Après le trou d’air observé en 2020 en raison de la crise sanitaire, 2021 est une année record en termes de nombre de fusions et acquisitions pour le secteur BVP avec 111 opérations. Cette forte activité est en phase avec ce que l’on observe pour l’ensemble du secteur agroalimentaire.

Cette forte activité est surtout visible hors Union européenne et Royaume-Uni.

En effet, on comptabilise 55 transactions majoritaires au sein de l’UE27 + Royaume-Uni. Ce chiffre est certes parmi les plus importants sur l’historique mais demeure inférieur au record recensé en 2019 (64 opérations). L’activité en France, notamment, est même en retrait significatif en volume par rapport aux dernières années.

Nombre d’opérations de fusions & acquisitions
Nombre d’opérations de fusions & acquisitions par zone géographique

Côté Amérique du Nord et reste du monde, en revanche, l’activité s’est révélée très dynamique. Outre-Atlantique, que ce soit aux Etats-Unis ou au Canada, le nombre de deals a atteint un record : 30 aux Etats-Unis et 7 au Canada. Les opérations ont également été nombreuses ailleurs, avec 19 transactions recensées pour 12 pays. En 2019, année du précédent record, seulement 13 opérations avaient été comptabilisées dans 11 pays.

Les points saillants à retenir pour 2021

1/ Une activité des fonds à l’achat toujours forte, notamment en Europe

Plus de 45 % de ces transactions ont été réalisées à l’achat par des sociétés financières (sociétés d’investissement, fonds financiers, family offices, industriels détenus par un fonds).

Habituellement très actives en Amérique du Nord (39 % des deals réalisés par des financiers), elles ont été davantage présentes en Europe (47 %), en particulier au Royaume-Uni et en Italie.

L’activité des fonds est bien souvent réalisée au travers d’un industriel qui sert de tête de pont aux sociétés d’investissement pour établir des build-ups. Ainsi, DOLCIARIA AQUAVIVA, entreprise de la BVP surgelée supportée par ARGON CAPITAL PARTNERS, a fait l’acquisition de DOLCE MILANO et d’UNIGEL sur le sol italien. Aux Etats-Unis, CROWN BAKERIES, parrainé par ARBOR INVESTMENTS, s’illustre avec deux nouvelles acquisitions. Au Canada, CHAMPLAIN FINANCIAL poursuit ses emplettes au travers de sa plateforme dédiée, HUMANITY BAKERIES.

2/ Les corporates à la manœuvre sur de gros deals

L’année 2021 a vu l’aboutissement de grosses opérations avec des valorisations à plus d’un milliard. Ces dernières découlent bien souvent de la volonté de grands groupes de se recentrer sur leurs actifs stratégiques.

Si les fonds d’investissement sont bien présents dans les grosses opérations d’acquisition, les industriels sont également actifs. Ainsi, la restructuration du groupe ARYZTA a non seulement bénéficié à la société de private equity LINDSAY GOLDEBERG mais aussi au groupe mexicain BIMBO qui a repris les actifs brésiliens et à HILCONA qui a récupéré l’activité sandwiches en Suisse. GEORGE WESTON s’est séparé de WESTON FOODS, permettant l’apparition d’un nouvel acteur de poids en Amérique du Nord dans la BV surgelée, le Canadien FGF BRANDS. MONDELEZ a réalisé l’acquisition de CHIPITA afin de diversifier son activité vers la viennoiserie préemballée et vers l’Europe orientale.

3/ Un dynamisme à l’achat accéléré par la crise sanitaire

La crise sanitaire a pu précipiter certaines décisions de cession d’activités non stratégiques ou, au contraire, accroître la recherche de diversification de ses métiers. Elle a également provoqué une volonté d’accélérer les agendas stratégiques des entreprises.

Parmi les acteurs très actifs à l’achat, on citera GRUPO BIMBO qui a réalisé cinq acquisitions au cours de l’année. Le leader mondial a cherché à diversifier son activité dans le snacking et la biscuiterie, à se renforcer dans son activité principale et d’élargir son empreinte géographique en Inde, au Brésil et en Espagne. Il a également effectué trois opérations en minoritaire en direct ou au travers de son fonds de capital-risque dans des start-up (produits low carb, vegan, sans allergènes).

A la tête de trois deals en 2021, CERELIA a été également très présent aux achats tant en Europe qu’en Amérique du nord.

Bien que ne jouant pas dans la même catégorie de taille, on peut également citer le Français HAFNER. Ce dernier consolide ses positions dans la pâtisserie fraîche et surgelée au travers du rachat de trois sociétés, deux au Canada et une en France.

L’année 2022 marquée par les tensions inflationnistes

L’année 2022 sera-t-elle aussi riche que 2021 ?

Le premier trimestre engrange déjà son lot de transactions, déjà réalisées ou annoncées. Parmi elles, une grosse opération à venir en France avec la mise en vente de MARIE BLACHERE pour un montant qui dépasserait le milliard d’euros. Si on prolonge la tendance, l’année 2022 pourrait être un bon cru en matière de fusions et acquisitions sans toutefois réitérer le record de 2021.

Les réserves de liquidités sont toujours abondantes sur le marché. Par ailleurs, le contexte de crise actuel est favorable à la transmission d’entreprises familiales, obligées d’innover, d’investir et de transformer rapidement leurs organisations. Les nouvelles préoccupations, tournées davantage vers des questions environnementales et sociétales, incitent également les anciennes générations à accélérer le passage de témoin.

La réponse découlera en partie de l’impact de l’inflation des charges sur les entreprises, que ce soit au niveau des coûts des matières premières agricoles, de l’énergie, des emballages, de la main d’œuvre et de la logistique. Les tendances inflationnistes pourraient pénaliser les discussions lors de la mise en vente de certaines entreprises dont la valorisation serait revue à la baisse. Le risque est plus important aux Etats-Unis, où l’inflation est plus forte qu’en Europe. Cet enjeu monte d’un cran depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il s’y ajoute un risque de marché pour les entreprises exposées à l’exportation vers ces deux pays et/ou un risque industriel pour celles qui y disposent d’installations. On ne peut exclure des effets d’opportunités.

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