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Panorama du statut
du conjoint
de commerçant
par Maître Laurent
VERDIER
En
cette fin d’année,
nous avons voulu rappeler aux épouses des commerçants
leur situation au sein de l’entreprise.
De nombreuses questions sont en effet posées régulièrement
et beaucoup d’inquiétudes demeurent quant à
leurs statuts et à leurs droits.
Cet
article a donc pour objectif de dresser un aperçu
général du statut du conjoint à la
lumière notamment des derniers textes publiés
qui viennent apporter des précisions sur la définition
du conjoint collaborateur et les modalités dans lesquelles
le choix de ce statut est exercé auprès des
organismes habilités.
Toutes les questions ne sont pas traitées ici compte
tenu de leur multitude.
Ce panorama permettra néanmoins de vous guider.
La situation du conjoint
est fixée par :
- son régime matrimonial,
- des dispositions générales qui visent tous
les conjoints de commerçants,
- des dispositions précisant les différentes
options qui sont offertes au conjoint dans le cadre de sa
participation à l’activité de l’entreprise,
options qui sont devenues obligatoires à la suite
de la loi « Dutreil » du 2 août
2005 et des dé-crets du 1er août 2006 et du
11 décembre 2006 qui sont venus apporter un certain
nombre de précisions relatives au statut du conjoint
collaborateur et des conditions de mise en œuvre de
son statut et de son adhésion aux caisses.
a) Le régime matrimonial
:
- la séparation de biens :
Chaque époux conserve la propriété
des biens qu’il possède au moment du mariage
et de ceux qu’il acquiert par la suite, ce qui a pour
conséquence que l’époux propriétaire
peut vendre son patrimoine sans autorisation de l’autre.
S’il exerce une activité commerciale, il n’engage
que ses biens.
Chaque époux par ailleurs conserve les revenus tirés
de son activité et de ses biens.
- La communauté légale ou d’acquêts
:
Chacun des époux conserve un patrimoine propre et
les deux époux ont un patrimoine commun.
Le patrimoine propre est composé des biens dont l’époux
était propriétaire au jour du mariage auxquels
s’ajoutent ceux qu’il a acquis pendant le mariage
par succession, donation ou legs. Il en a la jouissance
et en dispose librement.
Le patrimoine commun se compose de tous les biens que les
époux acquièrent pendant la durée du
mariage, soit ensemble, soit séparément. L’accord
des deux époux est nécessaire pour vendre
un bien (fonds de commerce, maison etc...).
Ces deux régimes peuvent être modifiés
pendant la durée du mariage en procédant à
un changement de régime matrimonial, ce qui est tout
à fait licite à la condition que ce changement
ne soit pas effectué en fraude des intérêts
des créanciers de l’un ou l’autre des
époux.
b) Les dispositions générales
bénéficiant au conjoint :
Quand les époux sont mariés sous le régime
de la communauté (régime qui est le plus régulièrement
adopté), le conjoint
du commerçant bénéficie d’un
droit de contrôle qui empêche toute vente du
fonds de commerce sans son consentement express et toute
perception par son époux du prix de cette vente.
A défaut de donner son consentement, le conjoint
peut demander l’annulation de la vente.
En cas de décès du chef d’entreprise,
le conjoint survivant peut demander l’attribution
préférentielle de l’entreprise commerciale
dans laquelle il participe ou a participé effectivement.
Cette demande d’attribution pourra lui permettre,
sous réserve du paiement des héritiers à
hauteur de leur part, de poursuivre l’exploitation
de l’entreprise.
En cas de divorce, en fonction du régime matrimonial
adopté par les époux, le conjoint percevra
un capital représentant la moitié de la valeur
du fonds de commerce diminuée de la moitié
des dettes dont il est grevé.
c) Le choix du statut :
La loi du 10 juillet 1982 avait fixé les caractéristiques
du statut du conjoint sans pour autant le rendre obligatoire.
La loi « Dutreil » du 2 août
2005 a rendu le choix d’un statut par le conjoint
obligatoire.
L’article L 121-4 du Code de Commerce dispose :
« Le conjoint du chef d’une entreprise
artisanale ou commerciale, ou libérale, qui y exerce
de manière régulière une activité
professionnelle, opte pour l’un des statuts suivants :
- conjoint collaborateur,
- conjoint salarié,
- conjoint associé.
A la lecture de cet article, il apparaît bien qu’il
ne s’agit pas simplement d’une faculté
d’opter pour l’un ou l’autre des statuts,
mais bien d’une obligation.
Examinons dans ses grandes lignes les trois statuts :
1°) Le conjoint collaborateur
:
Trois conditions doivent être réunies pour
bénéficier de ce statut :
- participer effectivement et habituellement à l’activité
de l’entreprise (cela peut être néanmoins
une activité à temps partiel),
- n’exercer aucune autre profession,
- le travail dans l’entreprise familiale ne doit pas
être rémunéré.
La mention < conjoint collaborateur > doit être
portée au Registre du Commerce et des Sociétés.
- Quelle est sa situation au regard de son statut ?
- sur le plan juridique :
Le conjoint collaborateur est réputé avoir
reçu de son époux le pouvoir d’accomplir
tous les actes d’administration nécessaires
aux besoins de l’entreprise (passer des commandes,
signer des chèques, etc.).
- sur le plan social :
- Maladie : le conjoint collaborateur n’a pas
d’assurance sociale personnelle mais bénéficie
de l’assurance du chef d’entreprise pour les
prestations d’assurance maladie et les prestations
familiales.
S’il est obligé de cesser son activité
pour quelque raison que ce soit, il ne bénéficie
d’aucune indemnité de chômage, ni perte
d’emploi.
- Maternité : l’épouse collaboratrice
du commerçant a droit à une double allocation
en cas de maternité :
- une allocation de repos maternel qui ne l’oblige
pas néanmoins à interrompre son activité
professionnelle,
- une indemnité de remplacement lorsqu’il est
fait appel à un salarié remplaçant.
- Assurance vieillesse (nouveau) : le conjoint collaborateur
est obligé aujourd’hui d’adhérer
au régime d’assurance vieillesse auquel est
affilié le chef d’entreprise.
Un décret du 11 décembre 2006 (n°2006-1580)
a fixé les différentes assiettes de cotisation.
Aujourd’hui, le conjoint collaborateur peut choisir
entre 5 assiettes de calcul des cotisations correspondant
à celles proposées dans le système
facultatif.
Le chef d’entreprise et son conjoint peuvent ainsi
adapter leur choix en fonction des résultats de l’entreprise.
De façon schématique, les cotisations du conjoint
sont calculées à sa demande :
- soit sur un revenu forfaitaire ou sur un pourcentage du
revenu professionnel du chef d’entreprise,
- soit, avec l’accord du chef d’entreprise,
sur une fraction du revenu professionnel de ce dernier qui
est déduite du revenu professionnel du chef d’entreprise
pris en compte pour déterminer l’assiette de
cotisation d’assurance vieillesse.
En outre, il est prévu que le conjoint collaborateur
peut demander la prise en compte par l’organisme d’assurance
vieillesse de périodes d’activité (anté-rieures),
sous réserve de justifier par tous moyens avoir participé
directement et effectivement à l’activité
de l’entreprise et d’acquitter en conséquence
la cotisation dans des conditions garantissant la neutralité
actuarielle.
En conséquence, la loi et les décrets parus
il y a moins d’un an, permettent aujourd’hui
d’adapter la cotisation en fonction des choix faits
par chacun.
L’important est bien évidemment d’effectuer
le bon choix en fonction de vos situations individuelles.
Il vous est vivement recommandé de vous tourner vers
votre expert comptable mais également vers votre
caisse de retraite pour établir une étude
afin d’effectuer le meilleur choix.
Sachez toutefois que celui-ci n’est pas définitif
et vous pouvez changer d’option en cours de vie.
Sachez enfin que sur le plan fiscal, les cotisations sont
déductibles du revenu imposable.
2°) Le conjoint salarié est celui :
- qui participe effectivement à l’entreprise
à titre professionnel et habituel,
- qui perçoit un salaire correspondant au salaire
de sa catégorie professionnelle,
- qui est subordonné à l’époux,
chef d’entreprise, et qui n’a donc aucun pouvoir
de décision dans l’entreprise, il ne gère
pas cette dernière.
Toutefois, cette condition est néanmoins présumée
et n’est pas fondamentale, l’important étant
de participer effectivement
à l’entreprise et de percevoir un salaire correspondant
à celui que percevrait un salarié extérieur
à la famille.
Sa situation :
- sur le plan du droit du travail :
Le conjoint bénéficie de la protection pro-pre
à tous salariés. Il peut ainsi percevoir des
allocations chômage en cas de rupture de son contrat
pour quelque cause que ce soit (fermeture de l’entreprise,
liquidation judiciaire, divorce, etc).
- sur le plan social :
Le conjoint salarié bénéficie des prestations
de Sécurité Sociale (maladie, maternité).
Ces avantages étant acquis même s’il
n’y a pas de présence à temps complet
dans l’entreprise.
Le salaire versé ainsi que les cotisations peuvent
être déduits du bénéfice imposable
du chef d’entreprise :
- sans limitation lorsque les époux sont mariés
sous un régime de séparation,
- dans certaines limites, s’il s’agit d’un
régime de communauté, limites qui varient
suivant que le chef d’entreprise adhère ou
non à un centre de gestion agréé.
3°) Le conjoint associé :
Très brièvement, vous devez savoir que deux
époux peuvent seuls ou avec d’autres personnes,
être associés dans une même société.
Le conjoint associé qui participe à l’activité
de l’entreprise est affilié à titre
personnel au régime social des non-salariés
(maladie, vieillesse) et au régime des allocations
familiales des travailleurs indépendants.
Tout comme le conjoint collaborateur, le conjoint associé
doit, à titre personnel, adhérer à
l’assurance vieillesse du chef d’entreprise
et l’épouse associée bénéficie
du droit à la double allocation de maternité.
Par dérogation cependant, le conjoint qui participe
à l’activité de l’entreprise en
qualité de gérant minoritaire est affilié
au régime général de la Sécurité
Sociale (article
L 242-8 du Code de la Sécurité Sociale).
4°) La situation du conjoint
qui n’a opté pour aucun statut :
- Le conjoint assistant :
L’appellation de conjoint assistant correspond à
la situation du conjoint de commerçant qui travaille
dans l’entreprise sans choisir l’un des statuts
définis ci-dessus et sans se faire immatriculer au
Registre du Commerce et des Sociétés.
Il n’est donc pas rémunéré et
pour représenter le chef d’entreprise, il doit
rapporter la preuve qu’un pouvoir ou un mandat lui
a été donné.
Etant considéré comme un ayant droit de l’époux
chef d’entreprise, il ne bénéficie que
de la protection sociale accordée au chef d’entreprise.
Pour ce qui concerne le régime d’assurance
vieillesse obligatoire, il a droit à la pension de
reversion.
Il peut néanmoins demander son affiliation volontaire
au régime d’assurance vieillesse des salariés.
Enfin, l’épouse qui travaille dans l’entreprise
familiale ne peut prétendre à aucune allocation
de maternité.
Il y a lieu en conséquence d’être extrêmement
prudent et l’absence de statut pose bien sûr
des difficultés, essentiellement en matière
d’assurance vieillesse et d’allocation de maternité.
Quelle est l’incidence du redressement
ou de la liquidation judiciaire sur la situation du conjoint
de commerçant ?
Le principe est que seul le chef d’entreprise est
en redressement (ou en liquidation) et est engagé
à l’égard des créanciers de l’entreprise;
le conjoint n’a pas à répondre du passif
de l’exploitant.
Il existe naturellement certaines limites :
1/ Le conjoint s’est engagé solidairement en
qualité de caution ou de co-débiteur solidaire
du chef d’entreprise.
Dans ces conditions, rien n’empêche le créancier
de poursuivre le conjoint en sa qualité de caution
ou de co-débiteur.
Il est extrêmement fréquent que dans le cadre
des contrats de prêt bancaire conclus (pour l’acquisition
du fonds de commerce, pour le financement de travaux, etc),
le conjoint se soit engagé en qualité de caution
ou de co-débiteur.
La banque peut tout à fait poursuivre le conjoint
parallèlement à la procédure de redressement
judiciaire ou de liquidation judiciaire.
Pour les autres actes de la vie courante (commande de fournitures,
charges diverses, sociales ou fiscales dépendant
exclusivement de l’exploitation du fonds), il n’existe
aucune possibilité de poursuivre le conjoint qui
est dégagé à ce titre de toute obligation.
2/ Le régime matrimonial a une incidence :
Si les époux sont mariés sous le régime
de la séparation de biens, les biens appartenant
au conjoint échappent à la procédure
de redressement judiciaire.
Sous le régime de la communauté de biens,
tous les biens sont présumés être des
biens de communauté, susceptibles d’être
intégrés dans le redressement.
Il doit donc être prouvé que certains biens
échappent à la communauté et sont en
réalité des biens propres du conjoint, pour
échapper au redressement..
3/ Les créanciers peuvent tenter de démontrer,
dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire,
que le conjoint doit être considéré
par le Tribunal comme un commerçant, parce qu’il
a participé directement et régulièrement
à l’activité de l’entreprise,
en faisant de manière indépendante des actes
de commerce à titre de profession habituelle.
Dans ces conditions, le Tribunal pourrait soumettre le conjoint
à la procédure de redressement judiciaire.
En général, le redressement et surtout la
liquidation judiciaire vont avoir des conséquences
importantes pour le conjoint et la famille en général
dans la mesure ou le patrimoine professionnel est confondu
avec le patrimoine personnel.
Ainsi, le logement familial, si vous en êtes propriétaire
sera appréhendé par la liquidation judiciaire
(sauf s’il s’agit d’un bien propre du
conjoint, ce qui est rare).
Il est aujourd’hui possible de protéger le
logement familial de la liquidation judiciaire par une « déclaration
d’inaliénabilité ».
Il vous est vivement conseillé de vous rapprocher
de votre notaire pour effectuer une telle déclaration
sans avoir à attendre d’être éventuellement
en difficultés financières.
Cette déclaration vous permettra en effet de protéger
votre famille et votre logement des créanciers de
votre entreprise.
Vous constaterez que chaque situation est différente,
le choix du statut du conjoint dépendant des objectifs
que chacun considère comme être prépondérants.
Vous devez néanmoins retenir que l’adoption
d’un statut est aujourd’hui obligatoire et que
de toute façon l’absence de choix d’un
statut est particulièrement défavorable.
Sachez enfin, et bon nombre de questions nous sont posées
régulièrement au regard des allocations retraite,
qu’il est indispensable de bien préparer sa
retraite.
Quel que soit le statut adopté par le conjoint, vous
savez parfaitement que les allocations retraite qui vous
seront servies sont extrêmement modestes.
Vous vivrez de plus en plus vieux et en bonne santé.
Vous aurez donc besoin de ressources pour vous accompagner
jusqu’à la fin de votre vie.
Profitez d’être en exercice professionnel pour
préparer votre retraite en n’hésitant
pas à mettre en place des systèmes dits de
complémentaire retraite volontaires.
Il existe aujourd’hui de nombreux produits de placement
qui vous permettent d’obtenir soit un capital, soit
une rente au moment de votre retraite dont les cotisations
sont, pour la plupart du temps, déductibles du revenu
imposable et, pour certaines, avantageuses fiscalement (loi
Madelin, plan épargne entreprise, etc...).
Je vous conseille vivement de vous orienter vers votre assureur
ou votre courtier, ou bien encore, votre banquier qui propose
bien souvent des produits d’épargne retraite
qui seront adaptés à votre situation.
N’hésitez pas en conséquence à
faire effectuer des études pour mettre en place le
plus tôt possible un complément de retraite
adapté à vos besoins.
Le temps passe vite lorsque l’on travaille.
Prenez de bonnes résolutions pour l’année
2008, notamment sur ce plan. Vous vous en féliciterez
plus tard...
Je vous adresse à tous et toutes mes meilleurs vœux
pour la nouvelle année !
Laurent VERDIER
7, rue du Louvre
75001 PARIS
Tél. 01 40 13 72 74
e.mail: laurent.verdier@go-associes.com |