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La France compte peu de stocks.
La France compte peu de stocks. © Alexis Dufumier

Blé : une détente du marché en trompe-l’œil

Même si les cours du blé tendre ont eu tendance à décliner pendant l’hiver, les cotations restent à des niveaux historiquement élevés. L’équilibre de l’offre et de la demande pour la campagne prochaine reste en effet incertain selon l’analyse des intervenants internationaux de la Paris Grain Conference, qui s’exprimaient fin janvier.

Le prix du blé meunier à Rouen – aux alentours de 290 euros la tonne, voire plus – sera-t-il la nouvelle norme du marché pour la compagne de commercialisation de la récolte de 2023 ? Et devons-nous dire adieu au tunnel de prix de 140 à 180 €/t qui constituait la norme ces dernières années ?

Ces hypothèses de prix élevés, qui ont une incidence directe sur ceux de la farine, ne sont pas à écarter. En effet, l’équilibre entre la demande et l’offre de blé tendre sur les marchés mondiaux s’annonce assez fragile pour la campagne 2023/2024 (du 1er juillet au 30 juin), selon les projections de plusieurs experts, qui s’exprimaient le 26 janvier dernier lors de la Paris Grain Conference organisée par le cabinet d’analyse Agritel (Argus Media). Cela malgré le fait que la deuxième partie de campagne 2022/2023 montre des signaux de détente.

Les exportations australiennes s’élèvent au niveau soutenu de 2,8 millions de tonnes (Mt) par mois et l’export russe devait compter pour 20 Mt d’ici au 30 juin prochain. « Il y a encore des volumes à sortir du Canada et d’Europe du Nord », ajoute Nathan Cordier, analyste spécialisé dans les céréales chez Agritel. La France, en revanche, a engagé très tôt sa collecte sur les marchés d’exportation. Au mois de janvier, elle avait déjà atteint plus de 80 % de son objectif d’export vers les pays tiers (hors Union européenne).

Un tiers des stocks se trouve en Russie

Le bon niveau des exportations début 2023 explique la relative détente du marché, d’autant plus qu’il se conjugue avec un retour des stocks à leur plus haut niveau chez les principaux pays exportateurs (dans l’ordre : la Russie, l’Europe, l’Australie, les États-Unis et l’Ukraine). Même si les cours du blé tendre restent fermes, ils se sont déjà infléchis par rapport aux plus hauts – enregistrés à 420 €/t – du printemps 2022 sur les marchés à terme européens (Euronext).

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Les stocks des pays exportateurs sont assez élevés, à 60 Mt, cependant un tiers est basé en Russie. © A. DUFUMIER

Cependant, un tiers des stocks des grandes puissances exportatrices de blé (évalués à 60 Mt) est basé en Russie. Or, la disposition du pays à servir le marché mondial est incertaine compte tenu des tensions géopolitiques actuelles consécutives à l’agression de l’Ukraine. Le Kremlin pourrait utiliser le marché du blé pour peser sur l’échiquier mondial. Cette ultradépendance des marchés envers l’origine russe est donc de nature à créer de l’incertitude, avec des tensions sur les prix et de la volatilité.

ar ailleurs, la production de blé russe pourrait décliner en 2023, pour atteindre 86 Mt contre 91 Mt l’an passé, sachant que les cultures semblent avoir souffert de l’alternance de températures basses et élevées au cours de l’hiver. De son côté, l’Ukraine devrait engranger sa plus petite récolte depuis plus de dix ans, à 20 Mt. « La situation économique est trop incertaine pour les producteurs ukrainiens, qui ne sont pas incités à mettre leurs terres en culture », insiste Nikolay Gorbachov, président de l’Association ukrainienne des céréales (Ukrainian Grain Association, voir encadré).

Baisse de la production aux États-Unis

En parallèle, une stagnation de la production est attendue dans l’Union européenne, sous l’effet notamment d’une très forte inflation du prix des engrais azotés. La campagne prochaine devrait également être décevante aux États-Unis, selon les projections. « Une sécheresse très importante dans le sud-ouest du Kansas a déjà entamé notre potentiel de production. Nos prévisions de récolte sont plutôt à la baisse, malgré une hausse des surfaces semées en blé d’hiver », mentionne Mark Jekanowski, président du World Agricultural Supply and Demand Estimates, organisme relevant du Département de l’agriculture des États-Unis (équivalent fédéral du ministère de l’Agriculture français). En outre, la sortie du cycle météorologique El Nina et le retour du phénomène El Nino pourrait fortement pénaliser la production australienne en 2023.

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Le bilan prévisionnel 2023/2024 est tout juste équilibré. Le moindre incident climatique ou géopolitique pourrait avoir une influence forte sur la volatilité des prix. © A. DUFUMIER

« Il n’y a donc pas de record de production à attendre sur les marchés, résume Nathan Cordier. À date, la situation est équilibrée mais reste fragile au sein des grands pays exportateurs. » Dans ce contexte, la sensibilité du marché du blé, et par ricochet de celui de la farine, au moindre incident climatique risque ainsi d’être encore très forte pour les mois à venir.

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Nikolay Gorbachov, président de l’Association ukrainienne des céréales (Ukrainian Grain Association). © AGRITEL

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