Chiao-Wei est d’origine taïwanaise, malgré être mariée à un Français et avoir choisi la France comme pays d’adoption depuis 10 ans, l’envie d’un bout de sa culture natale s’est faite plus forte. Comme il devient très courant, c’est la reconversion qui a rendu possible l’ouverture de la petite boutique Ciao Roue, rue de Montmorency (Paris 3). Recruteuse à son arrivée, elle confirme qu’elle a énormément appris au cours de cette « vie » mais la pression toujours plus forte versus l’épanouissement qu’elle a en cuisinant l’on conduite à réfléchir à ce qu’elle souhaitait faire de sa vie. En effet, comme de nombreux expatriés, il arrive ce moment où l’on ne se sent plus chez soi dans son pays d’origine, pas plus que dans son pays d’adoption. Le projet a naturellement pris forme autour de sa « Madeleine de Proust » : ce petit gâteau tiède fourré que l’on trouve partout à Taïwan, en particulier aux abords des écoles, l’imagawayaki ou obanyaki, pour la version asiatique du nom du « gâteau roue ». Comme une petite crêpe farcie, c’est une pâte à pancake à la base qui est cuite dans des moules circulaires et en deux fois ; le fourrage matcha, taro, azuki, crème pâtissière ou pâte de sésame est déposé sur une crêpe, l’autre crêpe sera ajoutée par-dessus pour sceller le gâteau fourré. Chiao n’a pas hésité à pousser un peu plus loin le concept en proposant une version salée (navets marinés, ou béchamel et jambon).
« C’est vraiment une recette très simple, mais elle fait partie de moi, c’est la douceur de mon enfance, un peu comme le pain au chocolat et la boulangerie en France, c’est une partie de moi. » Pour coller aux préférences françaises, elle a ajouté à la carte la crème de marron et une version nutella banane, ainsi qu’une dose de sucre pour le fourrage à l’azuki (qui pour le coup est trop sucré pour le palais taïwanais peu habitué à sucrer).
Les gâteaux-roue fourrés à la pâte de sésame noir ou azuki-macha l.allafort
Une dizaine de minutes pour réaliser le gâteau-wheel l.allafort
A l’intérieur de la boutique, une explication culturelle pour le petit gâteau taïwanais l.allafort
Les saveurs fusion pour plaire à tous les palais l.allafort
Récompensée
Malgré sa maîtrise du français, Chiao est un peu complexée par sa différence et considère manquer (encore aujourd’hui) de confiance en elle. Encouragée, poussée et soutenue par ses proches, elle élabore un business plan et l’étude de marché fait ressortir que les Français sont de moins en moins à table et que la street food a un fort potentiel. « La deuxième chose la plus difficile après apprendre le Français, c’est de trouver un local commercial à Paris ! » témoigne Chiao qui a cherché pendant 7 mois un lieu. Elle a également testé bon nombre de recettes avant d’obtenir la pâte qui lui convenait (la pâte à wheel cake est composée de 3 farines), comme les plaques spéciales de cuisson ne sont pas alimentées au gaz comme à Taïwan, la version est selon elle, un peu moins croustillante que la classique taïwanaise. Au bout de 7 à 8 minutes de cuisson, elle vient déposer l’un des faces d’un fer sur lequel des pictos indiquent la composition.
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Chiao-Wei, l.allafort
Les illustrations du fer ont été dessinées par sa cousine : utile pour qu’au moment de la cuisson elle n’oublie pas le fourrage de chaque gâteau. l.allafort