Ils sont 8 000, peut-être 10 000, (aucun chiffre officiel n'existe, c'est une estimation d'initié), en France, à collectionner les fèves de l'Epiphanie. Pour les puristes, seule une pièce passée par une galette a de la valeur… Et pour la trouver, ils sont prêts à se donner beaucoup de mal.

Idée n° 1 : Collection passion A quoi ressemble un fabophile ? « Il a de 7 à 77 ans et les profils sont très variés, estime Emerys Schoumer, dirigeant de la fabrique Prime. Cela va du petit garçon qui garde les produits sous licence aux personnes âgées attachées à une collection, comme les personnages de pompiers. » « Ce sont des passionnés acharnés, ajoute Sophie Prévot, créatrice des fèves ArtFun. Jour et nuit, ils répertorient, classent, échangent leurs trésors pour reconstituer des séries. »

Idée n° 2 : Un réseau bavard Si la collection est une affaire personnelle, la fabophilie est un art qui se pratique en communauté. • Chaque année, une soixantaine de salons régionaux sont organisés, sans compter le Mondial des Collectionneurs de Fèves (la 25e édition aura lieu le 8 janvier 2017 à Paris), pour permettre aux participants d'échanger et d'acheter. • Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, les contacts ont pris une nouvelle dimension : des groupes ont été créés sur Facebook, une recherche sur LeBonCoin génère près de 6 000 résultats… Comme n'importe quel collectif, celui des fabophiles mérite d'être chouchouté car il véhicule un bouche-à- oreille utile pour votre boutique.

Idée n° 3 : Des modèles recherchés Certaines fèves sont, aux yeux des fabophiles, plus précieuses que d'autres. Ainsi, les modèles signés « Pagis », par exemple, sont convoités du fait de leur rareté (cette maison n'existe plus). Mais certaines nouveautés sont également prisées. • « Les fèves des grands noms de la pâtisserie, comme Fauchon, Dalloyau, etc. sont très recherchées », affirme René Cousinat, président de l'Association Française de Fabophilie. • « Nous sommes souvent contactés pour les prototypes, qui ne sont pas sensés sortir de chez nous », ajoute Emerys Schoumer. • « Les fèves publicitaires, fabriquées en séries courtes, quand elles portent le nom de leur commanditaire et de sa boutique », estime Thierry Storme, organisateur du Mondial.

René Cousinat, président de l'AFF,   recense chaque année les nouveautéspour éditer le catalogue de l'association.

Idée n° 4 : Les clés pour séduire Avant tout, si vous comptez attirer les fabophiles, vous devez éviter de placer de la « chouille » (entendez : ce qui ne vaut rien) dans vos galettes. Les collections produites en petites quantités sont les plus appréciées. Pour le reste… • « Les collectionneurs aiment les belles fèves, l'esthétique compte beaucoup. Ils sont également sensibles à l'originalité, et à la recherche de thèmes qui n'ont pas encore été traités. Par exemple, l'année dernière, une série autour du cirque a eu beaucoup de succès », note René Cousinat. • Tous les ans, l'AFF édite un catalogue des sorties de l'année. Si vous faites fabriquer une série, n'hésitez pas à la contacter (entre novembre et janvier) pour y figurer !

Idée n° 5 : Même après l'Epiphanie… • « Le boulanger a un avantage. Quand il a fini les galettes, il peut vendre les fèves au comptoir, au prix qu'il souhaite, glisse Thierry Storme. Les séries les plus limitées, en fonction de l'offre et de la demande, peuvent atteindre dix à vingt euros. » Evidemment, vendre les coffrets complets représente un plus. Une autre solution : vendre la galette, en précisant quelle fève se trouve à l'intérieur.

L'expérience du Fournil de Chomedey A Troyes (10), Nasser Lakhdar fait fabriquer chaque année par Prime une collection réservée à ses boutiques. « C'est une fierté, une satisfaction personnelle, de représenter des choses qui nous touchent », explique-t-il. A son palmarès, les différentes régions de France (à reconstituer en puzzle), les équipes de foot des environs, ses boutiques et cette année, les spécialités de la maison. « Beaucoup de collectionneurs viennent nous acheter les coffrets, affirme-t-il. Certains sont prêts à parcourir 400 km et ils repartent rarement sans une galette. C'est un moyen de promotion supplémentaire ! » Les petits plus appréciés de ces fabophiles ? « Que notre nom soit marqué sur la fève leur importe. Et certains visent également les affiches que nous éditons pour promouvoir nos fèves. » A bon entendeur…

par Cécile Rudloff (publié le 21 octobre 2016)