| Choisir
un four :
un pari sur l’avenir
L’achat
d’un four est un investissement stratégique
qui engage la santé financière d’une
boulangerie sur de nombreuses années. Robustesse
des matériaux, qualité et régularité
de la cuisson, vitesse de chauffe, capacité et diversité
de production, source et dépense énergétiques
sont autant de paramètres qu’il convient de
mettre dans la balance avant de se décider !
 |
A
vant
de s’installer ou d’envisager de renouveler
son matériel, le boulanger doit être en mesure
de définir sa production - en termes de qualité
et de diversité - et sa productivité - en
termes de prix et de volume de ventes - de manière
à ce que l’offre envisagée corresponde
au mieux à la demande perçue. Se faire une
idée précise des besoins du marché
est donc primordial avant tout investissement. L’artisan
ne peut compter sur le fournisseur de fours car celui-ci
n’est pas en mesure de garantir son prévisionnel
! C’est donc à vous, artisans, qu’il
revient de faire le bon choix. Mais vous ne devez pas non
plus négliger votre propre plaisir de travailler
tel ou tel produit, avec tel ou tel « matériel
de rêve » car la clientèle est susceptible
de répondre très positivement aux nouveautés
de qualité élaborées avec passion !
De cet équilibre subtil entre amour du métier
et souci de rentabilité dépendra la pérennité
de votre affaire.
Le four, pièce
maîtresse
Le four est l’organe central de la productivité
de l’entreprise : le boulanger ne le sait que trop
bien ! Le type de four choisi aura non seulement une incidence
directe sur la qualité des produits réalisés
mais aussi sur la capacité de production horaire,
le montant des annuités d’amortissement (remboursement
sur 7 ans en général) et le coût en
énergie. Cette décision va donc non seulement
orienter l’offre commerciale de l’artisan d’une
manière décisive, mais aussi conditionner
une bonne part des dépenses futures.
Les fours actuels se différencient essentiellement
par le support de
cuisson, la technologie de chauffe et la source d’énergie.
Les critères de choix porteront sur le rapport qualité/prix
de l’appareil, la performance de la cuisson (qualité/régularité),
la souplesse d’utilisation, la puissance de chauffe,
l’encombrement, la consommation en énergie,
et la capacité/diversité de production. Ainsi
certains fours seront-ils plus recommandés pour certaines
gammes de produits ou pour certaines organisations de travail.
Les supports de cuisson
 |
La cuisson du pain consiste en un apport d’énergie
thermique qui va
permettre le développement du pain, la formation
de la croûte et la transformation de la pâte.
La chaleur apportée au pain peut se faire par conduction,
convection ou rayonnement (voir illustration). La difficulté
de monter en température (inertie) et la capacité
à accumuler la chaleur au niveau du support de cuisson
(fond) vont dépendre de la technologie exploitée.
Une cuisson bien menée
sera évidemment le principal gage de réussite,
mais le type de four
employé n’en sera pas moins un acteur déterminant.
Le four à sole :
Il s’agit, sans aucun doute, du four incontournable
de l’artisan car il répond à la tendance
actuelle en faveur des pains dits « traditionnels
». Le support de cuisson, la sole, est une dalle fixe
constituée d’une pierre (naturelle ou reconstituée)
ou d’un ciment réfractaire dont la facture
est un critère de qualité à ne pas
négliger. Elle est composée de divers minerais
résistants à
l’abrasion et maintenus solidement par une résine
ou un ciment et parfois par un maillage de fibres de verre.
Selon la densité du matériau obtenu, les soles
présentent des différences notables en terme
de résistance à l’abrasion et de conductibilité
thermique. Une bonne conductibilité permettra une
montée en température plus rapide et la possibilité
de mener des « coups de chauffe » sans perte
excessive d’énergie. Néanmoins, une
trop faible épaisseur de la sole n’ira pas
en faveur d’un bon fond et aura
tendance à varier excessivement en température
lors de l’enfournement et, parfois, à susciter
un ferrage du pain non souhaitable (brûlure superficielle).
 |
Les fours à sole sont recommandés pour tous
types de pains et de viennoiseries mais ils excellent dans
la production des pains de longue conservation, à
mie développée et hydratée, à
croûte épaisse et croustillante et à
« sole » bien formée. C’est cette
qualité-là qui plaît aux consommateurs.
L’apport de chaleur, se faisant en grande partie par
conduction et par rayonnement, va favoriser l’ouverture
de la grigne et une bonne poussée au
début de la cuisson (le pain « crache »).
Les fours pâtissiers sont des petits fours électriques
à sole qui peuvent être un bon complément
pour une production parallèle de tartes, quiches,
pizzas, viennoiseries…
La montée en température est relativement
rapide, même si la sole doit emmagasiner suffisamment
de chaleur avant de la restituer. Aujourd’hui, les
puissances de chauffe sont optimisées, notamment
pour la cuisson des pains à pâtes surhydratées,
plus difficiles à cuire (innovation Modelec, de Fringand).
Les manipulations demeurent relativement fastidieuses, bien
que des systèmes d’enfournement intégrés,
manuels ou automatiques, facilitent la tâche (Bongard
par exemple).
 |
| Les modes de cuisson du pain. |
Certains élévateurs sont totalement escamotables
et particulièrement faciles à manipuler (innovation
Fours Map). Les fours à sole sont compatibles avec
toutes les technologies de chauffe qui, elles, ne sont pas
adaptées à toutes les sources d’énergie
(voir ci-dessus). Les fours à sole électriques
sont néanmoins la solution idéale pour un
premier achat et pour les adeptes de la cuisson étalée
sur la journée. La demande de pain chaud à
toute heure est en effet une tendance qui semble se confirmer.
Ces fours ont alors l’intérêt d’apporter
une grande souplesse d’utilisation du fait de l’indépendance
de chauffe de chaque étage et de la rapidité
de mise en route. Des modèles innovants permettent
la confection de pains précuits frais traditionnels,
à sole bien formée (innovation Werner France).
En parallèle, certains industriels font des efforts
pour réduire au maximum l’encombrement au sol
(ex. : Fours Map) ou la consommation d’énergie
(ex. : Fringand, Bongard).

Le
four à chariot :
Il s’agit des fours rencontrés dans les boulangeries
qui doivent répondre à une demande élevée
(grandes surfaces, terminaux de cuisson). Mais ils peuvent
très bien s’intégrer dans les boulangeries
artisanales qui fournissent des collectivités par
exemple. Le pain est enfourné à l’aide
d’un chariot extractible constitué de plusieurs
étages sur lesquels sont disposés les supports
de cuisson. Ces derniers peuvent être des moules rigides
(en acier, aluminium ou inox) ou des filets souples (tissus
métalliques ou de fibres de verre enduits de silicone
ou de téflon), disposés sur une grille.
Ils sont recommandés pour la production du pain blanc
à mie légère et à croûte
fine, encore très prisé. Ils n’autorisent
pas une grande diversité de formats (baguettes, pains
parisiens). La chaleur est transmise au pain par convection
forcée, ce qui a une incidence sur la grigne qui
restera peu ouverte. Les fours classiques
favorisent le ramollissement de la croûte, ce qui
n’est plus le cas pour les appareils équipés
d’un extracteur de buée qui évacue la
vapeur en fin de cuisson (et évite l’émission
de vapeurs brûlantes à l’ouverture).
 |
| Four
à chariot fixe (Eurofours). |
La montée en température est rapide, bien
qu’une chute importante soit observée à
l’enfournement (les supports et le chariot refroidissent
l’habitacle). Le chariot peut être mis en rotation
par un dispositif d’entraînement (fours à
chariot rotatif), ce qui a l’avantage d’obtenir
une cuisson plus homogène. L’avantage de ces
fours réside dans leur grande capacité d’enfournement
(notamment avec un chariot fixe) et leur besoin réduit
en main-d’œuvre. L’équipe de formateurs
de L’Ecole de Boulangerie et de Pâtisserie de
Paris (EBP) conseille ce type de four « pour l’artisan
qui doit faire face à une production de plus de 600
ou 700 baguettes en deux ou trois heures, avec une capacité
de 150 à 200 pièces par fournée ».
Les fours à chariot sont compatibles avec toutes
les sources d’énergie (sauf bois) et disponibles
avec la technologie de « recyclage thermique »
ou de résistance électrique (modèle
compact).
Le four ventilé à glissières
:
C’est un appareil de petite taille en général
où l’on glisse une succession de plaques ou
de grilles à filet.
 |
| Four
ventilé modulaire (Salva). |
Equipés d’une résistance électrique
et d’un système de ventilation, ils assurent
l’apport de chaleur aux produits à cuire par
convection forcée. La répartition de la chaleur
est assurée par une ou deux turbines visibles au
fond de la chambre. Ils sont recommandés pour les
pâtisseries et les viennoiseries, mais peuvent très
bien s’adapter à la production de baguettes
à croûte fine (cuisson sur filets) ou de précuits
(et éventuellement pour réchauffer le pain
en fin de journée). Ils constituent un complément
intéressant en terme de productivité ou de
diversité pour les boulangers disposant d’un
four à sole.
Les technologies
de cuisson
|
Four
à tubes vapeur (Jolivet, Eurofours). |
Le chauffage des chambres de cuisson exploite trois techniques
de
production de chaleur à partir d’une source
d’énergie : la résistance électrique,
les tubes vapeur et le recyclage thermique.
La résistance électrique
:
Il s’agit d’un fil métallique de diamètre
variable dont le matériau (inox) a la propriété
de s’opposer au passage du courant électrique.
L’énergie électrique se dissipe alors
sous forme de chaleur. Ces conducteurs peuvent avoir une
longueur maximisée (nappes) ou être juxtaposés
les uns à côté des autres (résistances
indépendantes de 8 à 15 mm de diamètre).
Les résistances de sole transmettent la chaleur par
conduction, alors que celles de la voûte produisent
une chaleur rayonnante. Elles peuvent être blindées
ou protégées par une grille lorsqu’elles
sont destinées à supporter des chocs ou des
contraintes. Elles peuvent aussi être incluses dans
les
soles réfractaires. La composition de l’inox,
le diamètre des résistances et leur facture
sont un critère de qualité à considérer
(longévité et qualité de cuisson).
Dans les fours à chariot de petite taille (modèles
compacts) et les fours ventilés, les résistances
sont placées en dehors de la chambre de cuisson et
la chaleur est pulsée par ventilation (chauffage
par convection forcée). Les fours à résistance
électrique ont de multiples intérêts
: moins coûteux à l’achat (environ 15%
moins cher), silencieux et propres, conduit d’évacuation
des fumées
inutile, très peu d’entretien et de dysfonctionnements.
Les tubes vapeur :
Il s’agit d’une succession de tubes annulaires
(dits de Manesmann) qui décrivent une large boucle
fermée et qui viennent entourer à la fois
le foyer (brûleur) et toutes les chambres de cuisson.
Ces tubes, remplis aux 2/3, contiennent de l’eau sous
haute pression (400 bars). Ils sont chauffés au niveau
du foyer. La vaporisation qui se produit alors entraîne
une mise en circulation du fluide. La température
du liquide et des vapeurs peut ainsi atteindre une chaleur
très élevée (400°C) qui est transmise
au niveau des chambres par rayonnement. La vapeur tend à
se refroidir et à se condenser à la sortie
des chambres, mais sera réchauffée à
son passage au niveau du foyer. Il existe des modèles
à huile peu courants et très coûteux.
|
Circulation
de la chaleur dans les tubes vapeur. |
Ce type de chauffage n’est exploité que dans
le four à sole dans lequel il apporte une chauffe
douce et une cuisson régulière, du fait d’une
inertie élevée et d’un fond important.
Le foyer peut être alimenté au gaz (ou au fioul,
voire au bois). Leur fonctionnement nécessite la
chauffe de tous les étages. Certains appareils présentent
un étage indépendant à fonctionnement
électrique, ce qui peut être intéressant
en cas de panne du brûleur ou pour des productions
parallèles (viennoiseries). L’entretien est
aisé et les dysfonctionnements sont rares (peu de
mécanique). L’évacuation des fumées
de combustion doit être prévue. Il existe des
modèles maçonnés sur place en briques
et conduits réfractaires (fond plus important) et
des modèles à conduits métalliques.
Certains fours à tubes vapeurs modernes permettent
à l’artisan de faire de sérieuses économies
d’énergies (jusqu’à 50%) par rapport
à d’autres technologies (innovation Fringand).
Ce type de four est de ce fait encore souvent utilisé.
Le recyclage thermique :
Cette technologie assure l’acheminement de chaleur
autour des chambres de cuisson par ventilation forcée.
Elle est compatible avec le gaz et/ou le fioul (le foyer
est équipé alors d’un brûleur)
ou parfois avec l’électricité (le foyer
est alors muni d’un convecteur). La chaleur est mise
en mouvement par une turbine afin de la conduire dans les
conduits, situés tout autour des chambres de cuisson,
qui font office d’échangeur thermique (chauffage
par rayonnement). L’air chaud, en circulant, se refroidi
et retourne au niveau du foyer avant de repartir pour un
nouveau cycle (l’air circule).
 |
Four à recyclage et
à gaz/fioul
(Matador, Werner & Pfleiderer France). |
Ce système est exploité dans les fours à
sole « cyclothermes » et les fours à
chariot de grande taille, bien que le terme de « recyclage
thermique » soit réservé aux fours à
sole. La présence d’un échangeur apporte
plus d’inertie (donc un moins bon rendement) mais
apporte une chaleur rayonnante et un meilleur fond, ce qui
a l’avantage d’améliorer la cuisson du
pain (croûte qui ne se dessèche pas) et d’éviter
les chutes excessives en température à l’enfournement
(et les risques de ferrage).
Les fours maçonnés ont un fond plus important
et une meilleure tenue en température. Certains modèles
à conduits métalliques offrent une réactivité
particulière et une grande souplesse pour l’utilisateur
(innovation Werner).
Dans de nombreux fours à chariot, la répartition
de la chaleur est améliorée par un système
de ventilation
alternée. Les fours à sole classiques nécessitent
une chauffe de tous les étages, ce qui peut représenter
des déperditions d’énergie. Cependant,
sur les modèles perfectionnés, il est possible
d’orienter le flux de chaleur pour avoir deux niveaux
à température différente (innovation
Werner). Les fours innovants permettent la programmation
de courbes de température
(variation de la température en fonction du temps),
ce qui permet une cuisson optimale (des grosses pièces
notamment).
Les sources d’énergie
Dans le contexte actuel de pénurie globale des ressources
énergétiques, de limitation des émissions
de CO2 et de flambée des prix du pétrole,
le choix de l’énergie est déterminant,
bien qu’il ne soit pas toujours considéré
par l’artisan lors de l’acte d’achat.
Même si une étude (référence
(1) du tableau ci-après) a montré que la part
des dépenses énergétiques était
relativement faible (2-3% du chiffre d’affaires),
un choix réfléchi permettra de faire des économies
non négligeables.
A noter que la part des dépenses liées à
la cuisson s’élève à plus de
la moitié de la consommation d’énergie
totale d’une boulangerie-pâtisserie (environ
53%). Au fournil, l’électricité a l’avantage
d’être propre (pas de combustion, peu d’émission
de CO2), sécuritaire (pas de stockage) et ne nécessitant
aucun entretien particulier. Elle demeure la plus coûteuse,
mais elle offre une
souplesse inégalée dans l’organisation
du travail, même s’il est plus
rentable de travailler en heures creuses (nuit). Le branchement
au réseau électrique est élevé
(frais d’installation d’un « compteur
jaune », à double tarification) et doit être
considéré dans le prix à l’achat
du matériel.
Le gaz naturel (méthane) demeure le combustible le
moins onéreux, même si son prix ne cesse d’augmenter
depuis 2000. Les fours à gaz restent presque autant
prisés que les fours électriques. Cependant,
le gaz naturel n’est pas disponible partout en France
(il existe néanmoins des cuves).
L’inertie du gaz

L’installation
d’un four à gaz nécessite la pose d’un
conduit de sortie des fumées, ce qui demande une
autorisation spécifique (nuisance au voisinage).
Le four à gaz (recyclage, tubes vapeur), avec une
inertie importante et une chauffe obligatoire de tous les
étages, n’est intéressant économiquement
que si le boulanger cuit sa production sans interruption.
L’équipe de formateurs de L’Ecole de
Boulangerie et de Pâtisserie de Paris (E.B.P.) estime
que « l’artisan qui a un four à gaz doit
s’organiser de manière à cuire l’ensemble
des produits sur 6 ou 7 heures. Quand le four est mis à
l’arrêt, il peut profiter de la chaleur tombante
pour cuire ses grosses pièces, ses tartes ou ses
viennoiseries. Mais s’il veut cuire du pain toute
la journée à la demande, il vaudrait mieux
un four électrique, plus flexible ».
Traditionnellement réputé bon marché,
le fioul voit aujourd’hui ses prix s’envoler
notamment en cette fin d’année 2007. Il n’a
en fait jamais cessé d’augmenter depuis 2002
et il émet beaucoup de CO2. Cependant, pour certains
fours à tubes vapeur modernes qui présentent
une basse consommation et un rendement énergétique
élevé, le fioul peut encore rester une solution
intéressante malgré tout, notamment en milieu
rural. Son utilisation demande un entretien attentif (ramonage
et réglage du brûleur)
et une réglementation spécifique (stockage
du fioul et évacuatiodes fumées).
Après avoir défini sa production et le type
de four le plus adapté,
l’artisan boulanger doit estimer sa productivité
prévisionnelle en terme de volume horaire (nombre
de pains/heure ou kg de pâte/heure) afin de définir
la surface de cuisson. Il faut compter une productivité
horaire de 250 baguettes par heure pour un four à
six soles (10 m2) avec deux cycles de cuisson par heure.
Les fours de 8-11 m2 sont les plus fréquemment utilisés,
mais attention : ces surfaces peuvent varier du simple au
triple en fonction de votre quotidien ! Pensez aux sursauts
d’activité et à l’évolution
de votre chiffre d’affaires également. Alors
n’hésitez pas à voir un peu plus grand.
Des outils prévisionnels sont donnés par certains
fournisseurs (équipements, énergie) afin de
budgéter vos dépenses
énergétiques.
Après que la rentabilité de votre four a été
correctement estimée et s’il vous reste une
marge confortable, alors
faites-vous plaisir ! Si vous aimez le beau matériel,
il existe des modèles haut de gamme qui ne vous laisseront
sûrement pas indifférent…
Armand Tandeau
|
Four
électrique à façade briquetée
(Fours MAP). |
|