|
Le
Repos hebdomadaire
et la Fermeture hebdomadaire
Par
Laurent VERDIER, Avocat à la COUR de PARIS
Ces
deux notions se ressemblent mais font pourtant référence
à des obligations bien distinctes.
Le repos hebdomadaire est une notion de droit du travail,
réglementée par le Code du Travail et qui
a
pour vocation de s’imposer aux employeurs à
l’égard de leurs salariés.
La fermeture hebdomadaire est une notion administrative
; elle est réglementée par des arrêtés
préfectoraux qui s’imposent à toutes
les entreprises que ces dernières aient, ou non,
du personnel.
Ce
mode de repos est décidé par les syndicats
d’employeurs et de salariés d’une profession
et d’une région et fait l’objet ensuite
d’un arrêté préfectoral par département.
Ainsi, pour la région parisienne par exemple,
4 arrêtés préfectoraux ont réglementé
la
fermeture hebdomadaire des boulangeries :
- Pour Paris : arrêtés des 21 janvier 1990
et 7 janvier 2005,
- Pour les Hauts de Seine : arrêté du 11 septembre
1996,
- Pour la Seine Saint Denis : arrêté du 27
février 1997,
- Pour le Val de Marne : arrêté du 4 novembre
1996.
Pour les autres départements, vous avez la possibilité
de vous adresser bien sûr à votre syndicat
professionnel mais également à la Préfecture
pour connaître les arrêtés réglementant
la fermeture hebdomadaire de votre propre département.
Il est d’ailleurs vivement recommandé de connaître
précisément le texte applicable puisque tous
les Préfets ne réglementent pas la fermeture
hebdomadaire des boulangeries de la même façon.
Sur Paris et les départements évoqués
ci-dessus, les arrêtés prévoient que
:
« Tous les établissements, parties d’établissements,
leurs dépendances, dépôts, fabricants
artisanaux ou industriels, fixes ou ambulants, dans lesquels
s’effectue à titre principal ou accessoire,
la vente au détail ou la distribution de pain, qu’il
s’agisse de pain courant ou de pain spécial,
emballé ou non, tels que notamment :
- boulangerie,
- boulangerie-pâtisserie,
- coopérative de boulangerie,
- boulangerie industrielle,
- terminaux de cuisson quelle que soit leur
appellation : point chaud, viennoiseries, etc...
- dépôts et points de vente (sous quelle que
forme que ce soit y compris les stations service),
- rayons de vente de pain
seront fermés au public un jour par semaine... »
En quoi consiste
précisément
cette obligation ?
Comme indiqué précédemment, cette obligation
contraint les entreprises à fermer au moins un jour
par semaine, une journée complète de 24 heures
consécutives, de 0 h 00 à 24 h 00.
Il s’agit bien sûr d’une obligation minimum
et rien n’empêche de fermer une demi-journée,
voire une journée supplémentaire, ce qui est
le cas aujourd’hui de bon nombre d’entre vous,
notamment dans les grandes villes.
Qui est concerné
par cette obligation ?
Sur Paris et les départements limitrophes, cette
obligation est extrêmement étendue puisqu’elle
touche non seulement les artisans
boulangers-pâtissiers, mais également les boulangeries
industrielles, les terminaux de cuisson, quelle que soit
leur appellation, et même les dépôts
et points de vente, ainsi que les rayons de vente de pain
(petites, moyennes et grandes surfaces).
Pendant très longtemps, les arrêtés
préfectoraux ne visaient que les établissements
où s’effectuait à titre principal la
fabrication, la vente et la distribution du pain, ce qui
excluait les dépôts de pain, les supermarchés,
les terminaux de cuisson, parce qu’ils ne fabriquaient
pas. Pour tenir compte du développement des
magasins de grande surface ou même de moyenne surface,
ainsi que des boulangeries industrielles et des terminaux
de cuisson, les arrêtés de fermeture ont donc
évolué.
Il est bien évident que cette extension n’est
pas forcément uniforme sur toute la France et c’est
la raison pour laquelle j’ai insisté sur le
fait qu’il convenait de prendre connaissance précisément
du texte de l’arrêté propre à
votre département, afin de vérifier qu’il
s’appliquait bien à toutes les entreprises
dont l’activité était la vente de pain,
et non pas seulement aux boulangeries-pâtisseries
artisanales.
Ces arrêtés préfectoraux ont fait l’objet
d’un abondant contentieux initié notamment
par les industriels et les terminaux de cuisson.
Depuis plusieurs années maintenant, tant les réponses
ministérielles que les décisions prononcées
par la Cour de Cassation, sont sans ambiguïté
possible.
La Cour de Cassation a considéré en effet
que ces arrêtés étaient opposables aux
personnes qui exploitaient des terminaux de cuisson, mais
également aux grandes surfaces qui avaient des unités
de boulangerie incluses et qu’elles devaient fermer
pendant la journée fixée par l’arrêté
préfectoral.
Ceci étant, pour les magasins à commerce multiple
(supérettes et grandes surfaces par exemple), la
situation est plus délicate puisque l’arrêté
préfectoral de fermeture pour les activités
liées à la vente de pain, ne peut s’appliquer
aux autres branches de l’activité du magasin.
En conséquence, ces magasins peuvent continuer à
fonctionner pour la vente de tous les autres produits autres
que ceux qui sont visés par l’arrêté.
Dans la réalité, il sera donc extrêmement
difficile de faire appliquer l’arrêté
pour ce type de magasin qui, légalement, est censé
suspendre la vente de pain pendant une durée d’une
journée et continuer ses activités autres.
L’infraction sera difficile à constater, et
la fermeture difficile à appliquer.
En revanche, pour toutes les activités de terminaux
de cuisson, ou boulangeries industrielles, dès lors
que l’activité principale et quasiment unique
est la vente de pain, pâtisseries et accessoires,
l’obligation est plus aisée à faire
respecter.
Que se passe-t-il
en cas d’infraction ?
Beaucoup d’entre vous sont bien sûr confrontés
à la concurrence des terminaux de cuisson et aux
unités de boulangerie incluses dans des grandes ou
moyennes surfaces qui peuvent
s’implanter n’importe où, voire être
voisin de votre propre boulangerie. Il s’agit là,
malheureusement pour vous, d’une concurrence normale
qui ne peut pas être interdite, ni limitée.
En revanche, cette concurrence a ses limites et notamment
le respect des arrêtés préfectoraux
dont il est question.
Il n’est pas possible pour ces commerces concurrents
d’être ouverts 7 jours sur 7 sans encourir des
sanctions.
Existe-t-il des dérogations
?
Quand un arrêté préfectoral est intervenu,
aucune dérogation temporaire, individuelle ou collective
n’est possible.
Le principe donc de la fermeture pour une durée d’une
journée ne peut pas être remis en cause.
En revanche, le changement de jour de fermeture hebdomadaire
peut-être modifié à condition de respecter
un certain formalisme. Les établissements doivent
formuler leur demande auprès de
l’organisation professionnelle dont ils dépendent,
à charge pour cette dernière de les adresser
avec un avis motivé au Préfet pour qu’il
rende une décision.
A défaut d’organisation professionnelle compétente,
le chef d’entreprise peut saisir directement le Préfet
pour formuler cette demande.
Quelles sont les sanctions
?
Lorsque l’entreprise dispose de salariés, l’inspecteur
du travail est chargé de relever les infractions
dans un procès verbal.
Et il existe autant d’infractions que de salariés.
Cette infraction est passible de la peine prévue
pour les contraventions de la 5ème classe, soit 1.500e
par infraction.
En cas de récidive dans le délai de 1 an,
l’amende sera celle prévue pour les contraventions
de la 5ème classe commises en récidive (3.000€
par infraction).
Par ailleurs, l’inspecteur du travail peut saisir
en référé le Président du Tribunal
de Grande Instance pour voir ordonner toutes mesures
propres à faire cesser dans les établissements
de vente au détail les infractions.
Dans ces circonstances, le tribunal peut ordonner la fermeture
de l’établissement et assortir cette décision
d’une astreinte liquidée au profit du Trésor
Public.
Par ailleurs, votre syndicat peut également engager
la procédure de référé contre
le commerçant qui ne respecte pas cette règle.
Par ailleurs, qu’il existe ou non des salariés
dans l’entreprise concernée, vous disposez
vous personnellement d’une action civile en concurrence
déloyale contre l’entreprise qui ne respecte
pas la fermeture hebdomadaire.
Cette action peut être engagée par vous mais
également par votre syndicat professionnel ou encore
par plusieurs boulangers agissant
ensemble.
Dans le cadre de cette procédure, vous pourrez demander
d’une part le respect de la fermeture hebdomadaire
sous astreinte, ainsi que la réparation de votre
préjudice financier lié notamment à
la baisse éventuelle de votre chiffre d’affaires
dû au report de la clientèle sur l’entreprise
responsable de la concurrence déloyale.
Ce point peut néanmoins être difficile à
démontrer et à quantifier financièrement.
Ceci étant, ne pas agir revient à accepter
une situation qui de toute façon est préjudiciable
à l’entreprise.
Par ailleurs, ce type de procédure a pour effet essentiel
de faire respecter par le concurrent la réglementation
et non pas d’obtenir une réparation financière.
J’insiste sur le fait qu’avant d’engager
ce type de procédure, il convient pour tous les départements
de bien vérifier la façon dont est rédigé
l’arrêté pour savoir s’il inclut
toutes les activités industrielles, terminaux de
cuisson, et non simplement les boulangeries-pâtisseries
artisanales.
Vous pouvez enfin, pour tenter d’obtenir le respect
par votre concurrent des dispositions légales, informer
le Préfet des infractions que vous aurez constatées
et ce, le cas échéant, avec le soutien de
votre syndicat professionnel.
Laurent
VERDIER
Avocat
au Barreau de Paris
7 rue du Louvre - 75001 PARIS
Tél: 01.40.13.90.32 - Fax: 01.42.36.36.29
e.mail: laurent.g.verdier@wanadoo.fr
Conseil-Rédaction d’actes-Contentieux |
|