Alors qu’au mois d’octobre, les cours du blé affichaient des niveaux déjà élevés avec des prix entre 200 et 240 €/t rendus (1), mi-décembre ils atteignaient 300 €/t. Pour mars 2022, les cotations annoncées tournent autour de 285 €/t. Une petite baisse liée aux bonnes récoltes dans l’hémisphère sud. Récoltes qui ont lieu en ce moment, avec des gros producteurs comme l’Argentine, l’Australie. « Les marchés restent toutefois bien déboussolés, confirme Matthieu Brun, responsable des études au club Demeter(2). Contexte sanitaire, comme avec le variant Omicron, cours du colza, du maïs, disponibilités en hydrocarbures, prix du gaz… Toute annonce liée à l’un de ces facteurs perturbe les cours qui restent très volatils. Autre élément qui va probablement entrer en ligne de compte, le prix des engrais. Le colza étant moins gourmand pour ce type d’intrant, les agriculteurs risquent de se reporter sur cette culture, au détriment du blé. Mi-décembre, les assolements n’étaient pas encore connus avec précision, les semis de blé ayant lieu jusqu’à début décembre. Nous en saurons plus au début de cette année 2022. Globalement les marchés restent très déséquilibrés entre l’offre et la demande. Certains pays ont anticipé car, avec de faibles stocks, ils ont passé commande, comme la Turquie, le Bangladesh… Selon la FAO, l’indice des prix des denrées alimentaires, notamment le lait, et bien sûr le blé, a augmenté de 30 % en un an, plus précisément entre novembre 2020 et novembre 2021. Pour de nombreux pays, l’équilibre est complexe entre approvisionnements de sécurité et cherté des matières premières. »

Sarrasin, les aléas climatiques ont fait chuter l’offre

En France, le sarrasin est produit en tant que culture principale essentiellement en Bretagne. Dans les autres régions, il est conduit en tant que culture secondaire, implanté en juillet après un blé ou une orge récoltés tôt. « C’est cette particularité qui explique l’augmentation des prix en cette fin d’année, précise Michel Le Friant, responsable des métiers du grain au sein du groupe coopératif breton Eureden. En raison de la météo humide de juin et juillet 2021, les céréales ont été récoltées tardivement. Le sarrasin, qui n’est pas une graminée, mais de la famille des polygonacées, comme l’oseille, et qui prend le nom de « blé noir » lorsqu’il est transformé en farine, n’a pas pu être semé. Alors que les prix « rendu moulin » oscillent en année normale entre 600 et 700 € la tonne, nous sommes fin décembre à des tarifs entre 850 et 900 € la tonne. Des cours à la hausse qui devraient perdurer jusqu’à la prochaine récolte, du fait de la diminution de l’offre. En revanche, comme pour le blé, l’incidence est mineure dans le coût de revient d’un pain. Ici, en Bretagne, nous disons plutôt que l’impact est dans la crêpe ! »

Dominique Péronne

(1) Prix donnés lorsque le blé est prêt à être embarqué au port.

(2) Le club Demeter est une association regroupant des entreprises des secteurs agricole et agroalimentaire orientées analyse des marchés.