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blé - Bilan des moissons : les blés CRC sont toujours en progression
Les filières AB et CRC ont su trouver une voie équilibrée entre rendement agricole et responsabilité environnementale.

Bilan des moissons : les blés CRC sont toujours en progression

Surfaces cultivées, agriculteurs engagés, volumes produits… Les blés tendres labellisés CRC progressent d’année en année. Après une chute en 2020, le bilan de la moisson 2021 est de nouveau très positif.

Armand Tandeau

Il n’aura échappé à personne que les meuniers et les coopératives s’engagent totalement sur la culture de blés responsables. La certification Culture raisonnée contrôlée (CRC) est un socle pour deux tiers des farines Label rouge et figure, avec le label AB, parmi les plus populaires en boulangerie artisanale. Son coût de production reste encore très compétitif pour s’inscrire dans une offre ordinaire, le plus souvent à travers une gamme de pains premium : baguettes de tradition française, pavés rustiques au levain, tourtes à l’ancienne… Cette progression n’est pas uniquement d’ordre marketing ou sociétale car elle se traduit en champs, dans les surfaces cultivées (emblavées) et les volumes de blé récoltés.

Le blé cultivé en CRC jouit d’une bonne image en artisanat. © A.TANDEAU

Un bond à relativiser

Pour la moisson 2021, la filière CRC annonce une surface emblavée de 96 000 hectares et une récolte de 600 000 tonnes (données estimatives provisoires), soit une hausse record des parcelles (+34 %) et des volumes (+49 %). Il faut toutefois mettre ces chiffres en corrélation avec leur contexte : la production de blé tendre en France a été bien meilleure que celle de l’année dernière. En effet, au 1er octobre, la récolte 2021 est estimée à 35,2 Mt, alors que celle de 2020 était de 29,2 Mt (on notera au passage la baisse de 0,9 Mt par rapport au chiffre du 1er septembre communiqué dans La Toque Magazine no 328­, p. 7). En termes de surfaces emblavées, même constat : on atteint 4,9 Mha en 2021 alors qu’on était à 4,3 Mha en 2020. « La récolte 2020 a été historiquement basse pour tous les céréaliers français en raison des conditions climatiques : un automne 2019 pluvieux, qui a empêché les semis dans certaines régions, réduisant les surfaces emblavées, et un printemps très sec qui a contrarié la croissance des blés. En comparaison avec l’année précédente (2019), nous notons une chute en surfaces emblavées (-10  %) et en volumes récoltés (-28  %), alors que le nombre d’agriculteurs sous contrat CRC a été plus nombreux (+4 %) », explique Lætitia Humé, responsable média de la filière CRC. La montée en puissance des blés CRC cette année est donc bien réelle, mais doit être relativisée au vu des chiffres particulièrement bas de l’année précédente.

Les farines CRC sont très prisées en panification de tradition française. © A.TANDEAU

Une demande tirée par le marché

En revanche, si on compare 2021 avec 2019 (une année très satisfaisante en termes de quantité), on obtient une progression des surfaces (+16,8 %) et du volume de production (+7,2 %), alors que le contexte national est plutôt en recul sur cette période (-1,1 % des surfaces et -10,8 % des volumes). Et si on remonte sur 5 ans (2016), la hausse est encore plus nette : +56 % des surfaces et +64 % des volumes. La production des blés CRC est donc très clairement en progression depuis 2016, de l’ordre de 11-13 % par an. Comment expliquer une telle percée ? « On peut apporter plusieurs éléments de réponse qui se combinent. La première est d’ordre marketing : la demande pour des céréales CRC sur le marché ne cesse d’augmenter. La boulangerie artisanale et l’industrie sont très demandeuses de ces farines. La seconde raison est agricole : il faut savoir qu’un agriculteur engagé en CRC ne plante que parce qu’il a un débouché assuré, avec un système de réservation en amont. Nous notons toujours plus d’agriculteurs engagés en CRC (3 500 en 2021, soit +14 % par rapport à 2019 ou +55 % par rapport à 2016). Il y a donc mécaniquement davantage de surfaces cultivées en CRC. De plus, à l’automne 2020, contrairement à 2019, toutes les surfaces attendues en CRC ont été emblavées. Tout ceci explique le rebond observé », reconnaît-elle. Précisons toutefois que les bons chiffres annoncés par la filière CRC ne sont pas définitifs. Ils devraient être affinés courant novembre.

Retour en force

En termes de qualité, les résultats de la moisson devraient logiquement être corrélés aux données nationales, c’est-à-dire qu’ils devraient être plutôt bons. « Concernant les données qualitatives (teneur en protéines, poids spécifique, force boulangère…), nous attendons toujours les retours du terrain. C’est encore un peu tôt pour se prononcer. Idem pour les blés CRC sans résidus de pesticides, une filière en phase de test pour la première campagne. Pour les artisans intéressés, nous communiquerons de manière plus détaillée sur la récolte lors de notre assemblée générale qui se tiendra début décembre », annonce-t-elle. Après une année 2020 assez désastreuse (comme pour toute la filière blé en France), la production de blés tendres CRC renoue avec la croissance. C’est donc une bonne nouvelle pour les artisans qui ont misé leur développement sur ces farines et pour les meuniers qui s’engagent toujours plus vers cette filière (le CRC représente 10 % des blés français écrasés par la meunerie française).

Armand Tandeau
Et la récolte de blé bio ?

Les données 2021 sont encore trop partielles. On peut néanmoins affirmer que le marché du bio est très dynamique et que l’agriculture biologique est désormais un pilier de la production agricole française. Les parcelles certifiées ou en conversion représentent 9,5 % de la surface agricole et, sur les 5 dernières années, les surfaces engagées en bio ont été quasiment multipliées par 5. Entre 2019 et 2020, les grandes cultures certifiées bio enregistrent également une progression forte (+29 %), portée surtout par les oléagineux (+64 %) et dans une moindre mesure par les céréales (+24 %), même si les conversions sont en recul sur cette période (-11 %). La production de farine bio a également augmenté entre 2019 et 2020, passant de 140 000 t à 152 000 t, soit +8,57 %, alors que la production nationale de farines était en léger recul à cause du ralentissement lié à la crise sanitaire (3,8 Mt écrasées contre 3,93 Mt en 2019).

Sources : Agence Bio, ANMF

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