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L’accident du travail
2e partie (suite et fin)

par Maître Laurent VERDIER

Le mois dernier, nous avons développé les formalités médicales et administratives ainsi que la décision de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et ses conséquences suite à un accident du travail.
Les points qui seront évoqués ici vous permettront de comprendre le mode de fonctionnement de la réparation des accidents du travail.


Préalablement, vous devez savoir que les accidents du travail font l’objet d’une réparation à caractère forfaitaire.
Un salarié victime d’un accident du travail reçoit une réparation forfaitaire qui est limitée à la prise en charge totale de ses soins et au versement d’une indemnité journalière lorsque l’incapacité est temporaire et à une rente en cas d’incapacité permanente.

Le coût de cette indemnisation est supportée par l’employeur au moyen de cotisations qui sont assises sur les salaires et dont le taux va varier en fonction du risque des accidents survenus, ce qui est propre à chaque entreprise.

Ce principe d’indemnisation forfaitaire empêche par ailleurs le salarié de rechercher la responsabilité de son employeur dans les conditions du droit commun pour obtenir la réparation intégrale de son préjudice.
Une exception : en cas de faute intentionnelle ou de faute inexcusable de l’employeur, sa responsabilité peut être recherchée.

Dans ces conditions, le salarié pourra obtenir un complément d’indemnisation suivant des modalités qui sont prévues par le Code de la Sécurité Sociale (une majoration de rente notamment) et la réparation intégrale du préjudice qu’il subit suivant les règles de droit commun (souffrance physique et morale, préjudice esthétique, d’agrément, perte de chances ou de promotion professionnelle).

Ne sera traité ici que le régime de droit commun, la faute intentionnelle ou inexcusable de l’employeur sera évoquée dans le cadre d’un article séparé, ce point étant extrêmement important puisque :
- sur le plan financier : la faute inexcusable ou intentionnelle de l’employeur peut avoir des conséquences financières pour ce dernier extrêmement importantes,
- elle nécessite une remise en cause permanente de
l’employeur des conditions de travail des salariés (conformité des installations, aménagement, etc...).


- Quelles dépenses de santé sont prises
en charge et comment ?


Dans ses grandes lignes, le régime général d’assurance maladie s’applique aux accidentés du travail avec un certain nombre
de points plus favorables.

- Gratuité des soins :
En principe, la victime ne supporte pas le ticket modérateur
applicable pour la maladie.

- En cas d’hospitalisation, il n’y a pas de forfait journalier
à régler (sauf si la victime est hospitalisée dans une clinique
privée dont les tarifs sont plus élevés).

- Les frais de transport éventuels sont pris en charge par
remboursement.

- Les frais de cure thermale, après avis de contrôle médical et acceptation de la C.P.A.M., sont pris en charge avec
l’ensemble des frais médicaux, les frais de déplacement et
de séjour, ainsi que ceux de la personne qui accompagne la victime lorsqu’en raison de son état, elle ne peut se déplacer sans l’assistance d’un tiers.

Postérieurement à la consolidation et s’il subsiste des séquelles, les soins sont pris en charge de la même façon (y compris les soins dispensés en cure thermale).


- La prise en charge de la réadaptation fonctionnelle et de la rééducation professionnelle :

Sans entrer dans le détail sur ce point, vous devez savoir que la réadaptation fonctionnelle (kinésithérapie par exemple) est prise en charge soit à la demande de la victime, soit à l’initiative de
la Caisse d’Assurance Maladie.

La Caisse va statuer sur la nature et la durée du traitement, après avis du médecin traitant et du médecin conseil et d’une expertise en cas de désaccord.

Pour ce qui concerne la rééducation professionnelle et dans
l’hypothèse où la victime devient inapte à exercer sa profession, elle a le droit à être admise gratuitement dans un établissement public ou privé de rééducation professionnelle pour y apprendre l’exercice d’une profession de son choix et ce, sous réserve de présenter bien sûr les conditions d’aptitude requises pour cette nouvelle profession.

Là encore, cette rééducation professionnelle est accordée soit à la demande de l’assuré, soit à l’initiative de la Caisse après résultat d’un examen psychotechnique.

Après cette rééducation professionnelle et dans l’hypothèse d’un reclassement, la victime peut bénéficier d’une prime de fin de rééducation sous certaines conditions, mais également d’un prêt dit prêt d’honneur, qui doit obligatoirement être utilisé à l’aménagement ou à l’installation d’une entreprise artisanale, industrielle ou d’une exploitation agricole.


- L’indemnisation de l’incapacité temporaire
de travail :


- le principe d’indemnisation :
Dès que la victime est dans l’incapacité totale d’accomplir son travail, elle a le droit au versement d’indemnités journalières calculées sur la base d’une fraction du salaire journalier, et qui est destinée bien sûr à compenser la perte de salaire due à la cessation temporaire d’activité.
Cette indemnité est due à partir du lendemain du jour de l’arrêt de travail, le jour de l’arrêt étant payé par l’employeur.

- le calcul de l’indemnité journalière :
Cette indemnité est égale à :
- 60 % du salaire journalier de base pendant
les 28 premiers jours d’arrêt,
- 80 % de ce salaire à partir du 29e jour.

L’indemnité sera donc de 1/30e du salaire.
Cette indemnité journalière sera versée également pendant les périodes de réadaptation fonctionnelle ou de rééducation professionnelle, ainsi que pendant les cures thermales.

En cas de rechute et si le lien est direct entre l’accident et la rechute, la victime sera indemnisée dans les mêmes
conditions que pour l’accident initial.

L’indemnisation est ensuite payée sans distinction entre les jours ouvrables et les dimanches ou jours fériés, pendant toute la période d’incapacité de travail.

Pour la profession de boulanger-pâtissier, il a été institué un régime d’assurance incapacité de travail complémentaire géré par ISICA, sans condition d’ancienneté. Cette indemnisation prend effet le premier jour d’indemnisation par la Sécurité Sociale (le lendemain de l’accident, et pendant 180 jours).

L’indemnisation est égale à 90 % du salaire brut moyen des trois mois qui précèdent l’arrêt de travail, sous déduction bien sûr des indemnités journalières versées par la Sécurité Sociale (voir articles 36 et 37 de la Convention Collective et pour toute information complémentaire et particulière, se renseigner auprès de l’ISICA).


- L’incapacité permanente :

Contrairement à l’incapacité temporaire, l’incapacité permanente est celle qui, après la consolidation et la fin des soins, rend la victime incapable de façon permanente.

Le taux d’incapacité est déterminé en fonction de l’âge, des facultés mentales et physiques de la victime, de ses aptitudes et ses qualifications professionnelles.

Il existe bien sûr un barème indicatif mais le mode de calcul est forcément particulier et peut prendre en considération beaucoup de critères.
Quoi qu’il en soit, ce taux d’incapacité est notifié par la Caisse
dans le cadre d’une décision motivée.

Une contestation par la victime du taux d’incapacité peut être
exercée.
Les modalités de calcul des indemnités sont relativement
complexes et le présent article ne pourra en explorer tous les points.

Vous devez savoir dans les grandes lignes que si l’incapacité
permanente est inférieure à 10 %, la victime a droit à une
indemnité en capital (et non en rente).

Elle est versée intégralement dès que la décision est définitive.
Quand l’incapacité est égale ou supérieure à 10 %, la victime a droit à une rente calculée d’après les salaires annuels antérieurs et le taux d’incapacité.

La rente est de :
- 15 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 30 %,
- 25 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 50 %,
- 55 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 70 %,
- 70 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 80 %,
- 85 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 90 %,
- 100 % du salaire de base lorsque le taux d’incapacité est de 100 %.
Cette rente est par ailleurs majorée de 40 % lorsque l’incapacité oblige la victime à avoir recours pour effectuer les actes de la vie ordinaire à l’assistance d’une tierce personne (il s’agit des taux d’incapacité supérieurs à 80 %).


- Comment est versée la rente ?


Si le taux d’incapacité permanente est inférieur à 50 %, la rente est versée par trimestre.
Dans les autres cas, elle est versée mensuellement.
Comme je l’ai indiqué précédemment, il n’est pas évoqué ici la faute inexcusable de l’employeur qui a non seulement des conséquences très lourdes pour lui, mais également pour la victime puisqu’elle bénéficie dans ces conditions d’une majoration de sa rente.


Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article.