Fin septembre, sur une grande radio généraliste, le médiatique Michel-Édouard Leclerc justifiait la hausse du ticket moyen dans les grandes surfaces en affirmant que « les agriculteurs avaient augmenté leurs prix de vente  ».

« Ce raisonnement vaut pour les producteurs de fruits, de légumes… Mais sûrement pas pour les producteurs de blé, qui sont tributaires des cours mondiaux et qui n’ont aucune capacité à influer sur ceux-ci, explique David Meder, directeur céréales de la coopérative EMC2 (Meuse). Depuis plusieurs semaines, nous assistons à une envolée des cours du blé, passés de 170 à 240 €/t, prix rendu Moselle (c’est-à-dire la marchandise arrivée au port de Metz). Du jamais vu depuis plusieurs années »

Hausse des marchés financiers

« Cette volatilité s’explique par une conjonction de plusieurs phénomènes, précise Laurent Crastre, analyste des marchés grains chez Refinitiv (1). La mauvaise collecte de blé en Europe de cet été et une récolte catastrophique au Canada et aux États-Unis sont les premiers événements qui ont joué. Et comme depuis dix ans les marchés anticipent les disponibilités, ils sont très sensibles à toute nouvelle annonce. Les stocks sont très bas au Royaume-Uni et en France. D’une façon générale, les prix des matières premières sont corrélés. Le marché du blé destiné à l’alimentation humaine est lié à celui de l’alimentation animale. La Chine, grande consommatrice d’une façon générale, a reconstitué son cheptel porcin, d’où une forte demande en céréales. Cette demande tend à s’aplanir. Un autre phénomène joue également : les injections massives de liquidités opérées par les banques centrales en raison de la pandémie, générant une hausse des marchés financiers. Quant à la baisse du dollar, elle provoque mécaniquement une augmentation des cours des commodities tels blé, pétrole… »

« Le prix du blé n’intervient que pour 5 à 6  % dans celui du pain, rappelle David Meder. Et c’est sûrement l’augmentation de celui de l’énergie, des transports, des emballages qui va amener les boulangers à majorer leurs tarifs, s’ils le font. »

Marges réduites

Benoît Watrin, producteur de grandes cultures en Lorraine, souligne qu’il n’a jamais connu de cours du blé aussi haut depuis 2010. Il fera une bonne année 2020-2021 sur le plan comptable, mais comme ses collègues agriculteurs, il s’inquiète déjà pour la campagne 2021-2022. « Les engrais azotés ont doublé, précise-t-il. Ce qui va influer sur nos charges. De même que le fioul, l’électricité… Si les cours des céréales reprennent un niveau “normal” et que nos charges augmentent encore, nos marges seront réduites. Et nous devons travailler, à horizon d’un an, le temps d’une campagne céréalière, avec toutes ces incertitudes et ces amplitudes. »

Dominique Péronne

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(1) Fournisseur de données et d’analyses financières intégré au London Stock Exchange Group.