La
sécurité au fournil...
pour éviter le pire
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Chaque
geste peut être sécurisé
par des outils adaptés. |
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Le
fournil n’est pas un lieu dangereux en soi.
Pourtant, il s’y déroule parfois des accidents
graves.
Et cela n’arrive pas qu’aux autres !
Les réglementations en vigueur sont faites pour intégrer
une démarche de prévention. Vous aurez tout
à y gagner !
La
boulangerie-pâtisserie est un des milieux professionnels
présentant le taux d’accidents du travail (déclarés)
le plus bas. La plupart des points de danger sont bien identifiés
par les artisans et, le métier entrant, les gestes
se font plus précis et les blessures plus rares.
Le parc matériel devient également de plus
en plus sécurisé, les fabricants étant
obligés d’appliquer les normes machines. Cependant,
on déplore chaque année des accidents qui
auraient pu être évités par des mesures
simples et peu coûteuses. Chutes d’objets, glissades,
entailles, brûlures… la liste des causes d’arrêts
de travail reste bien fournie. Même si leur fréquence
est faible, le pire est toujours susceptible d’arriver.
Justement au moment où on s’y attend le moins
! On parle alors de « risque » pour signifier
qu’il n’y a pas de péril imminent, mais
que telle ou telle situation et avec tel ou tel matériel
pourrait un jour causer des lésions graves voire
mortelles. Entre « risque » et « danger
», il existe une distinction importante qu’il
s’agit de bien comprendre (voir encadré dessous).
Pour diminuer le taux d’accidents, la législation
du travail a imposé par décret (5 nov. 2001)
à tout employeur d’établir un dossier
rédigé, dit « document unique »,
permettant d’inventorier les risques du fournil et
de mettre en place des mesures de prévention adaptées.
L’objectif n’est pas d’apporter une contrainte
supplémentaire aux entrepreneurs, mais d’améliorer
le confort de tous les usagers.
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| Un
sol encombré, abîmé et mal entretenu
: un cocktail dangereux ! |
C’est quoi le problème
?
Le plus souvent, le patron ou le personnel peut avoir repéré
un danger (par une mauvaise expérience dont l’issue
fut plus ou moins heureuse ! ) mais apprend à l’apprivoiser
car il se sent en capacité de pouvoir l’éviter.
Ces gestes d’évitement rentreront dans une
habitude et le danger finira par se faire oublier…
C’est justement là que peut survenir l’accident.
Jean-Paul Liot, ingénieur-conseil à la direction
des risques professionnels de la C.N.A.M.T.S. (1), connaît
bien les blessures en boulangerie-pâtisserie. Il indique
que « les situations dangereuses ne sont pas celles
auxquelles on pense toujours, comme la cuisson, la découpe
ou le pétrissage. Ce sont avant tout les chutes du
personnel, de plain pied ou de hauteur, et les manipulations
ou manutentions manuelles, telles que le transport des sacs.
»
Concernant le port de charge, ce sont les situations de
fragilité (hospitalisation récente, usure
liée à l’âge), la baisse de vigilance
et les mauvaises postures qui sont la cause de lésions
ou d’installation progressive de douleurs chroniques.
Celles-ci peuvent avoir une origine musculaire (lombalgie,
dorsalgie) ou péri-articulaire (troubles musculo-squelettiques),
telles que les hernies
discales, les tendinites ou les sciatiques.
Les problèmes de dos surviendront plus facilement
lorsque le local de stockage des farines est éloigné
du pétrin.
DANGER
OU RISQUE : Quelle différence ? |
*
Le danger.
- Il correspond à toute source potentielle de
dommage, de préjudice ou d'effet nocif sur une
personne (ou un équipement).
- Il est le plus souvent identifié par l’opérateur
qui cherche à l’éviter soit en l’éliminant,
soit en l’apprivoisant.
- Il est indépendant du niveau de vigilance de
l’opérateur.
* Le risque.
- Il correspond à la probabilité qu'une
personne subisse un préjudice ou des effets nocifs
pour sa santé en cas d'exposition à un
danger.
- Il est donc virtuel et ne peut être identifié
et évalué que par un effort d’imagination
sur une situation donnée.
- Il augmente avec le manque de vigilance.
* Exemple.
Le bras d’un pétrin en rotation constitue
un danger d’écrasement de la main de l’artisan.
Prélever de la pâte en cours de pétrissage
représente un risque (faible). Un état
de fatigue augmentera le risque. |
Solutions optimales
En vue d’améliorer sensiblement la sécurité,
un premier levier : la vigilance. Les gestes répétitifs,
l’accélération des cadences, le stress,
le bruit, le manque de sommeil… diminuent l’attention
du sujet. Une amélioration de l’hygiène
de vie et des conditions de travail rétablira significativement
la concentration du personnel. Prenez soin aussi de vos
apprentis qui n’ont pas votre expérience !
Le respect des consignes de sécurité faisant
partie intégrante de l’apprentissage, pensez
à les faire progresser sur ces notions (et vous avec
! ) et à leur confier des tâches adaptées.
Autre point clef, le nettoyage et le rangement. «
Les sols glissants ou encombrés sont très
souvent mis en cause. De la farine ou des détritus
qui jonchent le sol, des sacs ou des caisses qui encombrent
le passage, ou encore des empilements autour de la chambre
à farine sont à l’origine de chutes
graves » met en garde Jean-Paul Liot. Pour peu que
l’artisan transporte une plaque de cuisson ou une
bassine qui gène la visibilité, l’accident
est vite arrivé.
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Enfin, l’entretien et la mise en conformité
des équipements. Elle est une obligation du code
du travail depuis 2000.
L’ingénieur précise que « les
normes machines qui datent de 1993 se sont attelées
essentiellement à la sécurité mécanique.
Depuis, les équipements protègent mieux l’opérateur,
notamment la main, par des dispositifs d’arrêt
d’urgence, des grilles de protection, des goulottes
d’introduction, la compartimentation des zones dangereuses,
etc. »
La main est en effet la partie du corps la plus souvent
meurtrie… et la plus handicapante !
Hygiène et sécurité
globale
Bien sûr, il existe des solutions encore plus efficaces
qui se mettent en place lors de la conception ou de la réfection
des locaux. Contre le glissement, Jean-Paul Liot, qui a
travaillé sur l’optimisation des revêtements
de sol en entreprises alimentaires, indique que le matériau
le plus adapté reste le carrelage. Il préconise
qu’« il faut bien veiller à concilier
hygiène et résistance au glissement. On pense
toujours à tort que pour un meilleur nettoyage, il
faut une surface lisse ! En réalité, on trouve
des matériaux antidérapants qui se nettoient
parfaitement bien ».
La réflexion actuelle vise à trouver des solutions
globales et décloisonnées qui prennent en
compte l’hygiène et la sécurité,
mais aussi l’environnement et l’agencement intérieur.
Une étude technique, actuellement en cours, apportera
aux artisans des conseils à la conception de locaux
totalement optimisés sur ces points.
Le fournil du futur !
Pour les équipements, même combat. «
L’harmonisation européenne des normes machines,
attendue pour 2010, va considérer davantage l’ergonomie,
l’hygiène et l’environnement »
nous avertit Jean-Paul Liot. La facilité de nettoyage,
la séparation entre les parties mécaniques
et alimentaires, le niveau sonore, l’économie
d’énergie ou l’émission de farines
sont autant de
critères qui rentreront en ligne de compte. En réalité
bon nombre de fabricants se sont par ailleurs engagés
dans cette voie, la jeune génération étant
de plus en plus regardante sur ces points.
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La
fréquence des arrêts maladie révèle
un déficit de sécurité au travail. |
La « chasse au D.U.
»
Véritable orientation de société, la
protection de la santé s’attaque en fait à
tous les milieux de vie et de travail. Pour l’entreprise,
le code du travail a rendu obligatoire en 2001 la rédaction
d’un inventaire répertoriant tous les dangers
identifiés. Il s’agit du fameux « document
unique » (D.U.) qui permet en fait de formaliser l’obligation
qu’a l’employeur d’évaluer les
risques de son établissement. Ce feuillet se doit
d’être tenu à disposition de l’inspecteur
du travail qui peut réaliser des visites surprises.
Attention, « unique » signifie qu’il doit
être propre à votre local, à vos machines,
à vos fournitures, à votre façon de
travailler.
Frédéric Doreau, directeur de l’A.R.A.C.T.
(2) des Pays de la Loire, a suivi une expérience
intéressante en région : la mise en place
du D.U. par des boulangers volontaires. Difficultés,
conseils, points importants, cette initiative a donné
lieu à un guide(3). Il précise tout de suite
que « le D.U. est avant tout un moyen simple d’accompagner
l’entrepreneur dans une prise de conscience des
dangers cachés de son fournil et des situations à
risque. Il ne faut pas le voir comme une règle supplémentaire,
mais comme une responsabilité et un engagement concret
en faveur de l’amélioration du cadre de travail.
»
Sachez qu’un environnement et des gestes améliorés
par quelques idées simples (voir encadré ci-dessous)
diminuent d’une manière importante la probabilité
de survenue d’accidents brutaux, mais aussi de maladies
professionnelles qui s’installent progressivement
et qui finissent par « user » le travailleur.
Un cadre plus confortable retiendra aussi et attirera davantage
les jeunes recrues, pensez-y !
LES
SOLUTIONS LES PLUS SIMPLES
SONT SOUVENT LES MEILLEURES ! |
1
- Le sol gras. Les salissures grasses se nettoient
à l’aide d’un détergent dilué
dans de l’eau chaude. Plusieurs passages de serpillière
seront parfois nécessaires.
2 - Le sol abîmé. Des
fissures ou des carreaux décollés doivent
être réparés par un enduit adapté.
La surface doit être parfaitement plane et stabilisée.
3 - Les chaussures de sécurité
sont la règle. Semelle antidérapante,
coque renforcée, elles doivent être utilisées
uniquement sur le lieu de travail.
4 - L’éclairage des plans de travail.
La découpe, la scarification et toute autre manipulation
doivent bénéficier d’un éclairage
direct et lumineux installé au plafond.
5 - Les lames coupantes. Outils de
découpe et de scarification ne doivent jamais
traîner sur le marbre, mais être systématiquement
posés sur une barre magnétique. Plutôt
que d’utiliser des lames de rasoir à main
nue, optez pour des scarificateurs sécurisés.
6 - Les charges. Les sacs de farine
ou les cartons sont trop lourds ? Demandez à
votre fournisseur des solutions plus adaptées
(sacs de 25 kg au lieu de 50 kg) ou prévoyez
d’installer un silo à farine.
7 - L’accessibilité des
chambres froides, des locaux de stockage ou du silo
à farine est encombré au niveau du sol
? Ne montez pas sur des cartons ou des sacs ! Faites
un minimum de rangement et installez un marchepied stable
et antidérapant.
8 - La station debout prolongée
vous fatigue et provoque des douleurs au niveau du dos
? Pensez à relever les plans de travail de 10
cm, bénéfice immédiat !
9 - La circulation. Les lieux de passage
ne doivent pas être encombrés. Evitez d’y
installer des machines, d’y entreposer du matériel
ou d’y laisser traîner des cartons.
10 - Les escaliers. Disposez en «
nez de marche » une bande antidérapante,
une « main courante » sur le mur d’applique
et une rambarde de sécurité. |
Comment procéder ?
En fait, c’est très simple. L’idée
est de se poser deux ou trois heures autour d’une
table et de faire participer tous les usagers du fournil.
Dans un premier temps, il s’agit de découper
le travail en unités plus petites (postes) : la réception
des marchandises, le stockage, le pétrissage, le
façonnage, la cuisson, etc. Pour chaque phase, essayez
d’iden-tifier ensemble les dangers et les situations
problématiques. Evaluez leur niveau de risque en
termes de fréquence et de gravité. Et voilà,
la première mouture du D.U. est établie.
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Surface
au sol et configuration des locaux sont aujourd’hui
repensées. |
« Au départ, il ne faut pas forcément
chercher à être exhaustif. Un brouillon peut
très bien fonctionner. Le tout, c’est de lancer
la réflexion à plusieurs et d’associer
toute l’équipe dans cette démarche.
Le document s’enrichira au fil des jours et des semaines.
Dès qu’une idée est émise, il
faudra la noter », tient à rassurer Frédéric
Doreau. Après un ou deux mois, prenez un peu de temps
pour mettre le D.U. au propre. Et voilà, vous êtes
en règle !
« Nombre de patrons ont refusé longtemps de
réaliser le D.U. de peur de faire ressortir les points
noirs du site et de ne pas avoir ensuite les moyens de les
traiter. En réalité, la réglementation
ne les oblige pas à mettre en place des moyens de
sécurisation ! », précise le directeur
de l’A.R.A.C.T. Pas d’obligation de moyens,
ni de résultats… mais évidemment, l’objectif
est que vous preniez à cœur ce projet et que
vous tentiez de trouver des solutions adaptées à
votre situation. Regroupez votre équipe une seconde
fois pour cela, toutes les idées étant les
bienvenues.
Notez qu’en cas de « pépin » sur
un de vos employés, votre souci sécuritaire
plaidera en votre faveur…
L’avantage de la démarche du D.U. est double
: il diminue le risque d’accidents et de maladies
« à effet différé » (asthme
lié à la farine, douleurs liées à
l’usure) et il améliore l’organisation,
la fluidité et le confort du travail. Le personnel
est plus efficace, l’hygiène est meilleure,
l’énervement est au plus bas. Hé oui,
après l’effort… le réconfort !
Armand Tandeau
(1) Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs
Salariés.
(2) Action Régionale pour l'Amélioration des
Conditions de Travail.
(3) Le guide et un exemple de D.U. sont téléchargeables
sur le site de l’A.R.A.C.T. : http://www.paysdelaloire.aract.fr/pages/
modes_actions/projet/projet_prp.html
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