture ; ils savaient déjà
broyer les graines des épis récoltés
entre deux pierres, se posant ainsi comme les ancêtres
des meuniers. Les premières céréales
étaient l’orge, le millet, le seigle, ou l’épeautre,
forme antérieure du blé. Des traces d’aliments
céréaliers ont été retrouvées
au Moyen-Orient, datant d’environ 8 500 ans avant
notre ère. En ces temps reculés, les brisures
obtenues, mélangées à de l’eau,
se consommaient sous forme de bouillie grossière.
Puis des galettes ont été confectionnées,
cuites sous la cendre ou bien sur des pierres brûlantes.
L’Antiquité...ou la naissance
du pain
Le pain se rapprochant de sa forme actuelle, c’est
à dire préparé à base d’une
pâte levée, serait apparu selon les régions
entre 6 000 et 4 000 ans avant Jésus-Christ, constituant
ainsi une époque charnière avec notre civilisation
occidentale. Par la suite, le pain a dominé l’esprit
et la vie du monde antique.
Ce
sont les Egyptiens, installés sur les berges très
fertiles du Nil, qui ont amélioré les méthodes
de culture des céréales, puis d’affinage
des farines. Ils pilaient les grains à la main entre
deux pierres, l’une concave, posée sur le sol,
l’autre convexe et mobile, avant que des tamisages
successifs n’enlèvent l’excédent
de son. En ajoutant un peu d’eau à cette farine,
ils obtenaient une pâte qu’ils malaxaient et
cuisaient dans des moules de terre chauffés.
On attribue également aux Egyptiens les premiers
fours et la première pâte levée : un
morceau de pâte, oublié, aurait fermenté
toute une nuit. Cuit le lendemain, il aurait donné
naissance au «vrai pain» , selon la terminologie
d’aujourd’hui. Cette nourriture est déjà
très appréciée : plus digeste que les
galettes ou les bouillies, elle offre aussi un meilleur
goût.
Pour toutes les raisons citées, de nombreux historiens
voient en ce peuple les ancêtres de nos boulangers.
De l’Egypte vers Israël
et la Grèce...
Le peuple d’Israël se familiarisa avec le pain
lors des 430 années que dura son exode sur la terre
d’Egypte. Des passages de la Bible relèvent
d’ailleurs l’importance de cet aliment dans
le quotidien des gens, notant par exemple la présence
de fours (en argile) dans les maisons égyptiennes.
Lorsqu’ils quittèrent les lieux en catastrophe
pour l’exode, les Hébreux emportèrent
avec eux de la pâte non encore levée. Ils la
firent cuire en galettes, c’était le fameux
«pain azyme». A l’occasion de l’institution
de la Pâque, Dieu dit à Moïse : «
Pendant sept jours, vous mangerez des azymes, dès
le premier jour, vous ferez disparaître le levain
de vos maisons, car quiconque mangerait du pain levé,
du premier au septième jour, cette personne-là
serait retranchée d’Israël». De
nos jours, dans la pratique juive, l’interdiction
de manger du pain levé ressort sous la forme d’une
commémoration : tous les ans, il faut faire revivre
la nuit de l’exode.
Egalement initiée au pain par les Egyptiens, la Grèce
antique lui réserva le meilleur des traitements.
Les Grecs ont très vite su exploiter ce merveilleux
produit, lui conférant une qualité encore
inédite. Ils améliorent tout d’abord
les techniques de mouture, obtenant des farines plus fines
et plus blanches. Puis ils organisent la fabrication du
pain, donnant naissance à de vraies boulangeries
dans lesquelles le pain était pétri, puis
cuit dans des fours. On notera à cette époque
le glissement de la cuisson domestique vers une cuisson
plus «communale».
Le plus souvent, les tâches ardues comme le pétrissage
étaient réservées aux esclaves. Alors
qu’ils étaient à peine nourris, ces
derniers devaient aussi supporter un lourd anneau autour
du cou, qui les empêchait de porter la main à
la bouche et donc de manger de la pâte...
Organisés et méthodiques, les Grecs ont aussi
fait progresser les techniques de cuisson : les traces retrouvées
de leurs fours montrent leur supériorité sur
les moules chauffés archaïques ou sur les cloches
de terre posées sur une pierre. De même, pas
moins de soixante-douze variétés de pains
et de gâteaux datant du IIe siècle avant J-C,
ont été recensées dans la Grèce
antique. C’est dire si, en la matière, les
Grecs se sont révélés de véritables
artistes.

Le Pain azyme, pain juif

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