Avec plus de 27 000 jeunes accueillis chaque année, l'apprentissage en boulangerie et en pâtisserie constitue un vrai défi économique au plan national. Au coeur du dispositif, le maître d'apprentissage tient un rôle clé car il est l'interlocuteur privilégié du jeune au sein de l'entreprise d'accueil. Mais pour que la formation soit profitable aux deux parties, il ne faut surtout pas envisager la fonction sous un angle purement administratif.

Prendre du temps avec l'apprenti(e) : le secret de la réussite (photo :  Laurent Bisson).

Coaching Il s'agit déjà de bien comprendre que le tutorat n'est pas forcément dévolu au dirigeant et peut très bien revenir à un salarié en poste (à condition de respecter les qualifications requises - voir encadré). Ainsi, confier cette responsabilité à un membre du personnel peut-il être un moyen de valoriser ce dernier. Sur le papier, les missions du maître d'apprentissage recouvrent plusieurs aspects. Il doit d'abord veiller à la bonne intégration de l'apprenti dans l'entreprise : lui faire découvrir les lieux et le fonctionnement (postes, produits, horaires...), le présenter au personnel, le familiariser avec son environnement de travail (équipements, procédés, règles de sécurité…) et lui expliquer les tâches qui lui seront confiées. Mais son rôle ne s'arrête pas là et doit se poursuivre tout au long du séjour (et même au-delà). L'objectif prioritaire étant que le jeune puisse consolider ses acquis en vue d'obtenir son diplôme. Si le maître parvient à aider l'élève à élargir ses compétences, à améliorer ses performances, à gagner en assurance et en autonomie, alors il aura accompli son devoir.

Comment devenir maître d'apprentissage ?Le Code du travail (art. R.6223-24) indique qu'il faut : > avoir un diplôme (ou un titre) équivalent à celui préparé par l'apprenti et deux années d'expérience ; > ou avoir trois années d'expérience et un niveau minimal de qualification déterminé par la Commission départementale de l'emploi et de l'insertion (un recours peut être porté auprès de l'autorité administrative référente si celui-ci n'est pas suffisant). Seuls les diplômes (ou titres) et les expériences acquises dans le même domaine professionnel que celui du diplôme (ou titre) préparé par l'apprenti sont recevables.

Notez qu'un maître d'apprentissage peut encadrer au maximum deux apprentis et un redoublant.

L'intégration, un cap essentiel Dans les faits, être un bon maître d'apprentissage ne va pas de soi. « Dans l'esprit de nombreux chefs d'entreprise, l'apprentissage se fait « sur le tas », à savoir que c'est en relevant les manches qu'on apprend le métier. Mais aujourd'hui, on n'est plus dans cette perspective… Que ce soit du côté du CFA ou de l'entreprise d'accueil, l'apprentissage doit être préparé, réfléchi et construit pour répondre à des objectifs pédagogiques précis. L'accueil d'un jeune ne se fait pas non plus sans qu'un cadre soit donné au préalable. Voilà pourquoi la formation des tuteurs est devenue essentielle et même obligatoire en hôtellerie-restauration. Une intégration mal anticipée peut rapidement aboutir à une rupture de contrat. Quand rien n'est prêt pour accueillir le jeune, on ne sait pas quoi faire de lui et on le confie à qui veut bien le prendre. L'apprenti sentira alors qu'il dérange et aura tendance à se renfermer. L'équipe considèrera alors qu'il n'est pas motivé... et cela se terminera par un départ anticipé. Au contraire, s'il se sent attendu et si on prend du temps avec lui pour lui expliquer les choses correctement, alors il se sentira en confiance et sera davantage acteur et entreprenant. Très vite, il deviendra un atout pour l'entreprise. Un jeune à qui on donne, donne toujours en retour ! » avertit Fabienne Costa, responsable de la formation des maîtres d'apprentissage au CFA de la CCI du Mans et de la Sarthe.

Pour gagner en autonomie et en productivité, il faut d'abord prendre confianceen soi.

Une règle d'or Ainsi pour que le passage en entreprise soit bénéfique, il y a des jalons à poser. Certains a priori négatifs sur les jeunes ou sur l'apprentissage sont d'entrée de jeu à bannir. Les adolescents d'aujourd'hui sont ce qu'ils sont (différents à chaque génération) et ont grandi avec ce qu'ils ont reçu de la société et de leur environnement familial. Un bon maître d'apprentissage n'est-il pas là aussi pour donner ce que certains n'ont peut-être pas eu la chance d'avoir ? Donner des consignes claires et les expliquer avec patience (sans s'énerver) et avec bienveillance (sans dévaloriser) est une règle d'or en apprentissage. « Réussir à expliquer correctement n'est pas si facile. Souvent, on sait des choses et on n'a pas conscience qu'il nous a fallu un jour les apprendre. Aussi l'apprenti ne peut-il pas les connaître si on ne les lui dit pas formellement. Savoir se mettre à la place d'un ado, utiliser les bons mots et les bons gestes, quitte à se répéter, est indispensable. Idem pour le fonctionnement interne : horaires, tenue, hygiène, utilisation du portable, pauses cigarette, rapport avec les supérieurs… Rédiger un règlement intérieur permet de poser un cadre clair. Il donne l'occasion d'en discuter avec le jeune à son arrivée et d'y revenir dès qu'il y a un dérapage », conseille-t-elle.

Amalgame préjudiciable Autre balise importante à avoir en tête : « De nombreux tuteurs ont tendance à assimiler le CFA à l'école classique. Mais, pour un jeune qui a bien souvent été en échec dans le système scolaire, lui donner à penser que lorsqu'il repart en formation il retourne à l'école peut l'inciter à se désinvestir de son projet (puisqu'il est persuadé que « l'école, c'est pas son truc »). Non, le CFA et l'entreprise constituent un cadre professionnel dans lequel le jeune est non seulement salarié mais est aussi appelé à s'investir comme le ferait n'importe quel professionnel dans une formation continue ! » ajoute-t-elle. Entreprise et formation ne sont donc pas à opposer, mais à relier car leur approche pédagogique est complémentaire. Dévaloriser le travail effectué en CFA peut avoir des conséquences délétères imprévisibles sur la motivation des apprentis. Le maître d'apprentissage doit au contraire établir tant que possible des liens avec les formateurs. Cette synergie est cruciale pour la réussite des jeunes, car s'ils parviennent à comprendre que théorie et pratique s'enrichissent mutuellement, alors ils pourront voler de leurs propres ailes.

Les aides au recrutement d'un apprentiwww.alternance.emploi.gouv.fr

par Armand Tandeau (publié le 2 mai 2017)