| L'art
de la présentation
selon
la Vannerie Candas
Si
l’on devait résumer
en quelques mots les atouts du spécialiste des présentoirs
et autres paniers en osier, on choisirait «mise en
valeur», «naturel» et «solide»,
car rien ne définit mieux ce matériel à
la fois utile et décoratif. La Vannerie Candas mise
sur une fabrication entièrement artisanale qui fait
la part belle au sur-mesure et ne demande quasiment aucun
entretien.
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Les
bottes d’osier, rangées par taille et
par épaisseur, attendent d’être
façonnées par le vannier. |
Le
Boisle, à quelques kilomètres d’Abbeville,
dans la Somme. Dès l’entrée du village,
des panneaux préviennent les visiteurs: les lieux
sont connus pour leur production de vanneries. C’est
le pays de l’osier, cultivé dans les champs
environnants qui jouissent de sols riches et d’une
humidité très favorable à une pousse
rapide. La Vannerie Candas, dont le magasin baptisé
Vannerie du Boisle constitue l’arrêt de rigueur
lors de la traversée du bourg, a une réputation
qui n’est plus à faire.
A sa création en 1973 par les trois frères
Candas, elle fabriquait surtout à l’attention
des agenceurs en relation avec les grandes surfaces alimentaires.
Le recentrage sur la fourniture de commerces artisanaux
n’est survenu que fin 1992, lors du rachat de l’entreprise
par Jérôme Maillard, à l’origine
des nombreux développements qui ont fortement marqué
l’activité de ces dernières années.
Un artisan qui
vend à des artisans
Aujourd’hui, si la Vannerie Candas a conservé
sa spécialisation dans les paniers en osier, la quasi
totalité de ses ventes tourne autour de produits
de plus en plus élaborés: plateaux pâtissiers,
présentoirs à pains, bannetons, paniers à
défourner, etc... Les clients ? Les artisans donc,
boulangers, boulangers-pâtissiers ou pâtissiers
qui, tous, expriment leur préférence pour
ces produits d’origine naturelle, n’ayant subi
aucun traitement chimique et issus d’une réalisation
purement artisanale. En d’autres termes, le succès
de l’entreprise tient également à sa
similitude avec ses propres clients en termes de fabrication.
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Chaque
panière, chaque présentoir fait l’objet
d’un travail manuel dont les gestes, toujours
précis, dépendent de la forme finale
demandée. |
Le passage d’une clientèle «grande surface»
à celle du petit commerce est intervenu en 1994,
lorsque le jeune directeur décide de participer au
salon Europain, convaincu de l’intérêt
de ses produits pour le marché artisanal. Là,
le nombre de contacts pris sur le stand dépasse toutes
ses espérances: près de 400 en quatre jours!
«Cette ouverture nouvelle a marqué un tournant
dans l’histoire de l’entreprise, dans la mesure
où nous quittions une position de sous-traitant pour
occuper celle d’un interlocuteur direct, à
savoir le fabricant» souligne Jérôme
Maillard. Rapidement, un premier catalogue réunit
l’essentiel des produits pour accompagner et faciliter
la démarche commerciale de la Vannerie Candas.
Quelques années plus tard, une deuxième édition,
mais agrémentée de fiches produits cette fois,
permet à l’entreprise de présenter l’ensemble
de ses nouveautés, toujours réalisées
manuellement par des vanniers professionnels, toujours à
partir d’une matière première naturelle
et toujours conçues dans le droit fil des besoins
évolutifs des artisans.
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Du
fait main pour ces vanneries qui ajoutent la solidité
à leur caractère pratique. |
Pas de vraie concurrence
asiatique
«Cette approche artisanale constitue un atout aux
yeux de notre clientèle, car elle nous distingue
de la concurrence provenant le plus souvent de pays asiatiques,
ajoute le dirigeant. Il se trouve que 99% de la valeur d’un
produit tel qu’un panier en osier est représentée
par le coût de main d’œuvre... ce qui les
avantage largement. En revanche, il s’agit pour l’essentiel
d’articles à usage domestique de petit volume,
empilables donc adaptés à l’export,
mais qui n’exigent pas une qualité de premier
ordre».
Et justement, ce n’est pas dans cette cour-là
que joue le fabricant. La production de la Vannerie du Boisle
consiste surtout en de grosses pièces, très
solides tout en restant maniables.
La différence vient de la matière première
et de son mode cultural. «Tous les osiers poussent
très vite, explique-t-il. Au printemps, ils grandissent
en moyenne de plus de 2 m en trois mois! Et alors qu’en
Asie les tiges sont coupées durant cette phase de
croissance, nous les laissons sur pied. L’osier devient
alors «ligneux», ce qui augmente sa résistance.
Supprimer cette étape le rend plus cassant donc plus
fragile. Pour un petit objet, cela n’a pas de conséquence,
mais sur des équipements professionnels comme ceux
que nous fabriquons, c’est impossible!».
La politique du
«T.D.A.»!
Autre argument en faveur de l’entreprise picarde:
sa capacité à fabriquer du sur-mesure et donc
à s’adapter aux différents agencements
et profils de magasins. Certes, la fabrication d’un
article - comprise entre 3 et 8 heures en moyenne - peut
s’en trouver rallongée, mais peu importe. L’essentiel
étant surtout de bien correspondre à la demande
exprimée.
Aujourd’hui, la Vannerie du Boisle emploie une douzaine
de salariés, sans compter quelques vanniers en sous-traitance
et les personnes à la vente en magasin, plus ou moins
nombreuses selon la saison.
Nul doute que ces chiffres vont s’étoffer dans
un avenir proche, en raison des nombreux projets qui animent
Jérôme Maillard. Déjà, il a réussi
son premier pari: développer l’entreprise en
se donnant les moyens de ne plus dépendre que de
«donneurs d’ordre». Ensuite, il a su très
vite élargir sa gamme avec des articles bien en phase
avec les besoins du marché.
Maintenant, il compte poursuivre son chemin en restant fidèle
à une politique très personnelle, qu’il
résume avec humour en trois lettres: «T.D.A.»,
ou plutôt, trois initiales qui signifient «Très
Différent des Autres». Pour cela, il conjugue
faculté d’imagination, bonne connaissance de
la technique et contact privilégié avec le
terrain. Une démarche qui ne va pas sans un dialogue
étroit avec la boulangère pour le magasin
et l’artisan pour le fournil.
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Des
équipements très complets sont proposés
aux boulangers, sans compter les multiples possibilités
du sur-mesure. |
Des modèles
modulables
«La conception de présentoirs, par exemple,
suppose une bonne adéquation avec l’offre produits
et la capacité de production, car un présentoir
de comptoir à deux ou trois étages multiplie
d’autant la vente des produits, précise Jérôme
Maillard. Si l’on prend le cas d’un chariot
à pain, une forme carrée et la possibilité
de tenir penché pendant le remplissage font toute
la différence, en simplifiant le travail du professionnel».
L’avenir reste donc très ouvert pour la Vannerie
Candas, qui profite d’un courant avantageux pour l’osier,
produit traditionnel et naturel, et sait évoluer
en termes de produits. Pour preuve, ces nouvelles étagères
associant une structure en fer forgé et des paniers
en osier de formes différentes. La gamme se compose
aujourd’hui de trois modèles principaux. Le
premier, baptisé Papillon en raison de ses extrémités
arrondies, consiste en une étagère murale
qui se charge de panières verticales et de plateaux,
le tout étant modulable à loisir grâce
à des attaches de soutien interchangeables.
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Jérôme
Maillard, Pdg de la Vannerie Candas,
reste très attentif à l’évolution
des besoins du boulanger dans son fournil et de la
boulangère dans sa boutique. |
Un entretien très
facile
Le second, appelé Taille-Fine, se pose au sol (et
se fixe ou non au mur) et obéit au même principe
de modularité. Il en va de même pour la toute
dernière innovation, la Provençale, spécialement
conçue pour la présentation des pains du Sud,
souvent plus courts.
«Grâce à notre cellule de recherche,
nous sommes capables de proposer des concepts plus complets
et de mieux en mieux adaptés, reprend le dirigeant.
Chaque innovation doit respecter des impératifs précis,
comme une praticité accrue ou le développement
des ventes des produits présentés en boutique.
Car si l’osier se plie volontiers à la fabrication
d’outils de travail, tels les paniers à défourner,
il donne le meilleur de lui-même lorsqu’il est
utilisé pour mettre en valeur les viennoiseries et
autres pains spéciaux. «Pour nous, le produit
réussi est celui qui permet de mieux vendre tout
en convenant parfaitement aux gestes et aux habitudes des
professionnels» ajoute-t-il.
L’entreprise a aussi pour elle de proposer des équipements
faciles d’entretien: un simple nettoyage quotidien
à la brosse suffit, complété par un
rinçage à l’eau si besoin. Car l’osier
aime l’eau! Il est même conseillé de
le tremper de temps en temps pour lui permettre de reprendre
un peu de tenue. Enfin, sa couleur initiale, très
claire, se teinte légèrement au fil du temps:
il obtient ainsi sa «patine», surtout de par
son exposition à la lumière. D’autres
nuances, plus foncées, sont possibles, toujours de
manière naturelle, par un passage dans un bain de
brou de noix.
Anne-Laure Chorand
La culture et le travail de l’osier:
de vrais métiers
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Un
champ d’osier est
planté pour une vingtaine d’années
et compte environ 120 000 boutures à l’hectare.
Situé non loin du Boisle, l’agriculteur
avec lequel Jérôme Maillard travaille
en partenariat récolte son osier en hiver,
à partir de janvier ou février jusqu’à
fin mars, «à sève descendue»,
longtemps après la perte de ses feuilles.
Après leur triage, qui permet notamment d’ôter
les mauvaises herbes et autres roseaux, les tiges
(appelées plés ou brins) passent par
le «tiranage», qui consiste en un classement
par taille tous les 25 cm (de 1 m à 2,50
m).
Mis en bottes de même longueur, les brins
sont placés dans des bacs, ou routoirs, où
ils vont repartir en végétation, produisant
ainsi de nouveau feuilles, fleurs et radicelles.
Gorgée de sève, l’écorce
va pouvoir être retirée facilement,
laissant apparaître un osier vert qui va blanchir
naturellement. Séché au vent et au
soleil et stocké à l’abri de
l’humidité, celui-ci se verra passé
dans l’eau la veille de son utilisation par
le vannier, afin de retrouver toute sa souplesse
et d’être travaillé plus facilement.
Après avoir confectionné sa structure
en fixant entre eux des montants en rotin (plus
épais que l’osier), le professionnel
s’applique alors à multiplier ses points
de tressage pour donner naissance à la forme
de son choix.
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