1 - La boîte à pains. Par Damien Petit, boulanger à Gaillac (dpt. 81, 13 000 habitants), livraison sur plusieurs villages et hameaux à proximité. « Autrefois, dans les fermes, plusieurs générations habitaient sous le même toit. La densité des habitations était plus élevée. Et les gens consommaient plus de pain. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, sans compter que beaucoup vont travailler en ville et font leurs courses en route. J'ai fait mes calculs, en comptant le coût salarial, les frais d'entretien (amortisseurs !) et le carburant : pour commencer à gagner de l'argent, il faudrait déposer une flûte (pain) toutes les 55 secondes, ce qui est impensable. Les tournées doivent être optimisées aujourd'hui. La notion de service reste cependant importante en milieu rural : on ne fait pas de tournée si on veut s'enrichir. Pour ma part, j'ai testé l'idée de la boîte à pains qui permet de centraliser les points de livraison dans chaque village. Je parviens à livrer 45 clients en 45 minutes avec plusieurs produits pour chacun (pains, viennoiseries ou biscuits). Chacun dispose d'une boîte à pain et d'une clef. Les commandes se font à la semaine ou au mois, par téléphone ou par bons à déposer dans la boîte. Certaines communes ont bien adhéré au système, d'autres moins pour des raisons qui m'échappent. Évidemment, les clients doivent se déplacer, ce qui est parfois mal vécu et mal interprété. C'est compliqué d'expliquer la démarche et de faire comprendre que je dois pouvoir en vivre. Le principe est bon sur le fond, mais la population doit aussi accepter de changer ses habitudes. S'associer avec d'autres commerçants ou producteurs serait une idée à développer. »

Un exemple qui montre que l'union entre commerçants est une piste d'avenir (photo : à d. Fabrice et Nicole Barthélémy).

2 - Le drive rural. Par Nicole Barthélémy, boulangère et Présidente de l'association « Mes artisans commerçants » à Couffé (dpt. 44, 2 300 habitants). « Aujourd'hui, la tournée est moins intéressante car les clients sont mobiles par le travail et ne sont pas nécessairement chez eux au moment où la camionnette passe. Les produits de boulangerie se sont aussi très diversifiés : difficile de tout transporter. Le service alternatif qu'on peut proposer pour se démarquer des supermarchés est de faciliter les courses du quotidien. C'est le but de notre association qui regroupe une épicerie, une boucherie-charcuterie- traiteur et une boulangerie-pâtisserie. Avec le concours financier de plusieurs partenaires (voir tableau p. 47), nous avons mis au point une plateforme d'achat centralisé sur Internet avec retrait des marchandises en un point unique, un peu à la manière des drives. Les gens font leurs courses en ligne et éditent un bon de commande. Chaque commerçant reçoit sur son téléphone ou son ordinateur la liste des produits commandés. Les clients n'ont plus qu'à venir chercher leurs courses à l'épicerie et à payer le tout sur place. L'épicier nous reverse ensuite le montant des produits de boulangerie-pâtisserie. Le système est simple, efficace et opérationnel. Mais il décolle moins vite que prévu : les moeurs ne se changent pas du jour au lendemain. Le service s'adresse surtout à ceux qui ne viennent plus dans nos commerces. Aussi faut-il du temps pour qu'il se fasse connaître. Pour toute innovation, nous savons qu'il faut sans cesse relancer et largement communiquer. Ce qui est sûr, c'est que le service intéresse tout le monde : actifs ou retraités, célibataires ou familles, hommes ou femmes. Il faut également bien s'entendre à la base entre commerçants pour pouvoir travailler en toute confiance. À voir maintenant comment cela va évoluer...

En savoir plus sur www.mes-artisans-commercants.net

par Armand Tandeau (publié le 20 février 2013)