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L’accident du travail
2e partie


par Maître Laurent VERDIER

 

Dans l’édition du mois de juin, nous avons défini ce qu’étaient un accident du travail et un accident de trajet et quelle était la procédure à suivre pour voir reconnaître un accident du travail.
Dans le cadre du présent article, nous développerons quelles sont ensuite les formalités médicales et administratives, et quelle est la position de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et ses conséquences.

Nous étudierons le mois prochain les conséquences précises sur le plan de la réparation des accidents du travail.

 

 

1 – Les formalités médicales
et administratives :


- Les constatations médicales :


En premier lieu, le médecin auprès duquel la victime se rendra à la suite de son accident du travail, établira un certificat médical indiquant d’une part l’état de la victime, d’autre part les suites éventuelles de l’accident, notamment la durée probable de l’incapacité de travail.
Ce certificat mentionnera par ailleurs tous les points qui permettent de déterminer l’origine des blessures.
Ce même imprimé peut être utilisé pour établir le certificat d’arrêt de travail et permettre ainsi à la victime de bénéficier des indemnités journalières.
Si la victime le demande, ou son médecin traitant, ou bien encore si l’incapacité permanente présentée par la victime peut la rendre inapte à l’exercice de sa profession, la Caisse peut demander l’avis du médecin du travail.
Le Médecin Conseil établira alors un rapport au vu de ses propres constatations et de l’ensemble des éléments dont il dispose par la transmission du dossier.
Au vu de ce rapport, il est statué notamment sur l’incapacité permanente et sur le taux de celle-ci.
La décision est alors notifiée à la victime avec copie à la Caisse Régionale et à l’employeur.
A compter de cette notification, la victime dispose d’un
délai de 10 jours pour demander l’envoi du rapport
médical, soit à elle-même, soit à son médecin traitant.

De façon générale, la victime d’un accident du travail peut faire l’objet d’un contrôle médical par la Caisse de la même façon qu’un assuré social malade, c’est-à-dire :
- au moment où la déclaration d’accident parvient à la Caisse,
- à n’importe quel moment dès lors que l’accident peut entraîner une incapacité permanente de travail, ou bien sûr, le décès de la victime,
- après la guérison ou la consolidation des blessures. Les examens de contrôle ont lieu, dans ces cas-là, tous les trois mois au cours des deux premières années, puis une fois par an ensuite.


- Instruction du dossier par la Caisse :

La Caisse Primaire doit faire procéder à toutes les constatations nécessaires dès qu’elle a connaissance d’un accident du travail.
Une enquête est obligatoire lorsque la victime a subi une blessure qui peut entraîner la mort ou une incapacité permanente totale de travail ou bien encore quand la victime est décédée.
Cette enquête est diligentée dans les 24 heures qui suivent la réception des certificats médicaux et elle est confiée à un agent assermenté qui est indépendant des caisses.
Cette enquête a pour but de rechercher bien sûr la cause, la nature et les circonstances de l’accident, la nature des blessures, ainsi que tout élément permettant à la Caisse de statuer sur le caractère professionnel ou non de l’accident.
L’employeur est tenu de communiquer sur demande de la Caisse tous les éléments d’information susceptibles à cette dernière de prendre position.
L’enquête doit être contradictoire. L’employeur participe donc à cette dernière ; il doit être convoqué par l’agent assermenté.
Au terme de l’enquête, un procès verbal est établi par ce dernier.


A côté de cette enquête légale, existent d’autres enquêtes :

- une enquête administrative, notamment lorsque l’employeur émet des réserves sur la nature professionnelle de l’accident, la Caisse peut procéder à une enquête administrative et à l’envoi d’un questionnaire
portant sur les circonstances ou la cause de l’accident ;
- une expertise médicale peut encore être mise
en place à l’initiative de la Caisse, notamment lorsqu’il existe un désaccord entre le médecin conseil de la Caisse Primaire et le médecin traitant sur l’état de la victime.

2 - La décision de la Caisse :

Les décisions de la Caisse doivent être motivées et notifiées à la victime ou à ses ayants droit par lettre
recommandée avec demande d’avis de réception.
La prise en charge au titre de l’accident du travail peut
être immédiate lorsqu’il n’ y a pas de contestations possibles sur le caractère professionnel de l’accident.
Dans ce cas, la Caisse met immédiatement en paiement les indemnités dues à la victime.

- Lorsque la décision ne peut pas être prise de façon immédiate mais à l’issue d’une enquête : quels sont les délais ?
La Caisse dispose d’un délai de 30 jours en matière
d’accident et de 3 mois en matière de maladie professionnelle pour statuer sur le caractère professionnel ou non de l’accident ou de la maladie.
Le délai commence à courir à compter de la date de l’accusé de réception en matière d’accident du travail et de la date apposée sur la déclaration par le tampon dateur de la Caisse en matière de maladie.
Ce délai peut être prolongé si la Caisse estime qu’il y a nécessité d’un examen ou d’une enquête complémentaire.
Dans ce cas, elle dispose d’un nouveau délai de 2 mois pour les accidents et de 3 mois pour les maladies.
Dans l’hypothèse de ces nouveaux examens, ou enquête complémentaire, la victime et l’employeur doivent être
informés de ce nouveau délai par lettre recommandée avec A.R.. Le point de départ de ce nouveau délai court
à compter de la date d’envoi de cette information.


- Quelle est l’importance de ces délais ?

Ces délais sont extrêmement importants puisque :
- à l’issue du délai de 30 jours ou de 3 mois en cas de maladie (allongé le cas échéant), l’absence de décision écrite de la Caisse dans ces délais équivaut à une reconnaissance du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie.
Ce point est primordial puisque la décision de prise en charge au titre de l’accident du travail, ou de la maladie professionnelle, devient définitif à l’égard du salarié.
La Caisse ne peut plus revenir en arrière et déclarer l’accident exclu du champ professionnel, sauf le cas de déclaration mensongère
du salarié.


-la Caisse peut aussi prendre la décision de refuser la prise en charge de l’accident du travail.
Cela signifie bien sûr que la décision est notifiée avant l’expiration des délais évoqués ci-dessus, cette décision doit être envoyée par lettre recommandée à la victime et le double est envoyé par lettre simple à l’employeur.
Cette décision n’a donc pas de caractère définitif à l’égard de l’employeur qui n’est qu’informé.
En présence ultérieurement d’éléments nouveaux, ou d’un recours exercé par la victime, une décision ultérieure de prise en charge est opposable à l’employeur.


- Quel est le recours de l’employeur ?
Comme cela a été évoqué précédemment, avant que la Caisse ne prenne sa décision, tout au long de la procédure d’enquête, l’employeur doit être informé, la procédure étant contradictoire.
A défaut, la Caisse s’expose à ce que la décision de prise en charge ne soit pas opposable à l’employeur.
La Cour de Cassation s’est prononcée à de très nombreuses reprises sur des refus de voir opposer la décision de la Caisse à l’employeur lorsqu’il est apparu que cette dernière n’avait pas communiqué, notamment le double de la déclaration de maladie professionnelle, ou ne l’a pas tenu informé des résultats de son instruction,
ou bien encore n’a pas participé à l’enquête administrative lorsqu’elle a été mise en place par la Caisse.
L’inopposabilité de la décision de la Caisse laisse à la charge de cette dernière toutes les conséquences pécuniaires de l’indemnisation de
l’accident, l’employeur ne pouvant subir aucune conséquence notamment sur le plan financier, points qui seront évoqués plus loin.


- Les voies de recours à la portée
de l’employeur :

Ces voies de recours ne seront pas examinées ici en détail. Il suffit simplement de savoir que :
- dès qu’il est informé de la déclaration d’accident du travail, l’employeur peut émettre des réserves, lesquelles vont générer une enquête avant que la décision ne soit prise par la Caisse.
- Une fois la décision prise, l’employeur peut contester le caractère professionnel en saisissant en premier lieu la commission de recours amiable.
- Il peut également saisir le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale. Ce tribunal n’étant pas lié par la décision de la Caisse, il peut très bien avoir une appréciation différente sur le caractère
professionnel ou non de l’accident.


- Quel est le recours de la victime en cas
de refus de prise en charge ?


La Caisse doit notifier dans sa décision les voies de recours qui sont ouvertes à la victime et les délais de recevabilité d’une éventuelle contestation. La victime peut :
- saisir la commission de recours amiable si la décision de la Caisse est un rejet de nature administratif. Ce recours doit être exercé dans un délai de deux mois de la notification du refus.
- demander une expertise médicale si le rejet est fondé sur des motifs d’ordre médical.

 

La suite de cet article juridique
le mois prochain...