| Le
Contrat
d’Apprentissage
(1ère
partie)
par
Maître Laurent VERDIER
Le
contrat d’apprentissage a pour objectif de
former en alternance un jeune travailleur en lui dispensant
une formation générale théorique en
centre de formation (CFA) et une formation pratique en entreprise
en vue d’obtenir un diplôme.
Les
textes de Loi ont évolué depuis une vingtaine
d’années pour permettre de donner une nouvelle
impulsion à l’apprentissage.
Récemment :
- la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle
assouplit certaines conditions requises pour conclure un
contrat d’apprentissage ;
- la loi du 18 juin 2005 sur la cohésion sociale
instaure une nouvelle dérogation à la limite
d’âge maximum de 25 ans pour conclure un contrat
d’apprentissage ;
- la loi du 2 août 2005 sur les PME prévoit
des dérogations à l’interdiction de
faire travailler les apprentis mineurs le dimanche et les
jours fériés ;
- enfin, la loi du 31 mars 2006 sur l’égalité
des chances ouvre le dispositif de l’apprentissage
aux élèves ayant atteint l’âge
de 14 ans, en deux étapes : l’apprentissage
junior initial et l’apprentissage junior confirmé.
De
nombreux textes récents sont donc venus modifier
les conditions de l’apprentissage.
Ce
mois-ci ne seront évoquées que les conditions
à
remplir pour conclure un contrat d’apprentissage (I)
et les caractéristiques de ce contrat
(II).
I
- Les conditions de la conclusion du contrat d’apprentissage
Conditions
relatives à l’apprenti :
Conditions d’âge :
Pour pouvoir être embauché comme apprenti,
les jeunes doivent avoir 16 ans au moins et 25 ans au plus,
au début de l’apprentissage.
Cependant, comme indiqué précédemment,
sous certaines conditions, des jeunes de moins de 16 ans
ou de plus de 25 ans, peuvent conclure un contrat d’apprentissage.
A partir de 15 ans : un jeune d’au
moins 15 ans peut bénéficier d’un contrat
d’apprentissage :
- S’il justifie avoir effectué sa scolarité
de premier cycle de l’enseignement secondaire (jusqu’à
la classe de 3ème),
- s’il a effectué deux années en centre
d’enseignement professionnel ou en classe préparatoire
à l’apprentissage,
- s’il a effectué un apprentissage junior initial
dans le cadre des dispositions de la loi du 31 mars 2006
sur l’égalité des chances.
Entre 15 et 16 ans : le jeune ayant atteint 16 ans dans
le dernier trimestre civil de l’année, peut
être admis dès septembre en apprentissage,
sans avoir à fournir une dispense de scolarité.
Dès 14 ans (loi du 31 mars 2006):
à la demande du jeune ou de ses parents, il pourra
être suivi une formation alternée appelée
« formation d’apprenti junior » en deux
étapes :
- un apprentissage junior initial, à partir de 14
ans : il s’agit d’un parcours d’initiation
aux métiers, effectué sous statut scolaire
(une équipe pédagogique élabore avec
l’élève et les parents un projet personnalisé
et un tuteur est désigné, chargé du
suivi).
Le parcours d’initiation aux métiers comporte
des enseignements généraux, des enseignements
technologiques et pratiques et des stages en milieu professionnel
dans plusieurs entreprises.
Dérogation à la limite d’âge
supérieure : la limite d’âge
supérieure est de 25 ans, ce qui signifie que l’apprentissage
est ouvert jusqu’au jour qui précède
le 26ème anniversaire de l’apprenti.
Les lois successives ont créé des dérogations
à cette limite d’âge dans les situations
suivantes :
- Pour les personnes handicapées orientées
vers l’apprentissage, l’âge limite supérieur
est de 30 ans.
- Quand un contrat d’apprentissage est conclu après
un premier contrat d’apprentissage en vue d’obtenir
un diplôme supérieur à celui obtenu
au cours du précédent, la limite d’âge
est à nouveau portée à 30 ans (le nouveau
contrat doit néanmoins être conclu dans un
délai maximum de 1 an après l’expiration
du premier contrat).
- Quand le nouveau contrat d’apprentissage est conclu
à la suite de la rupture d’un premier contrat
pour des causes indépendantes de la volonté
de l’apprenti, ou à la suite d’une
inaptitude physique temporaire, les mêmes conditions
que ci-dessus sont imposées (nouveau contrat : délai
maximum : 1 an ; limite d’âge : 30 ans).
- Lorsque la conclusion d’un nouveau contrat d’apprentissage
est souscrit par une personne qui a un projet de création
ou de reprise d’entreprise dont la réalisation
ne peut passer que par l’obtention d ‘un diplôme
ou d’un titre sanctionnant une formation suivie.
Aptitude physique :
L’apprenti doit faire l’objet d’une visite
médicale auprès du médecin du travail.
Pour les jeunes de moins de 18 ans, le médecin du
travail doit se prononcer sur leur aptitude à utiliser
les machines dangereuses.
Conditions relatives au maître de stage :
Le maître d’apprentissage, qui est généralement
l’employeur, doit être majeur, offrir des garanties
de moralité et présenter des compétences
pédagogiques et professionnelles. Les compétences
professionnelles sont déclarées acquises pour
:
- les personnes titulaires d’un diplôme professionnel
et justifiant d’une expérience de 3 ans ;
- ou celles qui justifient de 5 ans d’ancienneté
à un niveau minimum de qualification.
II
– La conclusion du contrat d'apprentissage:
Le contrat d’apprentissage est un contrat de type
particulier par lequel un employeur s’engage en plus
du versement d’un salaire à assurer à
un jeune travailleur une formation professionnelle complète
qui lui est dispensée pour partie par l’entreprise
et pour l’autre partie par le centre de formation
d’apprentis.
L’apprenti de son côté prend un double
engagement, celui de travailler pour cet employeur pendant
la durée du contrat, mais également de suivre
la formation qui lui est donnée dans le centre de
formation.
Le contrat d’apprentissage est un contrat
de travail mais également un contrat de formation.
Il est impératif de respecter certaines règles
:
- ce contrat doit être établi préalablement
à l’embauche.
- Il doit être obligatoirement écrit. S’il
est verbal, il s’agit d’un contrat à
durée indéterminée classique et non
un contrat d’apprentissage.
- Ce contrat est signé par l’employeur, par
l’apprenti, ainsi que par son tuteur ou représentant
légal s’il est mineur.
- Une fois ce contrat régularisé, il doit
faire l’objet d’un enregistrement au plus tard
dans les 5 jours qui suivent le démarrage de l’apprentissage.
Il s’agit d’une obligation légale, un
contrat non enregistré est considéré
comme nul et entraîne la requalification
rétroactive en contrat de travail de droit commun
(contrat à durée indéterminée).
Cette requalification pourra donc imposer dans certains
cas un rappel de salaires pour correspondre au barème
de la profession pour un salarié classique, ainsi
qu’à des indemnités de licenciement
en cas de rupture de ce contrat.
Par ailleurs, et à défaut d’enregistrement,
l’employeur ne peut pas bénéficier des
exonérations de charges sociales, ni de l’aide
financière prévue par l’Etat pour ce
type de contrat.
L’enregistrement :
La loi du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes
entreprises ainsi qu’un décret du 26 juillet
2006 ont apporté des modifications au régime
de la procédure d’enregistrement des contrats
d’apprentissage pour simplifier et raccourcir les
délais d’enregistrement.
Les contrats d’apprentissage sont enregistrés
auprès de la Chambre de Métiers avant le début
de l’exécution du contrat d’apprentissage
ou, au plus tard, dans les 5 jours ouvrables qui suivent
son exécution.
L’employeur doit effectuer une déclaration
précisant :
- les nom, prénoms de l’employeur, ou dénomination
de l’entreprise,
- le nombre de salariés autre que les apprentis,
- les diplômes et les titres préparés,
- les nom, qualification(s) du maître d’apprentissage,
ses titres, diplômes, durée d’expérience
professionnelle.
En outre, est jointe à la déclaration, une
attestation de l’employeur indiquant :
- qu’il prend les mesures nécessaires à
l’organisation de l’apprentissage,
- qu’il garantit que l’équipement de
l’entreprise, les techniques utilisées, les
conditions de travail, d’hygiène et de sécurité,
les compétences professionnelles et pédagogiques,
ainsi que la moralité des personnes qui sont responsables
de la formation, sont de nature à permettre une formation
satisfaisante,
- qu’il s’engage à informer l’autorité
administrative compétente de tout changement concernant
le maître d’apprentissage.
Cette déclaration est accompagnée également
des justificatifs des compétences professionnelles
du maître de stage.
Cette déclaration est adressée aujourd’hui
à la Chambre de Métiers qui la transmet ensuite
à la Direction Départementale du Travail de
l’Emploi et de la Formation Professionnelle (DDTEFP).
C’est donc dorénavant la Chambre de
Métiers et non plus la DDTEFP qui refuse, le cas
échéant, l’enregistrement du contrat
d’apprentissage s’il n’est pas satisfait
à toutes les conditions requises par la loi.
Les décisions de refus doivent impérativement
être motivées (les explications doivent être
fournies dans la décision de refus). Elles peuvent
faire l’objet d’un recours gracieux devant le
Président de la Chambre de Métiers ou d’un
recours contentieux devant le Conseil des Prud’hommes.
La DDTEFP dispose d’un délai de 15 jours pour
contrôler la validité de l’enregistrement
du contrat d’apprentissage à compter de sa
réception.
S’il est constaté que l’enregistrement
n’est pas valide, la DDTEFP notifie à la Chambre
de Métiers une décision constatant la non
validité de l’enregistrement.
Si les raisons qui conduisent à la non validité
peuvent être régularisées, la DDTEFP
met en demeure la Chambre de Métiers de procéder
à la régularisation dans un délai de
10 jours.
Si l’enregistrement n’est pas validé
et ne peut pas être régularisé, le contrat
d’apprentissage ne peut pas être exécuté
ou continuer de recevoir exécution.
La Chambre de Métiers doit alors retirer la décision
d’enregistrement et le notifier à l’employeur,
à l’apprenti et à la DDTEFP.
Dans un souci de simplification administrative, les imprimés
CERFA relatifs au contrat d’apprentissage lui-même,
et la déclaration en vue de la formation d’un
apprenti, sont fusionnés aujourd’hui en un
seul imprimé CERFA qui intègre l’engagement
de l’employeur en matière d’organisation
de l’apprentissage.
Les justificatifs de compétence du maître d’apprentissage
qui accompagnaient l’imprimé CERFA relatif
à la déclaration en vue de la formation d’apprenti,
sont désormais transmis au moment de la conclusion
du contrat d’apprentissage.
Les
clauses obligatoires du contrat d’apprentissage sont
:
- le nom du maître d’apprentissage, ses titres
et diplômes, sa durée d’expérience
professionnelle ;
- le salaire dû à l’apprenti pour chacune
des années d’apprentissage,
- la date du début d’apprentissage.
En principe, la date de début d’apprentissage
est celle du début des cours en centre de formation.
Une certaine latitude est laissée cependant puisqu’il
est permis de fixer le début d’apprentissage
trois mois avant le début des cours, ou deux mois
après le début de ces derniers.
La durée du contrat d’apprentissage est au
moins égale à celle du cycle de formation
qui fait l’objet du contrat.
La loi prévoit que le contrat peut varier entre 1
et 3 ans. Le contrat peut par ailleurs être prolongé
dans les cas suivants :
- en cas d’échec à l’examen, l’apprentissage
peut être prolongé d’une durée
de 1 an au plus ;
- pour les handicapés orientés vers l’apprentissage,
ils peuvent lorsque leur état l’exige, bénéficier
d’une prolongation de leur contrat de 1 an ;
- en cas de suspension du contrat d’apprentissage
pour des raisons indépendantes de la volonté
de l’apprenti (accident, maladie, etc...), la durée
du contrat peut être prolongée jusqu’à
l’expiration du cycle.
Il peut par ailleurs être signé plusieurs contrats
d’apprentissage successifs pour préparer des
diplômes ou des titres qui sanctionnent des qualifications
différentes, sous réserve bien sûr de
remplir les conditions d’âge à la signature
du deuxième contrat.
Par ailleurs, et lorsqu’il s’agit d’une
formation complémentaire de même niveau (pâtissier
en complément de boulanger, ou réciproquement
par exemple), la durée du second contrat d’apprentissage
est réduite d’un an.
En résumé, vous aurez constaté
que :
Le contrat d’apprentissage est un contrat particulier
qui respecte des règles bien précises :
- il est obligatoirement écrit,
- il doit faire l’objet d’une procédure
d’enregistrement obligatoire, faute de quoi le contrat
est requalifié en contrat de travail à durée
indéterminée classique avec toutes les conséquences
que cela génère,
- il existe des conditions spécifiques de recours
à ce contrat tant du point de vue de l’apprenti
(limite d’âge notamment), que de l’employeur
surtout, qui doit disposer de compétences certaines
aux fins de former un jeune apprenti.
La deuxième partie de cet article évoquera
le déroulement de la formation de l’apprenti,
sa rémunération, ainsi que la fin du contrat
d’apprentissage qui peut donner lieu à de nombreuses
difficultés s’agissant d’un contrat très
particulier.
|