Les familles girondines, amatrices de chocolat, connaissent bien le n°26 des allées Tourny, à Bordeaux. C’est dans cette petite boutique au décor du XIXe siècle que débute l’aventure de Cadiot-Badie, considéré de nos jours comme un temple de la gourmandise, alliant tradition et innovation. En 1826, Jean-Émile et Numa Vène, deux frères originaires de la région d’Albi, commercialisent à cette adresse divers objets de Paris, des bibelots, des sirops, des confitures et des chocolats. En 1903, Jean-Émile Vène vend son commerce à Antoinette Badie, qui ouvre alors une confiserie avec sa sœur Marie. Quatre ans plus tard, les deux sœurs obtiennent une médaille d’argent pour leurs chocolats et leurs thés lors de l’exposition internationale organisée dans la ville. Le succès est immédiat. Il ne s’est jamais démenti depuis. Plusieurs générations, notamment de femmes, se succèdent. Parmi elles, Lucienne Badie, qui, mariée à Roger Cadiot, artisan pâtissier installé rue Sainte-Catherine, développera l’enseigne après le décès de son époux en imaginant de nouvelles recettes, précieusement conservées jusqu’à nos jours. L’histoire va ainsi se poursuivre au fil des décennies.

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Serge Michaud, le dirigeant de l’entreprise.

(Photo : D.R.)

En 1997, Yves Landry, créatif et professionnel du chocolat s’associe à Serge Michaud, Bordelais d’origine et épicurien dans l’âme. Chargé dans un premier temps des relations publiques, il reprend seul les rênes de l’entreprise en 2005 : « Le fait d’aimer des produits de qualité m’a poussé vers ce secteur d’activité gourmet et convivial. C’est en réalité un heureux concours de circonstances, synonyme de belles rencontres. Il est sans doute lié au fait que ma grand-mère possédait un laboratoire de confiseries. Toute ma jeunesse, j’ai baigné dans les effluves de cacao. » Histoire de famille, toujour : depuis le printemps dernier, Audrey Michaud a rejoint son père en tant que chargée de communication de l’entreprise. Sa mission est de développer la notoriété et la visibilité de l’enseigne sur l’ensemble des réseaux sociaux (Instagram, Facebook, LinkedIn) et de développer les relations avec la presse, d’être plus proche des grands maîtres chocolatiers parisiens. « Cela permet de communiquer avec les clients, explique Sandra Mourton. En un an, Audrey a apporté un regard extérieur. Elle a impulsé un vent nouveau sur nos créations, plus conformes aux attentes des consommateurs. »

18 tonnes de chocolats produits chaque année

Depuis près de vingt-cinq ans, Serge Michaud mise sur un développement local et maîtrisé. Le chiffre d’affaires a plus que doublé, pour atteindre 2,2 millions d’euros pour 18 tonnes de chocolats produits chaque année. Vingt-cinq salariés travaillent dans l’entreprise, répartis sur les trois sites : le laboratoire de Pessac, créé en 2005 avec un magasin attenant, la boutique historique et celle de Gradignan, sur la rive gauche de la Garonne, ouverte en 2019. Pendant les fêtes de fin d’année, l’effectif atteint une quarantaine de personnes : environ 45 % du chiffre d’affaires est réalisé pendant cette période.

L’innovation et la création côtoient le savoir-faire artisanal des chocolatiers.

Des fèves d’exception

« Nos créations ne supportent pas l’à-peu-près. Nous sommes très exigeants sur le choix des matières premières », indique Sandra Mourton, directrice des opérations et responsable des trois sites. De ses voyages au Vietnam, au Pérou, ou encore en Papouasie, à la découverte de fèves d’exception, Serge Michaud rapporte toujours de nouvelles idées pour des créations originales.

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Le Diamant noir, star de l’enseigne.

(Photo : C.-H. Yvard)

Pendant des décennies, la maison Cadiot-Badie a vécu sur ses acquis. De nos jours, l’innovation et la création côtoient le savoir-faire artisanal des chocolatiers. « Nous sommes attentifs à la demande de nos clients qui voyagent beaucoup plus. Ils sont en attente de nouvelles saveurs, de nouvelles tendances », ajoute Sandra Mourton. L’un de ses atouts est de proposer une gamme diversifiée, avec quelque 80 références.

Le personnel travaille actuellement sur un nouveau praliné, plus moderne, moins riche en sucre. Parmi les stars, la truffe de Bordeaux, baptisée le « Diamant noir », une ganache confectionnée à partir de grains de raisin et de fine de Bordeaux, enrobée de chocolat noir. Cette spécialité atteint une renommée mondiale en particulier chez les gourmets du pays du Soleil levant. « Nous avons la Guinette bordelaise, qui a toujours existé au sein de notre maison, poursuit le gérant. Nous proposons une gamme étoffée de ganaches aux arômes variés : au thé à la bergamote, au gingembre, à la framboise pour une association avec le château Malromé. »

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Spécialité bordelaise, la Guinette renferme une cerise macérée dans l’alcool, enrobée de chocolat noir.

(Photo : C.-H. Yvard)

Cadiot-Badie a profité de 2020, année particulière caractérisée par une période de fermeture à Pâques et un Noël exceptionnel, pour lancer avec succès deux nouveautés : la Cabosse, qui contient un coulis au fruit de la passion, et un praliné à la noix de coco. À l’aube de son bicentenaire, Cadiot-Badie ne manque pas de projets : le site de Pessac, devenu trop petit, doit désormais être agrandi.

Claude-Hélène Yvard
Le charme de l’ancien donne du cachet à la décoration de la boutique. © (Photo : D.R.)