Comment est né votre engagement RSE au sein de la Minoterie Girardeau ?

“Déjà, quand ma mère a repris la minoterie en 1981 après le décès de mon père, elle a lancé la farine du « Feuillou », une farine pure sans additif. Ensuite, en 1987 on a repris la Minoterie Suire qui travaillait déjà le bio depuis 8 ans. Moi j’ai découvert doucement cette univers grâce à Louis Réthoré, “mon père spirituel” qui avait fondé Biofournil et m’a fait me rendre compte qu’on pouvait faire du pain sans acide ascorbique et sans produits chimiques.”

Comment avez-vous amorcé des changements plus verts dans votre minoterie ?

“On a commencé par embaucher un des anciens salariés de Biofournil, compagnon du devoir, afin qu’il développe des process pour que le pain bio soit moins compact, avec des fermentations à base de levain plus actif et, pour proposer des formations en ce sens aux boulangers. Finalement, dans les années 1990, nous avons même créé un fournil dédié au bio. On a beaucoup réduit les pétrissages pour réaliser un produit plus alvéolé. On a été très précoce dans le fait de dire qu’on ne voulait pas mettre d’additifs dans les pains spéciaux qui ont connu un boom entre 1985 et 1995.”

Pourriez-vous présenter la démarche Agriéthique dont vous êtes un des fondateurs ?

“Début 2008, le prix du blé a connu une flambée avant de retomber six mois après. Il fallait trouver un moyen de valoriser à son juste prix cette céréale sans qu’il ne soit influencé par des marchés financiers. On a ainsi fixé un prix rémunérateur sur trois ans aux exploitants agricoles en échange de leur garantie à adopter une démarche environnementale vertueuse. Cela a donné des arguments commerciaux aux boulangers : ils peuvent montrer à leurs clients qu’ils privilégient les circuits courts pour s’approvisionner en farine tout en permettant une juste rétribution de l’agriculteur. Désormais, elle est reconnue officiellement comme une démarche équitable du commerce nord-nord et s’applique aussi aux productions de sarrasin mais également de seigle.

Vous avez initié d’autres initiatives similaires comme le lancement de la filière CRC® (Culture Raisonnée Contrôlée) …

« L’objectif est de diminuer le poids des intrants dans les champs. Aujourd’hui, on produit transforme 90 000 tonnes de blé CRC, soit un tiers de nos volumes. La tonne coûte 25 euros plus cher mais on sélectionne un blé haut-de-gamme au niveau bactériologique et conservé sans insecticide de stockage. Une des conséquences pour le moulin c’est qu’il faut faire intervenir des alpinistes pour nettoyer les silos. A travers cette filière, on veut encourager nos artisans boulangers à fabriquer des pains plus sains, plus nutritionnels et plus gustatifs car on sait que c’est bon pour les consommateurs. »

Quels sont vos projets pour continuer à développer votre positionnement RSE ?

“On a pour objectif de réduire notre impact environnemental de 20% sur les dix prochaines années, en diminuant nos consommations électriques, de carburant, et en recyclant nos emballages. Depuis 2012, notre siège social se situe dans un bâtiment basse consommation, presque neutre : l’eau chaude provient par exemple de l’énergie solaire, le chauffage des locaux est assuré par de la géothermie, l’isolation est réalisée en laine de chanvre… On a aussi supprimé le film étirable autour des palettes, en le remplaçant par des points de colles entre les sacs. Ces derniers sont 100% biodégradables et recyclables, issus de foret éco-gérées avec des impressions à base d’encre à eau. Tous nos déchets alimentaires sont recyclés ou valorisés comme la farine déclassée qui part en méthanisation.”