Dans un communiqué du 25 juillet 2022, et face à la deuxième et certainement pas la dernière, vague de chaleur, les syndicats européens souhaitent l’instauration d’une « température maximale » à partir de laquelle nul individu n’est tenu de travail au risque de mettre sa vie en danger.

Plus de 2000 travailleurs sont morts victime d’un coup de chaleur en Espagne (1047) et au Portugal (1063). 4 personnes en France seraient décédées, mais selon les données publiées par Santé Publique France.

Au niveau de la règlementation, il n’existe pas de température maximale de travail en France, et ce sont 12 personnes qui sont mortes en 2020 suite à des accidents de travail liés à la chaleur.

D’après l’étude Etui, l’OMS indique que les personnes travaillent généralement mieux à une température se situant entre 16 et 24°C. En revancahe, lorsque la température dépasse 30°C, le risque d’accidents de travail augmente de 5 à 7% et, lorsqu’elle dépasse 38°C, la probabilité d’accidents augmente de 10 à 15%.

« Pourtant, un sondage mené auprès des affiliés de la sCES indique que quelques pays européens seulement disposent d’une législation destinée à protéger les travailleurs durant les vagues de chaleur avec un large éventail de valeurs limites allant de 28 à 36 degrés :

Belgique : 29°C pour une charge de travail physique légère, 26°C pour une charge de travail physique modérée, 22°C pour une charge de travail physique lourde et 18°C pour une charge de travail physique très lourde.

Espagne : la température maximale de travail pour un travail sédentaire, tel que le travail de bureau, est de 27°C et de 25°C pour un travail léger. Ces limites ne s’appliquent cependant pas à tous les types de travail, ni à tous les travailleurs, ni à tous les lieux de travail.

Hongrie : 31°C pour un travail physique sédentaire léger, 29°C pour un travail physique modéré et 27°C pour un travail physique lourd.

Lettonie : température maximale de travail en intérieur de 28°C.

Monténégro : température maximale de travail en extérieur de 28°C.

Slovénie : la température de l’air sur les lieux de travail ne doit pas dépasser 28°C.
» mentionne le communiqué Etuc.

[ • France et Allemagne : pas de législation ! ]

« La chaleur est un risque professionnel bien connu, que l’on retrouve traditionnellement dans des emplois dans les industries et les manufactures qui génèrent de la chaleur, dans les activités qui se déroulent en plein air sous le rayonnement du soleil, comme l’agriculture et la construction, et dans les tâches impliquant des efforts ou l’utilisation d’équipements de protection individuelle.

Cependant, au cours des dernières décennies, et plus particulièrement depuis le début du 21e siècle, des épisodes de journées chaudes ont été observés, et posent un nouveau défi à la santé, à la sécurité et au bien-être des travailleurs. » extrait de l’introduction de l’étude de Claudia Narocki, de l’European Trade Union Institute.

Maladie due à la chaleur - les effets à court terme de l’effort exercé dans la chaleur:

- Éruption cutanée due à la chaleur

- Œdème dû à la chaleur

- Syncope ou évanouissement

- Crampes de chaleur

- Épuisement dû à la chaleur

- Coup de chaleur

Exemples de professions dans lesquelles les travailleurs peuvent être simultanément affectés par la chaleur ambiante, ce qui montre un élargissement de l’éventail des scénarios d’exposition et de risque :

Lieux de travail intérieurs

Là où le problème du stress thermique est généralement identifié :

- les emplois intérieurs avec des processus qui appliquent ou génèrent de la chaleur (industries, blanchisseries, cuisines, etc.), en particulier lorsque la circulation de l’air extérieur est utilisée comme principal moyen de réduire la chaleur ambiante.

- les emplois qui exigent des efforts physiques très intenses ;

- les emplois pour lesquels l’utilisation de vêtements lourds ou d’EPI est requise.

Là où le risque de stress thermique pendant les canicules a tendance à être écarté (en étant non identifié ou évalué) :

- établissements de santé, d’enseignement, commerciaux et d’entreposage, centres logistiques, hôtellerie, industrie, etc.

En extérieur :

- travaux de construction, y compris la construction et l’entretien des routes et des chemins de fer ;

- agriculture en plein air et sous serre, élevage, sylviculture, l’arboriculture, le jardinage et l’aménagement paysager ;

- la pêche ;

- l’installation, l’exploitation et l’entretien de lignes et d’équipements (énergie solaire, énergie éolienne, gaz, téléphonie, télécommunications, etc ;)

- nettoyage urbain, collecte et tri des déchets, traitement des déchets ;

- l’exploitation minière à ciel ouvert et souterraine ;

- les travaux de surveillance, comme le contrôle des zones de stationnement réglementé ou de la circulation ;

- les activités au sol dans les aéroports ;

- les activités de sécurité et militaires ;

- les urgences sanitaires, les premiers secours et les opérations de sauvetage, la lutte contre les incendies ;

- le chargement et le déchargement ;

- la livraison de courrier, de colis, de nourriture, etc., à pied ou à vélo ;

- tourisme, loisirs et activités de temps libre, service de restauration en plein air ;

- installation et exploitation de structures pour le divertissement et les spectacles ;

- dans des véhicules ou des machines sans climatisation ;

- tâches de conduite ou d’exploitation

Les boulangeries et les laboratoires de cuisine, ainsi que les activités de transport sont donc compris dans la liste exposée dans l’étude.

« Les travailleurs les plus précaires, (ceux qui ont des contrats temporaires ou non, sous-traitants, saisonniers, faux indépendants, payés à la pièce, immigrés, etc.- en particulier les sans-papiers (sans permis de travail) et/ou ceux qui sont en situation irrégulière courent le plus grand risque en raison du surmenage, de la déshydratation, de l’exposition cumulative, et du manque d’information et de formation. Dans le pire des cas, ces travailleurs n’ont pas la possibilité de mettre en œuvre ne serait-ce que les comportements minimaux d’auto-soins recommandés recommandés par les autorités pour le grand public (faire davantage de pauses, se reposer dans des zones à l’abri de la chaleur et/ou du rayonnement solaire, réguler l’intensité et le rythme de l’effort physique, consommer de l’eau fraîche et en quantité suffisante, etc.)

La chaleur est un risque professionnel fréquent pour les travailleurs exerçant des métiers manuels peu qualifiés, caractérisés par de faibles revenus et des tâches nécessitant un effort physique.

Elle menace les travailleurs non seulement en cas de problèmes causés par la chaleur, mais aussi lorsque la productivité est compromise. L’impact du stress thermique sur la santé aggrave les inégalités sociales préexistantes, affectant les revenus et les trajectoires professionnelles.

Tant que les conditions de travail deviennent plus polarisées, l’exposition à la chaleur

exprime également une ligne de fracture sociale. » rappelle l’étude sur le fait que la chaleur touche également plus durement certains groupes socio-économiques.

Les syndicats exhortent donc la Commission européenne à agir.

Des politiques, lois et programmes spécifiques sont nécessaires pour la protection des travailleurs, dans la perspective des scénarios d’exposition les plus divers.

À l’heure actuelle, de larges pans de travailleurs souffrent de l’inaction des employeurs, tandis que les autorités ont tendance à continuer de fermer les yeux sur la situation.

Lien vers l’étude complète qui propose une liste de solution pour s’assurer un traitement équitable des conditions de travail en cas de chaleur à tous les métiers à plus fort risque due à l’exposition.

Le communiqué des syndicats européens, quant à lui, affirme : « Face à l’intensification de la crise climatique, la sCES invite la Commission européenne à combler les écarts en matière de protection des travailleurs à travers une directive sur les températures maximales de travail.

L’UE et les gouvernements doivent également appliquer les règles existantes en revenant sur les importantes réductions du nombre d’inspecteurs du travail au cours de la dernière décennie.

Des conseils en la matière ne suffisent pas, comme le démontre la situation aux États-Unis où les travailleurs précaires sont les plus vulnérables à la chaleur et comptent pour 70% de tous les décès liés à la chaleur durant la première semaine de travail. »

« Le climat ne se préoccupe pas des frontières nationales. C’est pourquoi nous avons besoin d’une législation applicable à l’ensemble de l’Europe concernant les températures maximales de travail. » confirme le secrétaire général adjoint de la sCES Claes-Mikael Ståhl.