Ces derniers jours la rumeur a grondé au sujet de la hausse générale des prix, suspectant un abus lié au contexte économique et du conflit en Ukraine, massivement gagé d’être la cause de l’inflation.

Le sénat a émis un rapport pour clarifier la situation des prix, leurs causes et partager certaines explications.

La synthèse rapporte en ces mots :

« La forte inflation observée sur les produits de grande consommation, notamment alimentaires, s’explique par plusieurs facteurs, et essentiellement par la combinaison de la reprise économique mondiale soudaine en 2021 et d’aléas climatiques extrêmes. Ces facteurs ont entraîné une envolée spectaculaire du prix des matières premières agricoles et industrielles dès l’an dernier, entretenue notamment par les craintes des États et entreprises de manquer d’approvisionnement. La guerre en Ukraine, si elle n’a pas provoqué cette inflation, l’a en revanche renforcée et accélérée. »

« Autrement dit, il ne semble pas y avoir de phénomène massif de « hausses suspectes », comme avancé dans le débat public, c’est-à-dire des tentatives généralisées de la part des industriels de profiter d’un effet d’aubaine. Aucun acteur entendu, pas même les distributeurs ayant fait part de leurs doutes, n’a été finalement en mesure de prouver le contraire. Des pratiques contestables de la part de certains distributeurs et industriels ont cependant été mises au jour par le groupe de suivi, comme le chantage à la rupture de stock ou le fait d’augmenter les prix dans les rayons sans même que le tarif d’achat ait augmenté.

Quant à la loi « Egalim 2 », qui régit les relations commerciales, inflationniste par construction, elle a permis de sanctuariser les matières agricoles dans les négociations commerciales. Elle doit cependant être adaptée à la période actuelle de renégociations commerciales permanentes. »

« Au total, l’inflation, inférieure en France à celle constatée chez nos voisins, devrait se poursuivre et atteindrait 7 à 10 % en septembre 2022 pour les produits de grande consommation, soit une hausse de 45 € environ du panier moyen mensuel. Combinée à l’augmentation du prix de l’énergie (+ 33,1 % en juin 2022 sur un an), l’inflation ampute significativement le pouvoir d’achat des Français. La mission, sceptique sur la politique de chèques du Gouvernement, appelle à des mesures favorisant l’augmentation des heures supplémentaires et la revalorisation des salaires. »

Marginalement, des hausses injustifiées

En juin 2022, l’inflation en France sur un an s’est établie à 5,8 %, en raison du coût de

l’énergie et de la hausse des prix produits alimentaires (eux aussi à + 5,8 %). C’est inédit depuis une trentaine d’année.

Elle est la traduction directe de l’envolée spectaculaire du prix des matières premières agricoles et industrielles, expliquée à la fois par la reprise économique en 2021 (demande en hausse, offre encore désorganisée), les aléas climatiques extrêmes (dôme de chaleur au Canada, sècheresses, gel tardif, etc.) et, plus récemment, la guerre en Ukraine. Cette dernière expliquerait environ 30 % de l’inflation constatée. Plus faible que dans les pays voisins, l’inflation devrait encore s’accroître à la rentrée, pour ne se stabiliser qu’en fin d’année.

Hausse des prix en début de chaîne (capture d’écran du rapport du Sénat)
Bilan des catégories qui ont le plus augmenté en juin 2022 (capture d’écran du rapport du Sénat)

Face à ces hausses de coûts, les industriels ont deux choix : soit ils tentent de les répercuter en demandant des hausses de tarifs à la grande distribution, soit ils les supportent sans les répercuter, ce qui signifie qu’ils rognent considérablement leurs marges, déjà malmenées par neuf ans de déflation des prix alimentaires. La grande distribution, elle, a le choix entre trois options : soit elle refuse les hausses de tarifs, soit elle les accepte mais ne les répercute pas (elle comprime ses marges), soit elle les accepte et les répercute dans les rayons.

L’année 2022 est donc inédite au regard des négociations commerciales : les tarifs conclus au 1er mars 2022 sont rapidement devenus caducs compte tenu de la flambée des coûts, entraînant des renégociations (toujours en cours) sur plus d’un millier de produits de grande consommation.

Concernant la suspicion d’abus

« Certes, au niveau mondial, il est possible que certains acteurs financiers aient profité de la situation pour augmenter leurs achats de céréales et autres matières premières, en vue de réaliser une plus-value à la revente, et accentuant ce faisant la hausse des cours. Cela milite pour une action internationale plus ferme en faveur d’une limitation des mouvements purement spéculatifs sur les marchés de matières agricoles.

Mais, au niveau national, il ne semble pas que les hausses injustifiées soient légions.

Interrogés sur ce constat, les distributeurs ont finalement indiqué qu’ils déploraient, plutôt, une transparence qu’ils jugent insuffisante de la part de certains industriels, qui les contraindrait à analyser eux-mêmes la véracité des hausses demandées. Ils ont ensuite indiqué qu’une fois ces recherches effectuées, ils n’étaient pas en mesure, au-delà de certains exemples, de dire finalement combien de hausses de tarifs étaient réellement exagérées.

Les travaux du groupe de suivi ont mis à jour certaines pratiques contestables, de la part des distributeurs et des industriels, aiguisant fortement les tensions, et menaçant de déboucher sur des ruptures d’approvisionnement prochainement.»

Extrait du rapport du Sénat concernant les tensions réelles

Exemples de pratiques :

• des hausses de tarifs sur l’eau minérale allant de + 8 % à + 22 % selon les fournisseurs, ou de 3 % à + 15 % pour les glaces ;

• des distributeurs prêts à rompre le contrat pour continuer à être approvisionnés à « l’ancien » tarif durant le préavis (pouvant aller jusqu’à 12 mois, soit... les prochaines négociations), et qui augmentent tout de même, en parallèle, les prix dans les rayons ;

• des demandes de transparence s’apparentant à de l’ingérence de la part des distributeurs.

Vous pouvez consulter le rapport du Sénat ici.

Les auteurs du rapport sont Sophie Primas (Présidente de la commission Sénateur (Les Républicains) des Yvelines), Daniel Gremillet (Président du groupe de suivi « Egalim » Sénateur (Les Républicains) des Vosges), Anne-Catherine Loisier (Rapporteure de la loi « Egalim 2 » Sénatrice (Union Centriste) de la Côte-d’Or).

http://www.senat.fr/co mmission/affaires_ec onomiques/index.html

Réaction de Dominique Chargé, Président de La Coopération Agricole, suite à la parution du rapport du Sénat sur l’inflation :

«La Coopération Agricole tient à saluer le rapport du Sénat publié ce matin : le diagnostic réalisé sur l’inflation confirme ce que nous avançons depuis des mois. L’inflation des matières premières agricoles et industrielles a bien commencé avant même le début de la guerre en Ukraine, ce conflit n’ayant fait qu’amplifier et accélérer la trajectoire haussière. Il est donc désormais prouvé que les accusations de spéculation formulées ces dernières semaines sont infondées et inacceptables ! Les Sénateurs l’ont eux-mêmes affirmé : les industriels ne peuvent pas vendre à perte d’autant plus que l’inflation va se poursuivre.

A la veille du nouveau Comité de suivi des négociations, il n’y a plus place pour les fausses polémiques ni les manœuvres dilatoires : les distributeurs doivent prendre leur responsabilité auprès des acteurs de la chaîne alimentaire et dans les magasins. Les renégociations commerciales, enclenchées début avril, doivent maintenant aboutir afin de permettre la continuité de nos activités à moyen et à long terme, et d’assurer la pérennité de nos filières en France