Qui peut devenir meunier ? Comment se passe la transmission quand il s’agit de transmission familiale ? Comment fait-on pour prendre la suite et emmener l’entreprise vers l’avenir ?

Faites connaissance avec l’un d’entre eux, Julien Bertho du Moulin Bertho.

(Ceci est l’interview intégrale dont vous retrouvez des extraits dans le podcast Le Moulin à Paroles : Mais meunier, tu ne dors pas ?)

Transcription :

LTM : Julien Bertho, bonjour, alors vous êtes fils de meunier, même d’une longue lignée de meuniers qui compte sept générations. Et là, vous avez 23 ans. Quelle va être la suite pour vous? Est ce que vous allez reprendre derrière votre papa? Ou comment ça se passe?

Julien Bertho : Bonjour. Alors oui, en effet, je suis un fils de meunier, une longue lignée de meuniers, comme vous l’avez dit, depuis 1770, sept générations se sont succédées à la minoterie Bertho. Mon père, Jean-Pierre Bertho, a repris le moulin en 1992 et toujours depuis ; je suis né en 1998, j’ai aujourd’hui 23 ans. Comme vous l’avez dit, je suis, je vis dans le quotidien, avec le quotidien d’un père meunier et donc j’ai pu apprendre, au fil des années, un peu le métier et voir un peu les aspects, les points forts et les points faibles du métier et un peu penser à l’avenir. Je veux vous parler un peu de mon parcours. J’ai étudié en Bretagne, à Plumelec, proche du moulin, un moulin dans le Morbihan, situé à côté de Vannes, à une vingtaine de minutes en voiture. Donc, j’ai étudié là-bas jusqu’à mes 12 / 13 ans. Ensuite, je suis parti pour le foot un peu plus loin dans les Côtes d’Armor durant deux ans. Ma première priorité était de devenir footballeur professionnel. Pendant de longues années, j’ai songé à faire une carrière de foot professionnel.

LTM : Pas du tout la meunerie dans un premier temps?

Julien Bertho: Pas du tout. C’est vrai que je suis un passionné de sport, un passionné de foot, un passionné de tennis. Mais j’ai opté pour le foot très tôt, avec un père qui m’a très vite soutenu dans dans n’importe lequel de mes projets. Lui ayant vécu une vie uniquement, entre guillemets, autour du moulin, il a voulu me laisser vivre ma vie et et réaliser mes rêves. Donc c’est pour ça que je suis parti très tôt, j’ai vécu une bonne petite carrière de football amateur. Je suis parti en pôle espoirs puis ensuite en centre de formation. J’ai presque signé un contrat professionnel. Au final, ça ne s’est pas fait. Je suis ensuite parti, grâce au foot, pendant quatre ans, faire des études de finances aux États-Unis. Et puis me voilà de retour maintenant depuis un peu plus d’un an, en France. Donc voilà. Concernant le moulin, c’est vrai que dans un premier temps, je n’étais pas forcément ultra intéressé pour reprendre le moulin en toute transparence. J’ai aussi un grand frère qui a travaillé pendant longtemps au moulin, donc, avec mon grand frère, mon père a pu en discuter comme il a pu en discuter avec moi dans un premier temps. Mon grand frère était peut-être un peu plus intéressé par le métier que ce que j’étais. Et au fil du temps, la tendance s’est totalement inversée. Mon grand frère s’est plutôt orienté vers une carrière de pompier. Et moi, le métier de meunier, l’évolution du métier de meunier, m’a de plus en plus conquis. Et c’est vrai qu’au fil des années, j’ai songé, à d’abord commencer à travailler en été, lorsque je rentrais en vacances des États-Unis, ou même des fois, entre deux saisons de foot. J’ai commencé par des livraisons, par l’ensachage, par toutes les tâches quotidiennes qui régissent un moulin et dont un moulin a besoin pour fonctionner. Et c’est vrai qu’au fil du temps, je me suis intéressé de plus en plus à pas mal d’autres domaines, notamment la communication, l’évolution future, travailler sur des choses qui peuvent éventuellement se passer dans de nombreuses années. C’est vrai qu’au fil du temps, j’ai compris que c’était un métier qui me correspondait beaucoup, qui pouvait, pourquoi pas, me permettre de voyager aussi dans le futur. C’est pour ça que l’évolution du métier m’a permis de devenir très intéressé, puis aujourd’hui quasiment obnubilé par le métier de meunier et la perception que j’en ai. Donc, oui, à l’avenir, je pense reprendre le moulin. Après, quand, on a encore du temps, je pense que mon père a encore de nombreuses années devant lui pour être à la tête du moulin. Et j’ai encore de nombreuses années devant moi pour apprendre à ses côtés et peut-être aux côtés d’autres personnes également.

LTM : Mais qu’est ce que vous voyez comme évolution dans le secteur ? J’ai l’impression quand même qu’il y a des profils très, très différents de meuniers parce qu’il y a différentes tailles de moulins. Vous on parle de quelle taille ? À peu près ?

Julien Bertho: Alors nous, on est souvent décrit comme un moulin à taille humaine. On est un moulin local où la proximité avec nos clients est ce qui nous caractérise. Généralement, lorsque des gens parlent de la minoterie, c’est une relation très étroite avec leurs clients. Et c’est dans cette direction que mon père a toujours voulu faire évoluer le moulin. Après, c’est clair qu’au fil des années, si je compare par exemple l’évolution du travail de mon père de quand j’étais très petit à aujourd’hui, j’ai pu voir l’évolution du métier à travers son évolution personnelle. Dans un premier temps, ils n’étaient que deux ou trois à travailler au moulin. Il était entouré d’un chauffeur-livreur et d’un commercial. Au fil des années, l’équipe s’est agrandie avec des spécificités pour chaque position dans l’équipe.

LTM : Et, en termes d’avenir, du métier d’évolution du secteur de la meunerie. Parce que quand on voit qu’il y a différents types de moulins, différentes tailles, comme le vôtre...

Julien Bertho: Alors déjà, avant de répondre à la question, je voudrais revenir sur la première question, je pense que c’est un métier très différent de tous les autres métiers. On peut le voir autour de nous, que ce soit notre moulin ou quasiment la majeure partie des autres moulins en France. C’est souvent une histoire de famille. Ce n’est souvent pas une vocation, mais plus une passion. Donc je pense que le métier de meunier, au-delà de n’importe quel argument qu’on peut donner pour le caractériser, je pense que c’est plutôt une histoire de passion. C’est une histoire de famille. Et c’est pour ça que c’est un des métiers aujourd’hui, je pense en France - il faudrait regarder les stats - qui se transmet le plus de père en fils ou de père en fille ou de mère en fille, ou de parents à enfants. Et comment est-ce-que je vois l’évolution du métier ? J’ai souvent discuté avec mon père, lorsqu’il a repris le moulin en 1992, il était en désaccord avec son père sur pas mal d’aspects parce qu’ils n’avaient pas forcément la même vision du métier. Mon père voyait un peu plus loin que ce qui se passait à l’époque. Le moulin, jusqu’en 1992, s’occupait de la montée de l’alimentation animale. Mon père a voulu très vite se spécialiser pour l’alimentation humaine et à l’époque, alors aujourd’hui, quand on en parle en 2021, ça peut sembler logique pour tout le monde et évident, mais c’est vrai qu’à l’époque, ça ne l’était sans doute pas pour la majeure partie des moulins en France. Certains ont dû faire des choix. Mon père a sans doute fait des bons choix à l’époque parce que beaucoup de moulins n’ont pas forcément survécu. Et aujourd’hui, on arrive à un autre tournant où depuis trente ans quand mon père a repris le moulin, et durant ces 30 années, peut-être plus particulièrement dans les 15 dernières, le métier de meunier a constamment évolué. Là où, à l’époque, les gens mangeaient du pain parce que c’était probablement une nécessité, c’est-à-dire que tout le monde mangeait du pain parce que c’était dans les mœurs de la société. On mangeait du pain comme on allait prendre sa douche ou on allait dormir. C’était logique. Aujourd’hui, les gens voient à travers le pain beaucoup plus de choses qu’une simple nécessité. Je pense qu’aujourd’hui, le pain traduit une émotion, comme peut le traduire n’importe quel autre aliment. Ce n’était pas forcément le cas avant, il me semble.

LTM : Une notion de plaisir, de santé, ça devient un peu plus complexe parce qu’il y a une espèce d’histoire qui continue, qui se poursuit.

Julien Bertho: Voilà une histoire qui continue, qui se poursuit quand on regarde depuis maintenant de nombreuses années. D’ailleurs, c’est ce qu’on appelle souvent une farine spéciale ou un pain spécial parce que chaque pain, chaque farine a son utilité et traduit un moment, une émotion. On a des pains qui sont plus tournés vers la période des fêtes et qui correspondront plus à certains événements. On a peut-être même des pains qui caractériseront plus une période triste d’une personne. Chaque pain a sa spécificité, son lot d’émotions. Et je pense que le métier de meunier continue d’évoluer vers ça. Parce qu’il y a encore quelques années, peut-être que de nombreux meuniers, de nombreux boulangers pouvaient peut-être pas encore savoir à quel point on pouvait faire progresser ce métier, à quel point on pouvait proposer de la diversité aux gens. Donc avant tout, un meunier, c’est pour moi un créateur et une personne qui aussi se remet en question au quotidien, qui permet d’apporter un réel plus à ses clients boulangers qui pourront, eux, ensuite apporter un réel plus à leurs consommateurs. Voilà comment je le traduits et et mon père me parle souvent de ses expériences passées. Il a travaillé dans un moulin à Paris quand il était jeune et il a pris cette décision contre le gré de son père pour pouvoir se former un petit peu plus loin et s’ouvrir de nouvelles portes, non pas en termes de clients, mais en termes d’idées. Et il me dit souvent que ce voyage a sans doute changé sa vie et que sans ce voyage, il n’aurait probablement jamais réussi à développer le moulin et élaborer autant de nouvelles farines. Donc, à mon niveau et au niveau de tous les autres meuniers de France, je pense que c’est encore un enjeu depuis maintenant une quinzaine, vingtaine d’années. Le meunier a besoin de se remettre en question constamment, de penser aux besoins des gens, aux besoins des consommateurs, aux besoins de ses clients en premier lieu.

LTM : Et de communiquer également. C’est un petit peu la faiblesse du secteur de se mettre en valeur.

Julien Bertho: J’ai une belle anecdote à ce niveau là. Ça fait maintenant de nombreuses années que j’avais incité mon père à ce qu’il fasse son site internet. Je l’ai pas mal aidé dans l’élaboration du site puis ensuite les réseaux sociaux. Ce sont des choses en lesquelles mon père ne croyait pas forcément dans un premier temps. Et c’est vrai qu’avec l’appui de la jeunesse, en plus avec une équipe qui s’est renouvelée depuis maintenant quelques années, on a, dans les quatre dernières années eu l’arrivée de 4 personnes âgées de moins de 30 ans. Ce n’est pas pour dénigrer les personnes plus âgées, mais forcément, ça a apporté une vague de fraîcheur au sein du moulin et on sent avec le temps, lorsqu’il voit un petit peu les résultats et les retombées, même les clients apprécient cette relation. Mon père ne croyait qu’en le face à face et il se rend compte que cette relation, des fois, virtuelle, qui ne remplacera bien sûr jamais le face à face, mais par exemple, pendant le temps de Covid, ça a clairement permis au moulin de garder une relation étroite et de pouvoir soutenir nos clients, et échanger avec eux de manière quotidienne, comme si la vie était normale. Et ça n’a fait qu’amplifier notre joie de retrouver tous nos clients au moment de la levée de la majeure partie des restrictions sanitaires. Donc, c’est un exemple parmi tant d’autres pour montrer que, au sein même du métier de meunier, là où avant la base était de fabriquer de la farine et de la vendre...

LTM : ça va plus loin, plus de choses, c’est un service plus complet autour. Petite question : si, votre papa, aucun de ses fils ne voulait reprendre, est-ce-que n’importe qui peut devenir meunier ? Ou comment ça pourrait se passer, comment et vers qui il se serait tourné? En fait, il ne vous aurait peut-être pas forcé, puisque ce n’est pas dans l’air du temps désormais, de forcer les enfants. En plus, il a l’air ouvert d’esprit, donc, s’il ne voyait pas d’intérêt particulier de votre côté, qu’est-ce qu’il aurait fait ?

Julien Bertho: Je pense que ça, déjà, ça aurait été très dur. Ça aurait été très dur pour lui. J’ai encore ma grand-mère. Je pense que ça aurait été très dur pour ma grand mère. Ma grand-mère habite juste à côté du moulin, à Guéneau. C’est une petite commune. Il y a les cousins de mon père. C’est vrai qu’il y a un certain engouement autour autour du moulin Bertho qui est sans doute la plus grosse entreprise de cette petite commune et beaucoup de personnes ont énormément de sympathie pour, que ce soient les salariés ou le patron ou toutes les personnes qui sont autour. Après, dans son cas et dans mon cas, je pense que si je n’avais pas repris le moulin, comme vous l’avez dit, ça n’aurait pas posé de problème. D’ailleurs, il me l’a toujours répété qu’il ne voulait en aucun cas que le moulin devienne un fardeau pour moi, mais que ce soit une réelle vocation ou en tout cas un réel désir, si jamais un jour je souhaitais le reprendre. Il a toujours été ouvert pour m’apprendre les parties du métier que je souhaitais, pour aussi m’apprendre, forcément, à partir du moment où je me suis plus intéressé, les parties du métier qui m’intéressent un peu moins, puisque c’est aussi nécessaire d’apprendre des choses des fois, même si c’est un peu plus compliqué. Après, si je n’avais pas repris le moulin, si je n’avais pas montré d’intérêt, c’est vrai qu’aujourd’hui, pour moi, c’est un peu compliqué de vous dire ce qui se serait passé parce que j’ai démontré de l’intérêt. J’avais 17 / 18 ans, mon père avait un peu plus de 55 ans et à cette époque-là, il n’était pas encore en période de se poser des questions quant à la vente de l’entreprise. Après, c’est sûr que ça aurait été compliqué. Il aurait fait comme d’autres moulins en France et d’autres moulins qui se sont vendus ces dernières années, alors je ne sais pas exactement. Peut6être aurait-il construit un musée ou quelque chose à l’intérieur. Je ne sais pas si l’activité de meunier aurait perduré au sein même de ce moulin ou si...

LTM : Ou plutôt une trace, une mémoire du travail.

Julien Bertho: Je ne saurais pas le dire exactement. Faudrait lui poser la question.

LTM : Et dernière question est-ce qu’on gagne bien sa vie en tant que meunier ?

Julien Bertho: Est ce qu’on gagne bien sa vie en tant que meunier ? Bon, déjà, pour moi, c’est un peu compliqué d’y répondre. Je pense que c’est un peu comme tous les métiers, ça dépend. C’est un peu comme demander à n’importe quelle autre personne tenant un commerce, une entreprise, peu importe, telle qu’elle soit. Je pense que c’est subjectif et ce ne sera pas vrai dans un autre. Alors, bien sûr, il y a toujours des notions un peu différentes à prendre en compte. En toute transparence, je pense qu’aujourd’hui, un meunier qui fait très bien son travail, qui a une équipe comme on a la chance d’en avoir une, travaille très bien de manière cohérente et qui satisfait ses clients. Je pense que la qualité est essentielle si on veut parler de ça, si on arrive à fidéliser ses clients, fidéliser son personnel et si on arrive à voir plus loin et à se remettre en question de manière permanente, oui, je pense qu’il n’y a pas de raison de ne pas bien gagner sa vie d’après moi. C’est vrai qu’en vivant avec mon père depuis que je suis petit, j’ai vécu quand même des moments assez difficiles. En étant petit, je ne voyais pas mon père. Mon père était président de région. Il a arrêté d’être président de région d’ailleurs, parce que manque de temps avec sa famill. On lui en a voulu un petit peu, quand même, car très peu présent. Des semaines de 90, 100 heures. Aujourd’hui, c’est peut être 75 heures, il a un petit peu diminué sa charge de travail, mais ça reste encore très conséquent. Donc, je vous dirais oui, mais à quel prix ? Donc voilà. Donc, c’est toujours pareil. La question gagner bien sa vie encore une fois, c’est très subjectif. On peut avoir différentes perceptions de bien gagner sa vie qu’est-ce que bien gagner sa vie ?Je pense qu’un meunier, en règle générale, après, je peux pas parler pour tout le monde et encore je suis très jeune pour donner mon opinion là-dessus, mais du fait que ce soit un métier de passion avant tout et non pas une vocation qu’on prend à 25 ou 30 ans, on ne peut pas dire, comme ça sur un coup de tête, je veux devenir meunier. C’est vraiment pas un métier comme ça. De par ça, déjà, je pense que la plupart des meuniers français doivent être heureux de pratiquer leur métier et de par la charge de travail que ça représente. Alors aujourd’hui, bien sûr, les évolutions technologiques, les différentes machines, c’est vrai que la pénibilité du travail est moindre par rapport à il y a quelques années déjà. Par rapport à il y a 10 ans, je pense que la plupart des moulins au niveau de l’ensachage, même certains maintenant qui sont mieux équipés, qui nous permettent de livrer directement en palettes, etc. Donc la pénibilité du travail pour toute la chaîne, que ce soit de la personne qui produit la farine à la personne qui l’ensache à la personne qui la livre, la pénibilité est moindre par rapport à il y a quelques années, donc voilà.

LTM : Et alors, quand vous allez reprendre, qu’est-ce-que vous aimeriez faire si ce n’est pas indiscret ?

Julien Bertho: Alors j’aimerais continuer à faire ce que je suis en train de faire depuis que je suis arrivé au Moulin depuis un an. C’est vrai qu’il y a des choses qui me touchaient plus que d’autres, de par mon expérience à l’étranger, j’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup voyager. Je pense qu’on s’inspire énormément de l’étranger. Même si le pain est une spécialité française et qu’on reste les premiers, je pense que c’est toujours enrichissant de voyager et de voir ce qui se passe ailleurs. J’aimerais continuer à apporter un peu de renouveau. Je ne veux pas tout changer. Je ne suis pas là pour tout changer, mais déjà un petit peu remodeler, apporter une image un petit peu plus, peut-être moderne, tout en conservant nos valeurs historiques. Je sais qu’à l’époque, quand mon père est arrivé au moulin en 1992, par exemple, la première chose qu’il a fait c’est qu’il a changé de logo alors que son père ne comprenait pas trop. Alors, sans parler du logo spécifiquement, il y a des choses que j’aimerais un petit peu changer dans ce sens là, parce que je pense que des fois, on est peut être pas forcément encore au goût du jour ou en tout cas, pas au niveau auquel j’aimerais.être. Je pense également que dans le monde aujourd’hui, la main-d’oeuvre française, que ce soit la gastronomie, tous les métiers de bouche ou le reste, que ce soit même le romantisme, le luxe, etc, etc s’exportent très bien et de manière infinie. Donc, c’est vrai que moi, de par mon goût du voyage, ce que j’ai pu voir à l’étranger, le goût des étrangers pour notre savoir-faire français, pourquoi pas dans le futur exporter la farine aux artisans étrangers tout en conservant, encore une fois, les mêmes valeurs que celles qu’on a actuellement : travailler uniquement avec des artisans boulangers, pâtissiers, crêpiers, biscuitiers, restaurateurs, mais en apportant, pourquoi pas, d’autres petites touches à l’étranger. Je sais qu’il y a énormément de pays aujourd’hui qui sont friands de notre pain, de nos croissants, de nos pains au chocolat. J’ai été agréablement surpris, une fois, lorsque j’ai été aux Etats-Unis, je venais d’arriver, j’ai fait une présentation sur l’impact des fast-food restaurants en France dans nos habitudes alimentaires et lors de cette présentation, sur un de mes slides PowerPoint, j’avais j’avais mis en photo un croissant et j’avais été étonné de voir la réaction des Américains qui avaient tous pris en photo le croissant qui était sur un tableau, en plus pas forcément de super qualité, un croissant que j’avais trouvé à-la-va-vite sur Internet et je pense qu’il y a vraiment quelque chose à faire dans ce sens-là. Les Américains sont friands du savoir-faire français, même en matière de sport. Moi, je suis parti jouer au foot là-bas, aux Etats-Unis, ils viennent se former en France à ce niveau-là et et beaucoup de Français aujourd’hui, décident même de partir à l’étranger pour ouvrir leur affaire. Donc, ce n’est pas forcément une priorité dans l’absolu. Mais voilà tout en continuant aussi à expandre notre gamme de farines. C’est vrai que dans les dernières années, on a énormément fait évoluer notre gamme dans le bon sens. Je pense que depuis mon arrivée, la gamme a évolué de manière un peu différente que par le passé, là où à mon goût, nos nouveaux pains étaient peut-être réservés à une clientèle un peu spécifique ou un peu plus ancienne, un peu plus traditionnelle et où depuis un an, avec la jeunesse, on essaye peut être un peu de trouver aussi des pains qui peuvent répondre aux besoins futurs des plus jeunes générations.

LTM : Merci beaucoup et j’espère qu’on aura l’occasion de voir des nouveautés et des avancées au Moulin Bertho.

Julien Bertho: Merci beaucoup. Merci à vous.