« Il n’y a pas de mauvais cacao, juste un mauvais travail post-récolte. Seule 10 % de la production mondiale est correctement fermentée, dans des caisses en bois », assure le chocolatier Christophe Bertrand, à l’origine du Club des Chocolatiers engagés. L’histoire commence en 2017 quand la Camerounaise Aristide Tchemtchoua, 30 ans, le contacte via Facebook. Elle vit à Yaoundé et préside la coopérative Cacao de Nkogekogo ScoopsCa. Elle veut lui vendre des fèves. « Aristide a emprunté l’argent nécessaire pour m’envoyer 200 kg. Quand j’ai reçu son cacao, j’ai constaté qu’il n’était pas bien fermenté. J’ai décidé de rencontrer ces cacaoculteurs du Cameroun. » Sur place, il comprend que toute la filière doit être structurée pour rendre la production durable et économiquement viable.

Fèves de cacao fermentées correctement dans des caisses en bois. Club des chocolatiers engagés

Achat direct aux producteurs

Le bureau directeur de la Confédération des chocolatiers & confiseurs de France est mobilisé, puis les couverturiers (Weiss, Puratos, Domori, Morin…). En octobre 2020 naît le Club des Chocolatiers engagés, animé par neuf bénévoles et présidé par le chocolatier Daniel Mercier. De façon responsable, ils travaillent avec des coopératives de cacaoculteurs qui fixent le prix de vente. La production respecte l’environnement, les récoltes sont préfinancées et suivent un protocole post-récolte précis. Les femmes, présentes au conseil d’administration, gèrent les recettes et la mise en place d’épargnes.

Quelque 300 tonnes de cacao de qualité ont été livrées en 2022. L’association replace ainsi les producteurs au cœur du processus de création et de transformation. « Nous achetons les fèves fermentées et séchées à 2,50 €/kg, soit trois fois le prix pratiqué habituellement. Cela a changé la vie de 1 700 familles,précise Christophe Bertrand, vice-président de l’association. On a supprimé une dizaine d’intermédiaires. Avec le transit, le cacao du Cameroun nous revient à 4,30 €/kg. » Sept coopératives paysannes coexistent, un espace de stockage et une école ont été ainsi construits.

Fèves de cacao rouge du Cameroun (IGP) fermentées dans des caisses en bois. © A. Valois

Développer d’autres projets

Christophe Bertrand emmène ses confrères et amis, qui sont souvent des MOF, découvrir la filière, et discuter avec Aristide et ses collègues. Soixante-dix professionnels se sont déjà rendus sur place. En mai dernier, l’ont accompagné les pâtissiers Laurent Le Daniel, Aurélien Trottier, Arnaud Lahrer, Bruno Le Derf, chocolatier, et les boulangers-pâtissiers Benoît Castel et David Baillon. Ce mois-ci et en janvier 2023, d’autres professionnels visiteront les plantations. En perspective, des parcelles cultivées en agroforesterie où les cacaoyers côtoieraient des manguiers et avocatiers offrant des revenus réguliers aux paysans.

Christophe Bertrand communique par WhatsApp avec Aristide Tchemtchoua, qui vient chaque année au Salon parisien du chocolat. © A. © Valois

Le Club des Chocolatiers engagés, reconnu d’utilité publique (60 % du montant de l’adhésion est déductible de l’impôt), souhaite accompagner des coopératives de cacaoculteurs au Bénin et au Togo. En Équateur et en Colombie, des projets s’inscrivent dans leur philosophie.

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Alexie Valois