“Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années”, écrivait Corneille dans Le Cid. Selon l’Observatoire Fiducial de la boulangerie-pâtisserie de 2025, seuls 2 % des dirigeants du secteur ont entre 20 et 29 ans, leur âge moyen étant de 48 ans. Une donnée qui n’a pas freiné certains (très) jeunes passionnés.
Reprise du fonds de commerce de son patron, ou lors d'une vente aux enchères
Evan Chevalier ne rentre même pas dans ces statistiques. À 17 ans et demi, il est depuis novembre 2025 patron de sa boulangerie, à Manziat, dans l’Ain. Pour ce faire, il a dû, entre autres, être émancipé par un juge, convaincre un banquier, passer des tests d’aptitudes…, détaille-t-il devant les caméras de France 3 Auvergne — Rhône-Alpes. C’est durant son apprentissage qu’il découvre que son patron souhaite céder son affaire. Il n’a alors que 15 ans et, pourtant, sa décision est vite prise. Durant deux ans, il se forme et enchaîne les heures de travail. Il convainc son père de lâcher son emploi de routier pour l’accompagner et embarque également dans l’aventure sa sœur, qui officie désormais à la caisse.
À Barneville-Carteret, dans la Manche, Margaux Tyson et Lucas Prieur, 21 ans, ont repris une boulangerie, rebaptisée L’Estran, en novembre 2025. Elle est diplômée des CAP pâtisserie et chocolaterie ainsi que des brevets techniques des métiers (BTM) pâtisserie et chocolaterie ; il est titulaire des CAP boulangerie-pâtisserie et chocolaterie ainsi que d’un BTM pâtisserie. Margaux indique à La Presse de la Manche employer au maximum des produits locaux et de saison qu’elle transforme sur place. Lucas, lui, précise « travailler une farine française sans additif et proposer une grande variété de pains au levain, au maïs ou de meule T80 bio ».
En juin 2024, à 19 ans, Anthony Girard a lui aussi sauté le pas alors qu’il pensait initialement attendre ses 25 ou 30 ans, rapporte Le Journal de Saône-et-Loire. Il a profité d’une vente aux enchères pour reprendre une boulangerie dans le centre-ville de Chauffailles (Saône-et-Loire). Une passion transmise par son grand-père boulanger. Un an et demi plus tard, il ne regrette rien. En septembre 2025, il a même annoncé sur Facebook avoir agrandi son équipe.
Des conseils de professionnel pour durer dans le métier
Après avoir traversé l’épreuve de l’installation, pour durer, Benoît Dagoneau, formateur en boulangerie-pâtisserie au CFA Interpro28 de Chartres (Eure-et-Loir), distille plusieurs conseils. « Pour séduire sa clientèle, le jeune installé doit proposer régulièrement des nouveautés, travailler des produits locaux, mettre en avant leur naturalité », insiste-t-il. Il leur conseille de continuer à se former, auprès de meuniers, de CFA ou d’écoles afin d’éviter les redondances. Sur le plan de la communication, ils les incitent fortement à utiliser les réseaux sociaux et la vidéo, qu’ils maîtrisent bien souvent. « Au CFA de Chartres, nous avons d’ailleurs créé un atelier vidéo dispensé par Fabrice Cottez, fondateur notamment de la chaîne YouTube Boulangerie pas à pas », souligne-t-il.