| Améliorants
de panification :
comment s’y retrouver ?
Ajoutés
dans la farine par le meunier ou directement dans la pâte
par le boulanger, les améliorants permettent
de modifier la valeur technologique d’une farine.
Que ce soit pour corriger ses propriétés plastiques,
fermentatives ou organoleptiques, ces produits assurent
une garantie de résultats sans avoir à modifier
le diagramme de fabrication. Mais pour réussir le
savant dosage, faut-il encore maîtriser tous les paramètres
de cette pratique, qui relève plus de l’expertise
technique que de la solution miracle !
Un
« améliorant » désigne en théorie
toutes les substances que le boulanger et le meunier peuvent
être amenés à ajouter dans une farine.
L’usage a fait néanmoins que le terme est utilisé
pour les produits commerciaux élaborés à
partir d’un mélange de divers produits d’addition.
Ces ingrédients existent depuis que le pain existe,
à n’en pas douter. Utilisés depuis l’Antiquité
sous la forme de matières premières diverses
(lait, miel, œuf, huile d’olive, graisse…),
ils ont toujours été les compagnons fidèles
de l’artisan désireux d’améliorer
le travail de sa farine et soucieux de proposer des produits
innovants. Avec les progrès techniques, l’améliorant
a évolué vers des formes plus pures (enzymes,
substances actives, extraits) permettant un travail reproductible
et plus efficace, mais au fond, a-t-il vraiment changé
? Est-il toujours ce petit « coup de pouce »
que mère Nature offre au boulanger pour parfaire
ses produits ?
Il
est vrai qu’à travers l’histoire française,
la percée des produits améliorants a bien
souvent souffert d’un conflit idéologique entre
les tenants du naturel ou de la tradition et les partisans
du progrès et de l’innovation. Les uns taxant
les autres d’abandonner le cœur de leur métier
par attrait de la facilité et de la rentabilité,
les autres jugeant les uns de rétrogrades par incapacité
à s’adapter aux technologies nouvelles. Une
conception qui prend en réalité ses racines
dans la perception que le boulanger se fait de son métier
: un patrimoine à perpétuer ou un avenir à
inventer. Deux tendances qui se sont longtemps opposées
en France et qui, il faut bien l’avouer, ont su faire
évoluer, chacune à sa manière, la boulangerie
française à un niveau d’excellence.
Deux façons de travailler, en mesure de proposer
du très bon pain tout en répondant aux impératifs
de variété, de qualité, de sécurité
et de rentabilité. Les « bonnes guerres »
ont ceci en commun : elles profitent à tous, en définitive.
Il
est vrai aussi que les améliorants ont parfois une
« image obscure », du fait de la dénomination
de leurs ingrédients à consonance peu rassurante
et de leurs modes d’action biochimiques opaques. Même
le mot « améliorant » véhicule
en lui-même une image de « poudre de perlimpinpin
». Ainsi ces correcteurs prennent-ils le risque parfois
d'être associés aux « produits chimiques
» ou « magiques ». Pourtant, les améliorants
de panification sont pour la plupart des substances élaborées
par le vivant et exploitées pour leurs propriétés,
bien connues aujourd’hui. Des composés naturels
donc, au vrai sens du terme, que l’homme a su comprendre
et apprivoiser pour améliorer son quotidien. Ils
sont parfois extraits et purifiés à partir
d’ingrédients complexes, tels que la lécithine
(extraite du soja ou du colza) ou les amylases fongiques
(produites par des cultures de « bonnes moisissures
»). Angélique Pouilly, responsable des produits
boulangerie chez Puratos, explique que « Malgré
leur origine naturelle, il y a toujours eu une image un
peu « chimique » des améliorants, mais
il est difficile d’en expliquer l’origine ».
Cependant, pour certains additifs (l’acide ascorbique
et certains émulsifiants), qui correspondent à
des copies conformes de substances naturelles et bénéfiques
pour l’homme, on ne peut pas à proprement parler
de « 100% naturel ». En effet, même
s’ils ont pour origine des matières premières
végétales (amidon, matière grasse),
il n’en reste pas moins que leur fabrication fait
intervenir une modification chimique. On peut les qualifier
d’« artificiels », même si le terme
n’est pas tout à fait exact. Philippe Duret,
directeur technique aux Grands Moulins de Paris, estime
que « ce sont les codes des additifs (E…) sur
les étiquettes qui induisent les consommateurs à
penser que les pains qui en contiennent ne sont forcément
pas très sains. Mais le pain d’aujourd’hui
est en réalité le produit transformé
le plus naturel qui soit, après les pâtes alimentaires
».
 |
Améliorants
de la gamme PSF
proposée par la société Puratos. |
Quoi qu’il en soit, les plus hautes autorités
de sécurité alimentaire garantissent l’innocuité
totale des améliorants pour la santé humaine.
Loin d’être toxiques, la plupart d’entre
eux s’avèrent en fait porteurs de propriétés
nutritionnelles bien réelles (voir encadré).
Mais pour les artisans qui veulent proposer du pain à
une clientèle en quête de naturalité,
il convient d’éviter l’emploi des additifs
(acide ascorbique, émulsifiants, conservateurs).
La mention « sans additifs » peut ainsi être
indiquée dans ce cas.
Nature des améliorants
Les produits d’addition peuvent être distingués
selon leur nature et leur origine biologique qui se trouvent
à la base de leur législation d’usage
(voir encadré).
Améliorants
et Santé
|
Les
améliorants sont des substances issues d’organismes
non toxiques pour la santé mais
pas toujours comestibles en l’état,
bien que les composés qui les constituent
puissent être consommés sans problème.
Toxicité ?
L’autorisation de mise sur le marché
des composés additifs et auxiliaires technologiques
est basée sur des preuves scientifiques solides
qui garantissent une innocuité totale durant
toute la vie des consommateurs (dans le cadre d’une
consommation normale). Tous les améliorants
utilisés en boulangerie sont donc inoffensifs
pour la santé, sauf pour certains d’entre
eux (gluten, soja) qui sont susceptibles de provoquer
des allergies chez les personnes sensibles.
Intérêt nutritionnel
?
Les améliorants ont aussi des caractéristiques
nutritionnelles certaines qu’il est intéressant
de souligner. Cet intérêt est souvent
insignifiant du fait que la dose employée
est trop faible pour apporter un bénéfice
observable.
| Composé |
Rôle
nutritionnel |
Acide
ascorbique
Glucose-oxydase
Levure
désactivée
Gluten
vital
Amylases
fongiques
Hémicellulases
Lécithine
Data-esters
Mono/diglycérides
d’acides gras |
Vitamine
C (détruite à la cuisson)
Protéine
Vitamines
B,
Minéraux (fer, calcium, magnésium)
Protéine
Protéine
Protéine
Lipide
Lipide
Lipide
|
|
- Les adjuvants (ou ingrédients) :
produits naturels complexes extraits de denrées pouvant
être consommés en l’état, sans
danger. Ils sont utilisés parce qu’ils contiennent
une substance active particulière. Leur étiquetage
est obligatoire, d’autant que certains peuvent être
pourvoyeurs d’allergènes. Un dosage maximum
est en général à respecter.
- Les additifs :
composés artificiels ou substances naturelles purifiées,
non consommés sous cette forme. Ils demeurent encore
présents dans le produit fini.
Leur utilisation est soumise à une législation
stricte (dosage maximum, étiquetage obligatoire).
- Les auxiliaires
technologiques : se différencient
des additifs par le fait qu’ils disparaissent dans
le produit fini. Il s’agit, en boulangerie, des enzymes
de panification. Ces substances actives sont naturelles
: elles sont extraites et purifiées à partir
de micro-organismes tels que des champignons filamenteux
(Aspergillus). Leur étiquetage n’est pas obligatoire.
- Les régulateurs
(ou « améliorants ») :
produits commerciaux constitués d’un mélange
homogène et stable de farine, d’adjuvants,
d’additifs et d’enzymes destinés à
apporter une solution technique au boulanger. Ils sont apportés
à la farine au frasage, en petite quantité
(moins de 5%). Leur usage est assujetti aux mêmes
lois que celles qui sont appliquées à leurs
constituants (l’information législative est
fournie par le fabriquant).
- Les mixes : produits
commerciaux essentiellement composés de farine (blé,
seigle ou autres) dans lesquels peuvent être ajoutés
additifs, adjuvants, enzymes mais aussi graines, remoulages,
son, germe de blé... Ils sont à utiliser en
l’état ou à incorporer en quantité
importante (à 50% souvent). Les prémixes,
plus concentrés, se dosent à 10 ou 25%. Ces
produits permettent la fabrication simplifiée de
produits de boulangerie tels que les pains spéciaux,
les viennoiseries et autres produits de boulangerie fine.
 |
Les améliorants sont une réponse technique
à des problèmes rencontrés au cours
de certaines méthodes de travail (Sam Artisal). |
Même
si les mixes s’avèrent faciles d’utilisation
et donnent de très bons résultats, il ne faut
pas considérer les améliorants comme une solution
miracle à tous ses problèmes. Comme toute
innovation technique, ce ne sont que des outils. L’artisan
doit pouvoir les apprivoiser sans y perdre son âme
de créateur, son expertise du métier et sa
vision stratégique. Il ne peut rien espérer
de l’améliorant s’il ne sait pas où
il veut aller. Il devra effectuer ses réglages lui-même
à l’aide d’essais pilotes afin de trouver
le meilleur dosage. Les excès d’améliorants
ont bien souvent des effets délétères
soit sur la plasticité de la pâte, soit sur
la qualité organoleptique du pain (texture, goût).
L’artisan peut trouver auprès de son fournisseur
des explications pédagogiques, des conseils pratiques
et même des formations. Delphine Leroy, responsable
marketing chez Gb-Plange, assure que « l’équipe
commerciale, en collaboration avec l’équipe
technique, est très présente sur le terrain
afin de mieux informer les artisans sur le rôle des
améliorants et sur leur utilisation. Nous rencontrons
néanmoins parfois des difficultés de compréhension
du rôle de certains ingrédients ». Il
paraît donc essentiel qu’il y ait une meilleure
adaptation de l’information scientifique (très
spécialisée) pour que le boulanger sache ce
qu’il fait en ajoutant un produit d’addition.
Additifs
autorisés |
En panification tradition française
Aucun additif autorisé.
En panification courante française
- Un agent de traitement de la farine : l’acide
ascorbique (E300) qui peut exister sous d’autres
formes voisines (E301, 302, 304). Le E300 est le plus
utilisé.
- Des émulsifiants : la lécithine de
soja (E322), les glycérides d’acides
gras (E471)
- Des conservateurs qui empêchent le développement
de moisissures et de bactéries responsables
du « pain filant » : acide lactique et
ses dérivés (E270, 325, 326, 327) ;
acide acétique et ses dérivés
(E260, 261, 262, 263).
En panification froment
Il s’agit des mêmes additifs que ceux
autorisés pour le pain courant français
auxquels sont ajoutés :
- Des émulsifiants : les « data esters
» (E472e et les autres).
|
Adjuvants
et auxiliaires autorisés |
En meunerie
Amylases fongiques, hémicellulases, farine
de fève et de soja, gluten vital, farine de
malt de blé.
En panification tradition
française
Amylases fongiques, farine de fève et de soja,
gluten vital, farine de malt de blé.
En panification courante
française
Amylases fongiques, hémicellulases, glucose-oxydase,
farine de fève et de soja, gluten vital, farine
de malt de blé, levure désactivée.
En panification froment
Amylases fongiques, hémicellulases, glucose-oxydase,
farine de fève et de soja, gluten vital, farine
de malt de blé, levure désactivée.
|
De la théorie
à la pratique
Revenons donc à quelques éléments théoriques.
La farine est un milieu biologique complexe provenant de
l’amande du blé. Sa composition évolue
en fonction de la variété de blé dont
elle est issue, du climat de croissance ou des conditions
de stockage des grains. Les multiples constituants de la
farine peuvent varier sensiblement d’un blé
à l’autre et d’une année sur l’autre.
Le meunier, par son expertise des blés, harmonise
bien souvent les aléas des productions de l’année,
tout comme certains fabricants d’améliorants.
En effet, la modification des taux de certains constituants
(gluten, amidon, caroténoïdes, amylases, oxygénases…)
peut empêcher la réussite d’un diagramme
et d’une recette. Stéphane Pucel, responsable
de la communication chez Lesaffre France et président
de la commission marketing du S.Y.F.A.B. (1), indique que
« des conseils de correction sont donnés en
septembre aux boulangers après analyse de la récolte
de l’année. Pour ce début de campagne,
par exemple, les nouvelles farines qui arrivent en boulangerie
sont un peu faibles : un améliorant apportant une
bonne tolérance et une bonne tenue des pâtes
est préconisé ».

Plutôt une « solution
technique »
Pour remédier au « défaut » de
ses farines (qui relève en fait plus du « caractère
» que du « problème »), deux solutions
sont offertes à l’artisan : modifier son diagramme
de fabrication ou avoir recours à un ou plusieurs
améliorants. C’est ce choix qui départage
les boulangers, selon la conception qu’ils se font
de leur métier. Quantité de levain/levure,
mode de pétrissage, temps de pointage et d’apprêt,
de multiples solutions existent pourtant pour corriger certaines
faiblesses de la farine. Face à ces difficultés,
l’autre alternative consiste à ajouter un ou
plusieurs améliorants directement au cours du frasage.
Patrick Tamburlin, responsable marketing chez A.I.T. (Milmix),
précise qu’en matière de bon pain, «
il n’y a pas de vérité ». Pour
lui, « c’est la façon de travailler et
les objectifs souhaités qui vont déterminer
l'usage d'améliorants.
Maintenant, il y a d'excellents pains faits sans améliorants
et d'excellents pains faits avec des améliorants.
La réciproque est vraie. Tout dépend des objectifs
». Ce professionnel du secteur n’aime d’ailleurs
pas ce terme d’« améliorant » qui
lui paraît mal approprié, il préfère
parler de « solution technique ». Ces outils
ne sont donc en aucun cas une garantie de résultat.
C’est une façon de travailler. C’est
en fait surtout ’organisation dans le travail, et
notamment le recours à la pousse contrôlée,
qui va rendre l’usage d’améliorant le
plus souvent incontournable.

Un coût à
considérer
L’améliorant est en effet un outil technique
qui nécessite de la part de l’artisan une excellente
maîtrise de son métier et qui dépend
grandement de la stratégie de la boutique et de l’organisation
de la production (pousse directe/contrôlée/lente,
gamme proposée, façonnage et laminage mécanique…).
Il s’agit d’identifier l’origine des défauts
qu’on souhaite corriger ou les paramètres qu’on
souhaite modifier et de voir d’abord, dans ses méthodes
de production, ce qui pourrait éventuellement être
modulable (diagramme, recette). Le boulanger doit transcrire
son objectif qualitatif en termes opérationnels et
comptables car l’améliorant représente
un coût supplémentaire qu’il faudra considérer.
Il est possible de distinguer plusieurs axes d’amélioration
possible : la qualité plastique et la consistance
de la pâte, le lissage et la tolérance, la
poussée fermentaire et le développement au
four, l’aspect visuel et la qualité organoleptique
du pain. Le plus souvent, un améliorant agit à
plusieurs niveaux.
- Qualité
plastique
La prise de force d’une pâte à pain correspond,
pour le boulanger, à l’obtention de propriétés
viscoélastiques spécifiques. La pâte
gagne en élasticité et en tenue (capacité
du pâton à conserver sa forme), et perd en
souplesse et en extensibilité. Une pâte de
force optimale s’acquiert en général
par une farine panifiable de qualité et un diagramme
de fabrication adapté. L’évolution de
la plasticité est liée aux protéines
de gluten qui vont subir une modification de leur structure.
En effet, l’oxygène incorporé dans la
pâte par le pétrissage va favoriser l’activité
d’enzymes de la farine (oxydases). Ces enzymes vont
modifier les protéines du gluten (par oxydation)
qui formeront un véritable « tissu »
au sein de la pâte. La diminution du collant constaté
est liée à une meilleure absorption de l’eau
dans le réseau formé. Le gluten travaillé
apportera à la pâte les propriétés
requises (élasticité, extensibilité,
tenue) si sa quantité initiale est suffisante et
si son niveau d’oxydation est suffisant. Il permettra
ainsi une bonne rétention gazeuse et un bon développement
au four. De nombreux améliorants agissent sur la
plasticité de la pâte.
L’acide
ascorbique est un additif très utilisé
pour diminuer le collant et accélérer la prise
de force. Il augmente l’élasticité et
la tenue (ténacité) et diminue l’extensibilité
et le collant.
La tolérance des pâtons s’en trouve renforcée.
Il est utilisé dès le début du frasage
pour le pain courant à hauteur de 10 à 80
mg par kilo de farine (ppm) ou à des doses plus élevées
en pousse contrôlée (dose maximale autorisée
: 300 mg/kg). Cette substance peut jouer un rôle d’oxydant
et d’anti-oxydant. L’acide ascorbique sera oxydé
sous l’effet de l’incorporation d’oxygène
au cours du pétrissage.
Il pourra alors jouer le rôle d’oxydant pour
renforcer l’effet des oxydases sur le gluten. En se
combinant à l’oxygène, il préservera
d’autres substances contre l’oxydation, comme
les caroténoïdes (rôle anti-oxydant).
La mie sera ainsi de couleur crème. L’alvéolage
obtenu est également plus régulier. Attention
: un excès se traduira par une diminution d’extensibilité
des pâtons, une croûte pâle et une mie
qui sèche rapidement.
La glucose-oxydase est une enzyme fongique
purifiée. Elle a une action voisine de celle de l’acide
ascorbique sauf qu’elle agit plus rapidement sur le
gluten. Elle oxyde également les pentosanes (hémicelluloses)
qui participent à la prise de force et qui renforcent
la capacité de rétention d’eau.
La consistance, l’élasticité et la tenue
de la pâte s’en trouvent nettement améliorées.
Il n’y a pas de dose maximale autorisée mais
son usage est interdit pour le pain de tradition. Elle est
intéressante si on souhaite produire du pain plus
naturel, sans acide ascorbique.
La
levure désactivée est une levure
tuée à la chaleur, qui a perdu son potentiel
fermentaire. Elle contient un réducteur naturel :
le glutathion.
Un additif naturel aux propriétés équivalentes,
la cystéine (E920), est utilisée pour les
pains spéciaux (non autorisée pour les autres).
Ces composés réduisent le gluten et provoquent
un assouplissement rapide du réseau gluténique.
La pâte se lisse plus rapidement et gagne en extensibilité.
Un risque de relâchement et de collant peut apparaître
(notamment en cas de surdosage) mais l’oxydation de
la pâte au cours du pétrissage (intensifié)
permettra de retrouver un regain d’élasticité.
Si le dosage est correctement effectué, l’artisan
peut parvenir à obtenir une bonne extensibilité
au façonnage tout en ayant une bonne tenue pendant
l’apprêt et la cuisson. L’assouplissement
du tissu de gluten permet aussi une bonne rétention
gazeuse et un bon développement au four et des coups
de lame. La levure désactivée est utilisée
à 0,15% en moyenne et la cystéine à
10-15 ppm. Elles sont interdites en panification de tradition.
Les
farines de fèves et de soja (devenues rares),
aux dosages autorisés (2% maxi pour la farine de
fèves et 0,5% maxi pour la farine de soja), ne sont
pas en mesure de modifier l’apport de glucides ou
de protéines.
L’apport en minéraux peut par contre être
plus gênant. Celui-ci ne doit pas dépasser
0,03% du taux d’une farine T55 pour 1% de farine de
fève ajouté. Ces farines sont exploitées
pour leur apport en lipoxygénase, qui favorise le
blanchiment de la mie.
Cette enzyme oxyde les acides gras de la pâte (lipides)
qui, à leur tour, vont permettre d’oxyder le
gluten. La pâte prend de la force en pétrissage
intensifié, et sa tolérance est augmentée.
Le développement au four est également meilleur
du fait que la fermentation est plus active. Une altération
de la saveur peut apparaître (goût rance), notamment
en pétrissage intensifié (échauffement).
Le gluten vital est un extrait protéique
du blé. Il est séché de manière
douce pour préserver ses qualités plastiques
naturelles. Il apporte un gain d’élasticité
et vient renforcer les pâtes de mauvaise force, à
condition qu’il soit bien dispersé dans la
pâte (pétrissage intensifié). Du fait
de sa capacité à retenir l’eau, il diminue
le collant. La pâte a plus de tenue et son développement
au four est meilleur. Le
gluten renforce la pâte en pousse contrôlée
ou lors de la surgélation. Il diminue le rassissement
du pain, mais la croûte perd en croustillant. Il s’utilise
à la dose de 0,5/1%. Un excès peut se traduire
par une perte de développement au four. Il n’y
a pas de dosage maximum à respecter.
Poussée
et développement
Au cours de la fermentation panaire, l’amidon de blé
(sucre complexe) sera en partie dégradé par
hydrolyse en maltose grâce à l’action
des amylases présentes naturellement dans la farine.
Le maltose est un sucre fermentescible que la levure vivante
va fermenter pour produire du gaz carbonique et de l’éthanol.
La poussée fermentaire (pointage, apprêt) va
se traduire par une incorporation de bulles de gaz emprisonnées
dans la masse (grâce à la toile de gluten).
Le pâton mis au four, la chaleur va provoquer la dilation
du gaz et la formation d’alvéoles.
Ainsi le développement au four est directement lié
à la quantité de maltose, c’est-à-dire
à l’activité amylasique de la farine.
Le « pouvoir diastasique » d’une farine
donne une indication sur ce niveau d’activité.
La farine de malt de blé est utilisée
pour sa richesse en amylases (alpha-amylases). La dose ne
doit pas excéder 0,3%. Le plus souvent utilisée
en meunerie pour corriger le défaut des blés
des années sèches, elle permet d’améliorer
l’activité fermentaire.
L’ajout de cet adjuvant se traduira par un meilleur
développement au four. Ces amylases permettent également
la formation d’une mie plus moelleuse, d’une
croûte plus foncée, d’un goût plus
prononcé et d’un retard dans le rassissement.
Mais de l’autre côté, la croûte
aura tendance à perdre son croustillant. L’excès
aura
l’effet des blés germés : une mie collante,
un relâchement de la pâte, une pousse plate,
une croûte rouge.
Les amylases fongiques sont des enzymes
purifiées à partir de moisissures utiles du
genre Aspergillus.
Elles ont les mêmes propriétés que la
farine de malt, si ce n’est qu’elles sont détruites
à la cuisson.
Les hémicellulases (et xylanases)
sont des enzymes fongiques qui assouplissent le réseau
des pentosanes. Ils diminuent la viscosité de la
pâte et accélèrent le lissage. La mie
est plus aérée.
Tolérance
et lissage
La pâte est naturellement assez sensible aux chocs
mécaniques, aux refroidissements et aux écarts
de fabrication. Elle peut s’affaisser, suinter, coller.
Il est donc nécessaire de la stabiliser pour certains
diagrammes qui pourraient la malmener (pousse contrôlée,
surgélation, laminage et façonnage mécanique…).
 |
Mode
d’action des amylases.
L’usage de ces enzymes se traduit
par une pousse plus active. |
Les
émulsifiants sont des additifs artificiels
ou naturels, issus de matière grasse végétale,
destinés à stabiliser une émulsion
qui correspond à un mélange homogène
de deux composés non liables : l’eau et l’huile.
L’émulsifiant assure ce lien en étant
soluble à la fois dans l’eau et dans l’huile.
Cet effet liant permet une diminution du collant, une meilleure
rétention gazeuse et un bon développement
au four. Il apporte aussi une meilleure tolérance
aux chocs mécaniques et aux risques d’affaissement
ainsi qu’une lubrification de la pâte pour faciliter
le laminage/façonnage mécanique. On distingue
les émulsifiants purifiés à partir
de matières grasses naturelles (les E322 : lécithine
de soja et de colza ; les E471 : mono ou diglycérides
d’acides gras saturés ou insaturés)
et les émulsifiants de synthèse (le E472e
ou autres E472 : esters de mono et diglycérides d’acides
gras ou « data-esters » ou « datem »,
obtenus par association de mono et diglycérides d’acides
gras naturels avec des acides alimentaires). La lécithine
(dosée en général à 3g/kg) est
utilisée pour stabiliser la pâte lors de la
réfrigération (pousse contrôlée)
et apporte un gain d’extensibilité des pâtons
et une mie plus onctueuse. Les E471 évitent la formation
de cloques au niveau de la croûte (effet anticloque)
observée en pousse contrôlée. Ils apportent
également du moelleux.
Les data-esters permettent la dispersion de corps gras dans
une pâte (pain de mie, brioche) en régularisant
la fermentation.
L’utilisation des émulsifiants est soumise
à la législation sur les additifs. Néanmoins
leur dosage n’est pas limité. L’excès
d’émulsifiant se traduira par une mie grasse.
- Qualité
organoleptique
La plupart des améliorants qui agissent sur la pâte
auront un effet, négatif ou positif, sur l’aspect
du produit fini : volume, alvéolage, croustillant
de la croûte, couleur de la mie et de la croûte,
moelleux, arômes. C’est la perte de qualité
visuelle et gustative qui limite d’ailleurs la dose
de ces produits. Néanmoins, il existe divers améliorants
destinés exclusivement à améliorer
et à renforcer le goût et l’odeur du
pain. Angélique Pouilly (Puratos) concède
que l’amélioration de la texture du pain et
de sa saveur est aujourd’hui un axe prioritaire car
« le bon goût est le critère essentiel
pour séduire les consommateurs ». Elle ajoute
que « les ingrédients doivent permettre d’apporter
de la fraîcheur au pain, une meilleure conservation,
une mâche courte ou plus de fondant ».
 |
 |
| L’améliorant
est souvent indispensable en pousse contrôlée
(photo : Anticloque « Croustilis » de Lesaffre). |
les
cloques altèrent
la qualité visuelle
du pain. |
Le levain déshydraté ou «
dévitalisé » est un adjuvant naturel
obtenu par séchage d’un mélange de farine
(blé ou seigle) et d’eau laissé à
fermenter comme un levain traditionnel. Il n’a aucun
pouvoir fermentaire car les ferments lactiques sont désactivés
par la déshydratation. Il s’emploie au début
du pétrissage à une dose de 0,5 à 2
Kg pour 100 Kg de farine, selon le type de produits recherchés
(les pains rustiques et de campagne étant généralement
plus marqués gustativement). Ces produits procurent
non seulement une saveur acidulée et une odeur intense
mais aussi une mie crème et une croûte plus
croustillante.
Le malt toasté peut également
être additionné pour son pouvoir aromatique.
Les amylases n’y sont plus actives puisque ces céréales
ont subi une torréfaction. Cet adjuvant naturel,
confectionné à partir de blé ou d’orge,
donne des pains aux notes aromatiques chaudes de «
feu de pierre ». Il améliore l’aspect
de la croûte et
la couleur de la mie (plus foncée).
 |
Les
solutions Perfeckt de la gamme Milmix. |
Les
fabricants d’améliorants (Puratos, A.I.T du
groupe Soufflet (Milmix), Gb-Plange, Lesaffre, Bakemark
Ingre dients (Sam-Artisal), Limagrain (Dafa)…) proposent
parfois des ingrédients individuels et, de plus en
plus, des solutions techniques répondant à
des objectifs qualitatifs précis. Les équipes
de R&D tentent de répondre à des besoins
concrets en termes de machinabilité, de tolérance,
de détente, de souplesse, de volume, d’arômes,
de moelleux… Le choix du produit commercial dépendra
du type de produit travaillé, de l’organisation
du travail et des impératifs économiques.
L’améliorant n’a donc rien d’un
produit miracle. Chaque ingrédient a un rôle
précis dans un objectif donné. Il est cet
outil issu de la biotechnologie qui a su exploiter ce que
la nature avait à lui offrir. Mais il n’est
pas une fin en soi, ni une évolution incontournable
du métier. L’artisan doit rester libre face
aux avancées techniques. Au fond, l’améliorant
permet à l’artisan d’exprimer tout son
potentiel créatif au-delà des contraintes
imposées par la farine.
Armand Tandeau
(1) S.Y.F.A.B. :
Syndicat National
des Fabricants de
produits intermédiaires
pour boulangerie,
pâtisserie et biscuiterie.
En savoir plus
sur les améliorants :
www.syfab.fr |