Le marché des papiers et cartons d’emballage n’échappe pas à la crise papetière, en germe depuis plusieurs années et accentuée avec la pandémie. Depuis deux ans, la demande a enregistré une forte croissance, avec l’explosion de la vente en ligne, suivi d’un rebond de l’économie en 2021, générant plus de biens à emballer. Autres facteurs : « Le remplacement d’emballages en plastique par des emballages en papier/carton et l’attrait des consommateurs pour les caractéristiques de naturalité de ce matériau », relève la Confédération française de l’industrie des papiers, cartons et celluloses (Copacel). S’est ajoutée à cela une hausse des prix des matières premières, des transports et de l’énergie, impactant de plein fouet l’industrie papetière, très énergivore. Autant de tensions encore amplifiées par le conflit russo-ukrainien. Résultat : une flambée des prix et des difficultés logistiques, occasionnant des retards de livraison. « En moyenne, les prix ont augmenté d’environ 17 % en 2021 avec des hausses qui se poursuivent sur le début de 2022 », observe la Copacel. Et cela concerne autant les cartons plats (boîtes pâtissières) que les papiers pour emballages souples, en particulier le kraft brun. Un constat confirmé par de nombreux acteurs du secteur, des distributeurs aux fabricants d’emballages. « La hausse des prix enregistrée depuis l’été 2021 se poursuit et s’accentue même aujourd’hui, avec un rallongement des délais de livraison », souligne Pierre-André Pautrat, commercial chez le distributeur Inapa France. Même son de cloche du côté des groupements boulangers et meuniers. Si de légères augmentations tarifaires sont à prévoir pour les artisans, « l’heure n’est pas à la pénurie pour le moment », rassure Fabrice Suzanne, président de La Maison du boulanger (Manche).

Transition vers le réemploi ?

Dans ce contexte tendu, les grands acteurs ont plus de marge de manœuvre que les TPE-PME, grâce à leurs forces d’anticipation, de stockage et de négociation. Président de Boîte Cocotte, petit fabricant de boîtes premium originales, Frédéric Itey a été contraint de revoir son produit phare, suite à une indisponibilité de sa matière première, « un papier 210 g, à la fois souple et résistant, les industriels ayant reporté leur production sur des références à plus forte marge », déplore l’entrepreneur. Pas question de se laisser abattre pour autant : il a profité de cette contrainte pour innover et lancer un nouveau format, « avec un papier de 275 g pour un effet coque. Résistante, cette boîte est réutilisable en trousse à crayons, maquillage, etc. ».

Les fabricants de boîtes papier/carton s’adaptent à la crise avec de nouveaux formats. © Boîte Cocotte

Face aux incertitudes planant sur le secteur papetier, peut-on s’attendre à une transition massive vers le réemploi (lire La Toque n° 331) ? Pas si sûr. À Nantes, Typhenn Leplay, fondatrice de la solution de consigne mutualisée Les Boîtes Nomades, « enregistre des sollicitations supplémentaires [mais] aussi des réticences des restaurateurs à s’engager », du fait de la conjoncture actuelle.

Barbara Guicheteau