Comment financer les efforts de transition en agroécologie en vue de pérenniser ces solutions et qu’elles puissent être déployées à large échelle ? Une partie de la solution réside dans la “décommodisation” des matières premières. Il s’agit de singulariser des produits de commodité d’ordinaire banalisés, comme le blé, pour leur donner une valeur supplémentaire liée à leur origine ou à leur mode de production. Le groupe Soufflet est l’artisan de longue date de ce processus, et il se définit aujourd’hui comme “leader des filières durables et pionnier sur les offres bas carbone”.
Un positionnement auquel ses responsables ont récemment voulu donner une dimension internationalement mieux reconnue. C’est ainsi qu’en 2024, le groupe Soufflet (meunerie, malterie et branche agricole, notamment) intègre le réseau international Sustainable Agriculture Initiative Platform), via sa holding In-Vivo (la première union de coopératives de France en termes de chiffre d’affaires). Une démarche qui lui a déjà permis d’intégrer un million de tonnes (t) d’orge de brasserie et 300 000 t de blé meunier “sous certification SAI ou équivalent”. Cette entrée en fanfare dans le dispositif valorise le travail engagé dans les filières durables Semons du Sens depuis une quinzaine d’années pour les cultures de blé, d’orge, de vigne, de riz et de légumineuses notamment.
La démarche Semons du Sens est déployée auprès de 9 750 agriculteurs autour de plusieurs cahiers des charges et filières (13 filières en blé en 2024, dont la farine Label Rouge issue de la filière Blé Excellence, et la farine responsable Baguépi), autour de cinq piliers communs que sont l’origine des productions, l’environnement, la naturalité, la répartition de la valeur, et la qualité.
L’une des originalités est qu’un nombre important de maillons de la chaîne de valeur est concerné, “des semences aux produits finis, en passant par les plateformes d’essais [agricoles, NDLR] de Bioline — InVivo — et de Soufflet Agriculture, et la promotion de l’agriculture régénératrice et de précision… en connectant les attentes de l’aval avec les pratiques de l’amont agricole, souligne l’union InVivo. La part des farines des moulins Soufflet issues des filières durables Semons du Sens a été multipliée par vingt en quatorze ans, et atteint aujourd’hui plus de 450 000 tonnes”.
Lire à ce sujet : Filières Semons du sens : premier bilan
Aligner les pratiques
La plateforme SAI est une organisation internationale à but non lucratif fondée en 2002 par les trois grands groupes internationaux de l’agroalimentaire que sont Danone, Nestlé et Unilever. Elle regroupe aujourd’hui 190 membres au niveau mondial. Son objectif est de promouvoir le développement d’une agriculture durable au sein des chaînes d’approvisionnement agricoles et agroalimentaires, à travers la recherche, la collaboration et des standards partagés. En intégrant ce réseau, Soufflet vise l’alignement de l'ensemble de ses pratiques agricoles et industrielles avec son propre référentiel, via un cadre qui puisse lui apporter une reconnaissance internationale.
« Désormais, le client souhaite savoir comment le produit a été préparé, quels sont les ingrédients utilisés et leur origine. Nous avons su intégrer cette exigence de transparence du champ à l’assiette avec notre approche filières durables », appuie François-Xavier Quarez, directeur des filiales de transformation du blé (Episens) au sein d’InVivo dont l’activité devrait doubler à horizon 2030 d’après les objectifs annoncés.
Santé des sols
Derrière cette adhésion, Soufflet espère notamment accélérer ses approvisionnements et la valorisation en agriculture dite régénérative ou régénératrice. “L’agriculture régénératrice vise à restaurer et à améliorer durablement la santé des sols, en s’appuyant sur des pratiques agronomiques fondées sur la réduction du travail du sol, la couverture végétale permanente et la diversification des cultures”, souligne l’union de coopératives InVivo, à la tête du groupe Soufflet.
Selon celle-ci, “lorsqu’elle est déployée à l’échelle de la rotation culturale et adossée à des modèles contractuels de long terme, elle crée de la valeur à la fois environnementale et économique”. En effet, dans un sol en meilleure santé, les agriculteurs peuvent espérer retrouver des fonctions améliorées pour retenir l’eau du sol, accroître la disponibilité des minéraux pour les plantes, et rendre les cultures plus résistantes face aux dérèglements climatiques, voire face aux ravageurs via des phénomènes de “résistance des sols”.

Cet investissement ouvre des partenariats, comme celui noué avec l’industriel Pasquier visant à l’approvisionnement en farines “issues de l’agriculture régénérative”. Afin de déposer les bases scientifiques et agronomiques de cet approvisionnement, Soufflet et Pasquier ont rejoint l’association Pour une Agriculture du vivant, “pour assurer le développement de l’agroécologie en s’appuyant sur des compétences et des références scientifiques robustes”. Une collaboration qui a permis, selon InVivo, “la mise en place d’un référentiel de bonnes pratiques pour les agriculteurs — dont le respect est contrôlé par Bureau Veritas —, et d’un indice de régénération évaluant la situation d’une exploitation dans son parcours de régénération de la fertilité des sols”.
L’agriculture régénératrice impacte cependant toute l’exploitation agricole, bien au-delà de la culture du blé, et notamment les cultures présentes dans la rotation, qu’il s’agit aussi de rémunérer au mieux. Ainsi, des débouchés valorisants sont recherchés pour d’autres cultures, avec les orges de brasserie SAI ou bas carbone, par exemple. Des opportunités ont été ouvertes pour du colza et du tournesol bas carbone, en contrat avec le groupe Avril, assorties de primes de filière pour la période 2024-2027. Soufflet propose aussi une collecte de blé meunier bas carbone, qui compte aujourd’hui environ 50 000 t selon les derniers chiffres disponibles.